La misère du monde
Etre musulmane pour certains, c’est forcément appartenir à une communauté homogène, où les différences n’existent pas ou presque pas, et où l’on est sensée penser les mêmes choses, vivre les mêmes injustices, bref être une seule et même femme.
La musulmane doit vraisemblablement sortir d’un moule estampillé « Islamic label » qu’elle soit Européenne, Africaine, Asiatique ou encore Inuit.
Même foi, mêmes personnalités, mêmes soucis, de vrais clones !
N’avez-vous pas remarqué à quel point l’on montre du doigt les femmes musulmanes françaises dès qu’un crime d’honneur commis en Papouasie fait la une des journaux occidentaux ? Ou encore, quand il s’agit du sort des femmes Iraniennes ou Afghanes, l’on accuse les femmes musulmanes Françaises des maux qui accablent ces femmes d’une autre culture, d’un autre pays, d’un autre monde.
Je n’ai jamais entendu sœur Emmanuelle s’exprimer sur le sort des femmes appartenant à la communauté des Mormons, des Quakers, des Amish où les femmes ne sont pas bien loties et pourtant se réclamant de l’Eglise.
Avons-nous l’obligation d’endosser et d’expliquer le malheur (souvent exagéré ou inventé) de ces femmes qui n’ont de commun avec nous que la religion, laquelle se décline en réalité à travers moult tendances, philosophies et mouvements ?
Pourquoi nous justifier et nous identifier à des femmes qui vivent d’autres réalités et qui même si elles sont réellement opprimées vivent sous le poids de la tradition patriarcale propre à toutes les sociétés aussi modernes soient-elles ?
Ainsi, il est important d’intégrer l’idée qu’être une femme musulmane ce n’est pas être le porte étendard d’une communauté unique. Justifier la condition de ces femmes ou encore faire leur plaidoyer n’est pas leur rendre ou nous rendre service, mais bien cautionner l’idée que toute la misère de ces femmes est à imputer aux musulmanes du monde entier, accusées d’être complices.
Défendre la cause de femmes opprimées est un combat on ne peut plus noble. Qu’elles soient Musulmanes, Chrétiennes, Juives ou encore Bouddhistes, les femmes doivent d’un cri d’un seul dénoncer les injustices qui touchent leurs consœurs quelque soit leur croyance.
Aussi, certaines devrons suivre quelques séances d’exorcisme en s’efforçant de répéter avec force : non je ne suis pas responsable de la misère du monde ! Et demain si quelqu’un vous demande votre avis sur le combat des femmes musulmanes « opprimées » d’Asie du sud-est, vous répondrez quoi ?
2 Responses to La misère du monde
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Salam Khadija,
c’est en effet un commentaire qui m’est fait si souvent! Dès que quelque chose se passe dans un pays musulman, dès qu’une musulmane subit une quelconque atteinte, on me regarde et on m’interroge. Et il faut patiemment, pédagogiquement commencer par le commencement, défaire l’amalgame, expliquer encore et encore combien l’Islam rend la femme digne et lui accorde une place de personne à part entière, combien ce fut innovateur à l’époque du Prophète (SAWS)le rang accordé aux femmes, combien ça l’est toujours. Une femme qui étudie, se spiritualise, observe une raisonnable et belle modestie, se fait respecter, très féminine, cultivant une atmosphère paisible où la générosité prime, qui réfléchit au quotidien sur ses actes à la place de se laisser porter par une société de consommation et de spectacle sans aucun recul, n’est-ce pas ça une femme musulmane? Mais les humains n’étant que des humains, comment garantir que telle ou telle personne se proclamant musulmane ne commette pas des actes non musulmans? Si tel homme, telle femme, tel état commettent des injustices se réclamant de Dieu est-ce pour autant l’Islam qu’il faut pointer du doigt? Récemment encore, une collègue de bureau m’assenait de ses vérités. Toujours la rengaine connue au sujet des femmes voilées. Dans son quartier elles lui semblaient tristes. Avec patience (il en faut beaucoup) j’ai réussi à lui faire comprendre que ce n’est pas le foulard qui les rend tristes, mais le quotidien dans une grande ville où le travail n’est pas facile, où probablement la séparation de la famille restée au bled pèse, où le les logements sont exigus et sans charme. Je n’ai jamais vu de femmes aussi épanouies que toutes mes amies si chéries du sud tunisien, avec leurs merveilleux longs foulards, souvent sans beaucoup de ressources, mais pleines d’entrain, de joie, et de la grâce de Dieu. Il est tout à fait différent d’être pauvre dans une polis agressive et anonyme où bien dans un petit village où tout le monde se dit bonjour, se tient les coudes, se solidarise, s’entraide.
Des femmes opprimées? Mais nul besoin de quitter la France! Il y en a combien de femmes qui se font battre par leurs concubins, maris, compagnons ? Et combien d’enfants maltraités ? Et combien d’hommes écrasés par le harcèlement d’un patron, parfois jusqu’au suicide? C’est l’obscur, ténébreux mauvais côté humain présent partout – pour le coup assez bien distribué – que l’on trouve dans toutes les cultures, dans tous les pays. Une volonté de pouvoir. En somme : tout le contraire de l’Islam et de cette lumière, Nour, qui par la grâce Divine doit nous rendre meilleurs, de cette générosité envers l’autre qui est la Zakat dans chaque geste, dans chaque action.
Salam Khadija,
C’est vrai que dès qu’il arrive une injustice par exemple à une femme afghane, on se tourne directement vers la femme musulmane (le plus souvent voilée) en lui lançant un regard presque inquisiteur où l’on peut lire « Alors qu’as tu à dire pour ta défense? mdr », comme si nous étions responsables du fait que nous sommes musulmanes et voilées du malheur de ces femmes et que pire, nous devrions nous identifier à elles, cette lecture est à mon sens un peu simpliste pour qui veut saisir le problème d’un point de vue sociétal, et j’ai envie de dire que le malheur de ces femmes ( parfois réel, mais bien souvent éxagéré ou inventé ccomme tu disais) est dû au patriarcat et au poid d’une coutume et d’une tradition mysogine, et je voudrais dire que toutes les traditions sont plus ou moins mysogines, ce qui, de fait n’a rien à voir avec la religion, l’Islam venu réhabiliter la femme dans le statut qui lui était dû.
Après, je pense être plus proche en tant que française voilée, d’une autre française pas musulmane que d’une afghane, dont je ne partage, ni culture, ni tradition, ni mode de vie, ni même interprétation de la religion.
Salam.