Rokhaya Diallo : une Française (pas) comme les autres

mai 29, 2009 by Mariame · 12 Comments 

Prenez une femme, prêtez lui des qualités comme la perspicacité, le talent, le dynamisme, l’humour et la bellegossité (ha !). Qu’est-ce que ça donne dans la réalité ? Rokhaya Diallo ! Hijab and the city est allé à la rencontre de cette parisienne de 31 ans qui est à l’origine de l’association Les Indivisibles, qu’elle préside depuis maintenant deux ans.

J’aime bien les gens sympathiques et intéressants. Et c’est sans hésiter dans cette catégorie là que je placerai Rokhaya qui a eu la gentillesse de déjeuner avec moi tout en répondant à mes questions dans un petit coin bien animé de Paris. Rencontre donc avec une femme comme on les aime.

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M : Rokhaya les Indivisibles en quelques mots, qu’est-ce que c’est ?

R. D : C’est une association qui a pour objet la déconstruction des préjugés ethno-raciaux en utilisant l’humour. Il s’agit des préjugés qui nient le fait que certains Français soient de vrais Français en raison de leur couleur de peau, de leur apparence physique, qui dénigrent l’appartenance de Français à l’identité française sachant qu’on est pas là pour donner une valeur particulière à cette identité française en disant que c’est très bien. On part juste d’un constat, et de personnes qui ont des points communs et pourtant pas la même tête.

M : Les indivisibles, dans les faits, ça se traduit comment ?

R. D : A la base, les Indivisibles c’est un blog mis en ligne avec une charte qui constitue la pierre angulaire de notre action et de notre réflexion. Puis sont venus les dessins animés.

M : Les Individéos ?

R. D : tout à fait, les Individéos, deux dans un premier temps. On a des personnes qui nous aident et participent à la réalisation de ces vidéos, au doublage… les scénettes, ce sont les Indivisibles qui les écrivent. Parallèlement, on effectue un travail de veille par rapport aux médias, on surveille les propos des personnalités notamment politiques qui ont pignon sur rue, et qui tiennent des discours porteurs de préjugés, différentialistes, sans jamais connaître la contradiction, l’opposition. On assiste à une banalisation du discours raciste depuis le début des années 2000 : les propos islamophobes, l’arrivée de Sarkozy à l’Intérieur, les banlieues, la loi contre le foulard… L’idée est de tout répertorier et d’essayer de faire pression sur les individus qui en sont les auteurs et de faire en sorte que les personnes visées par ces propos marquent leur place au sein de la société civile, prouver qu’on ne peut pas dire n’importe quoi en toute impunité. On n’a pas le droit de tenir des propos homophobes, ce qui est normal. C’est pareil pour les musulmans, les noirs, les arabes, les asiatiques, etc. Le premier travail que nous faisons est un travail de vigilance, et à côté on créé des contenus originaux et rigolos, dont les Individéos mais aussi des romans photos en partenariat avec des magazines, etc., et un tas de choses que l’on peut diffuser, partager. On a pu diffuser des vidéos dans une école de commerce lors d’un cours sur les discriminations, mais aussi dans une université. On propose du contenu à mettre à disposition de tous, afin de sensibiliser le plus grand nombre.

M : En somme, des petits guides ?

R.D : C’est un peu ça, mais sans tomber dans la posture de juge, de garant de la bonne pensée. Le but, c’est vraiment de réfléchir, de discuter, de prendre le temps de créer le débat. Par la suite, on a commencé à faire des interventions, notamment dans la fac de St Denis, lors d’un cours de sociologie. Puis à mettre en place des partenariats avec des associations. Y a vraiment beaucoup de choses à faire, on est bénévole et on essaye de s’investir un maximum.

M : J’ai adoré l’Individéo qui mettait en scène les deux copines, l’une arabe qui écoute du Brassens et l’autre noire qui trouve ça fou qu’elle écoute ce type de musique du fait de son origine et que logiquement elle devrait écouter du raï, avec à la fin la phrase qui indique que personne n’a le monopole des préjugés… Vous luttez contre le racisme en général, mais vous dénoncez aussi le fait que tout le monde est porteur de préjugés, même les personnes qui sont habituellement victimes de ces préjugés (vidéos disponible à la fin de l’article).

R. D : Oui, on peut être à la fois victime et porteur de préjugés. C’est normal, on vit dans la même société, on est empreint des même préjugés. Cette animation montre l’absurdité des préjugés. On nous demande souvent de critiquer le racisme anti-blanc, mais on est conscient qu’il existe un racisme dominant qui empêche un certain nombre de personnes d’accéder à un certain nombre de choses, aux différents champs de la société. Par ailleurs, on est conscient qu’on est tous sujets à ces préjugés, et que tout le monde doit effectivement se dépolluer l’esprit, pour reprendre l’expression d’une Indivisible. Ce qui est important, c’est qu’il faut remettre tous les préjugés en cause.

M : D’une certaine manière, le fait que l’on soit tous porteurs de préjugés montre que nous avons tous les mêmes codes, la même culture…

R.D : Oui, et de toute façon on est tous Français ! On a grandi dans le même espace. Moi je sais qui est Dorothée. Si tu vas voir un noir Américain et que je lui demande s’il la connait, il va te regarder avec de gros yeux, il ne saura pas de qui je parle et pourtant, il est noir comme moi. On sait qu’il y a des choses qui nous parlent en tant que Français, ayant grandi dans tel espace temporel. Il y a des liens de l’ordre du générationnel qui dépassent complètement les dimensions ethniques et religieuses. C’est sûr qu’entre musulmans du monde par exemple, il peut y avoir des liens. Mais l’idée qu’on ait aussi une culture française n’est pas antinomique avec le fait de parler une langue, d’avoir une autre nationalité, d’avoir une religion qui n’est pas majoritaire, d’avoir un prénom qui ne sonne pas terroir…

M : Le prénom… ça me rappelle ta confrontation avec Zemmour qui t’avais reproché de ne pas avoir un prénom bien franco-français. Alors, t’as changé de prénom depuis ? Tu t’appelles Isabelle maintenant ?

R. D : (rires) C’est en cours effectivement. J’ai fini par prendre conscience de ma bizarrerie ! (rires)

M : Mais moi-même je me suis posée la question, si je m’étais appelée Marianne et non Mariame, ça aurait changé quelque chose ?

R. D : Sur le papier probablement (rires). Encore que Mariame, avec la racine Marie… ça passe bien ! Effectivement, si je m’étais appelé Jocelyne, je pense que je serais quand même noire. Mais c’est stupide parce que Nicolas, c’est germanique, pourtant c’est le prénom du président de la République. Carla… pas trop français non plus. Donc je pense qu’à ce stade, on peut tout à fait décider qu’à un moment, je ne sais pas en quelle année, tous ceux venus ou nés après cette date ne sont pas vraiment français, ou n’ont pas des prénoms latins, nordiques, pas vraiment francs. Je pense que l’identité française s’enrichit des vagues d’immigration. Je m’appelle Diallo, et c’est un nom extrêmement répandu, et je pense qu’il y a plus de Diallo que de Zemmour en France ! (rires)

M : Et toc ! Bravo, je constate que t’es vraiment attachée à ta francité !

R. D : disons que je n’y serai pas autant attachée si on ne l’avait pas autant remise en cause. Je pense que la plupart des Français n’attachent pas particulièrement d’importance au fait qu’il le soit. Mais on m’a tellement obligée à me justifier que du coup, je me suis retrouvée dans une position ou j’ai dû l’affirmer parfois, sans lui accorder une valeur particulière. Il y a une valeur affective, parce que j’ai appris à marcher dans les rues de Paris… en dehors de ça, je ne crois pas être plus Française que Sénégalaise, ce n’est pas mieux ou moins bien. Ce qui est important, c’est de savoir qu’avec ma tête et mon nom, je suis parfaitement française, ça n’enlève rien à ma francité, elle n’a pas moins de valeur que celle d’un Français depuis 10 générations. C’est plutôt en termes d’information politique vraiment, plutôt la posture de la personne à qui on nie sa francité. Ça n’empêche  pas que je me sente de plusieurs cultures, de plusieurs identités et que voilà, je suis Française, mais ce n’est pas plus important pour moi que d’être une femme ou autre, d’avoir la peau sombre, les cheveux crépus… Il m’est arrivé d’être agacée notamment quand une enseignante m’a dit qu’elle avait beaucoup d’élèves avec des origines diverses, et que ça l’énervait qu’ils lui disent qu’ils étaient maliens, marocains, algériens… elle aurait aimé qu’ils soient Français avant tout. Me concernant, ce n’est pas quelque chose que je mets en avant. L’idée n’est pas d’imposer aux gens qui ont éventuellement plusieurs nationalités une francité qui dominerait toutes les autres. Il ne faut pas nier leur identité. Je suis née ici, j’ai grandi ici, j’ai la nationalité française, donc je suis Française. C’est purement factuel, je sais que si j’avais été née 10 ans plus tard, je ne serais pas Française aujourd’hui, peut être même que je n’aurais été personne… Quand on dit Indivisible, « Français, sans commentaire ! » ça veut dire pas de commentaires de la part des autres, nous après on peut commenter. Sans les commentaires imposés de l’extérieur. A quoi ça sert de parler de quelqu’un en disant untel d’origine machin, à quoi ça sert ? Ca ne fait que stigmatiser la personne, ça ne donne pas plus d’infos que ça !

M : Sur Hijab and the city, on a abordé toutes ces questions d’identité, de francité, de discriminations… beaucoup de lectrices révèlent qu’elles ne se sentent pas chez elles, voilées ou non d’ailleurs. Elles ressentent un rejet de la part de la société et de ces différentes sphères, elles sont stigmatisées, on les présente comme étant tantôt des musulmanes, étendards de l’Islam, tantôt des beurettes. Certaines pensent à s’expatrier, à aller voir ailleurs. Qu’en penses-tu ?

R. D : Je les comprends, mais à un point ! Mais ça m’attriste de voir des gens, qui devraient être finalement ici, se sentir obligés de partir parce qu’on leur fait sentir qu’ils ne font pas partie d’un tout. En même temps, l’envie de partir ne m’a jamais effleurée l’esprit, parce que je suis attachée à la France pour des raisons familiales, amicales. Et j’ai envie de rester pour transformer le regard des gens sur les Français qui n’ont pas vraiment l’air Français, et moi je pense qu’il faut rester là pour lutter ! Après, je ne vais pas demander à tout le monde de le faire, lutter 40 ans sans avoir de résultats, mener une cause qui peut être n’aboutira pas à des évolutions… Ce qui rend les gens d’extrême droite notamment hystériques, c’est qu’on leur dise je suis Française, et pas de commentaires ! Tu vois cette façon décomplexée, affirmative de dire on est chez nous, et Sarkozy t’es pas notre chef, mais un représentant. Enfin voilà y a pas de négociations, c’est un fait ! Enfin voilà, je pense que si les gens partent et arrivent à trouver des ressources pour lutter contre ça, c’est un combat de gagné ! Mais ça me fait de la peine que des personnes avec des diversités de parcours, de points de vue s’expatrient. En plus, ce sont généralement des individus qui ont énormément de compétences qui sont niées, et c’est très dur !

M : Tu as parlé d’extrême droite, de Sarkozy. Et la gauche dans tout ça ? Est-ce qu’il existe un racisme à gauche ou de gauche ? Et si oui, est-il moins pire ou est-ce que c’est la même chose ?

R. D : Oui bien sur, le racisme n’est pas propre à certains groupes, on le retrouve partout. Il n’est pas l’apanage de la droite ou de l’extrême droite. Georges Frêche est de gauche, et pourtant ! On assiste à une banalisation du discours raciste.

M : Politiquement, est-ce qu’il s’agit d’un racisme plus dangereux ? A gauche on a un racisme plutôt latent, une culture de l’exotisme…

R. D : oui effectivement, on a une culture de l’exotisme, un esprit « je ne suis pas raciste, je travaille avec des noirs », « comment tu t’habilles chez toi, tu mets des pagnes ? J’adore l’Afrique ! ». A gauche comme à droite, il existe un racisme bienveillant, des personnes qui te prêtent des qualités en raison de ton origine. Si tu es asiatiques, tu es forcément bon en maths, si tu es noir, tu as la danse dan la peau…

M : Et tu cours vite !

R. D : Faut lutter contre ça.  Si tous les noirs sont de bons danseurs et de bons sportifs, c’est ensuite pour dire que les blancs sont de bons hommes politique et de bons chefs d’entreprise, un peu comme les femmes sont sensibles et les hommes plus forts… ça contribue à enfermer des gens dans des rôles. Et d’autres seraient porteurs d’universel ? Y a donc ce petit côté « gentil », je fais des compliments, alors qu’à côté on voit en toi le côté exotique, on te demande d’où tu viens, on n’arrive pas à te considérer comme un semblable, on te demande constamment c’est comment chez toi, ton pays… Alors tu leur dis je suis de la même ville que toi, j’ai fréquenté le même lycée, et j’ai pas grand-chose à dire sur ce pays dont tu me parles. Je l’ai même jamais vu de ma vie, à par mon visage et mon nom, rien ne te dit que je le connaisse. Je n’ai rien raconté, arrête de présumer de mes origines et de ma culture. Et puis la gauche… elle a des responsabilités assez évidentes en terme de représentation, et de  récompense dans le militantisme. On a bien vu les carrières des gens issus de l’immigration ou de l’esclavage, par rapport à leurs congénères à la peau plus claire.

M : Qu’est-ce tu penses de Rama Yade et de Rachida Dati, et notamment de leur nomination ?

R.D : Leur nomination… Il y a beaucoup de commentaires autour de leur nomination. Les journalistes parlaient de la taille, de la beauté de Rama Yade… c’était insupportable ! C’est une femme politique, un ministre de la République et voilà ! On doit la juger non sur ce qu’elle est mais sur ce qu’elle fait, alors après l’instrumentaliser… moi ça me dégoute cette image de belles femmes, qui s’habillent bien, qui passent bien. Elles ont tout à fait leur place dans le gouvernement, Dati est un très bon soldat, ça prouve aussi qu’il y a à droite des gens de tous bords ! Finalement, l’idée est de montrer que les méchants ne sont pas forcément tous les mêmes, pas forcément des hommes blancs. Il y  a aussi des personnes qu’on pourrait croire de gauche, comme porteur de valeurs telles que la solidarité qui sont en fait de droite. Finalement, ça humanise un peu le noir, l’arabe qui peut lui aussi être méchant. Tout va bien, on n’est pas complètement conditionné par son origine.

M : le plus handicapant, c’est d’être femme ou d’être noire ?

R. D : les handicaps se conjuguent. Je pense que si j’avais été un homme noir, je n’aurais pas la même vie. Je vois mon frère, c’est un grand noir, imposant, il porte en lui quelque chose d’inquiétant.

M : Il est vigile ? Blague de facho, je te le concède !

R. D : Il aurait pu ! (rires) Etre une jeune femme noire de même qu’être une femme d’origine maghrébine, avec le cliché de la beurette super répandue qui a du mal à s’en sortir avec son père violent et son frère oppresseur.

M : J’ai vu que vous aviez relayé la pétition de soutien à la doctorante voilée qui a été virée 7 mois avant sa soutenance ?

R. D : ça me révolte, j’ai vraiment honte ! Comment dans un pays comme celui-ci, on choisit d’exclure les gens soit disant parce qu’ils font du prosélytisme ? On invoque des raisons tirées par les cheveux ! Je trouve que c’est normal de relayer ça. J’estime que ce qu’on a gagné dans le féminisme, c’est le droit pour chaque femme de se vêtir comme elle l’entend. On n’a pas une mode universelle, dans un pays où l’on dénude le corps des femmes pour vendre n’importe quoi. Et on ne va pas chercher ces femmes là pour leur dire d’arrêter. Le féminisme à sens unique, moi ça me révulse. Avec la loi contre le voile, ce que j’ai vu, ce que j’ai pu entendre comme arguments… on peut vraiment faire dire n’importe quoi à la République !

M : Revenons-en aux Indivisibles. Tu peux me parler des militants de l’assos, de leur profil ?

R. D : Ce qui est cool, c’est qu’il y a beaucoup de gens différents, à par au niveau de l’âge, on est globalement assez jeunes. Au départ, il n’y avait que des personnes de mon entourage.

M : Et en ce qui concerne les profils sociaux ?

R. D : C’est super différent : Il y a des artistes, des informaticiens, des producteurs, des profs, des travailleurs sociaux, c’est très varié ! Et c’est quelque chose que je trouve vraiment bien. Du coup, on rencontre des gens qu’on n’aurait jamais rencontrés dans la vraie vie, et ce qui est génial par rapport à d’autres associations, c’est que mes motivations ne sont pas carriéristes et notamment politique. Je ne dis pas que c’est mal, le milieu associatif peut être un tremplin vers d’autres milieux ; Mais quand c’est comme ça dès le départ, je trouve que ça biaise l’action militante et du coup, on se retrouve avec des gens qui ne sont pas intéressés par l’objet même de l’association.  On n’est pas des militants pro, on est la pour faire avancer les choses, et on est vraiment dans quelque chose d’assez sain, d’assez rare. C’est pas les Indivisibles qui vont nous faire manger, ça donne un rapport assez serein au militantisme.

M : Donc niveau crédibilité pour toi, ça joue ?

R. D : C’est important effectivement, on n’est pas lié au pouvoir. On se veut un peu subversif, avec un vrai questionnement sur la France, sans donner de modèle ou de mode d’emploi sur comment être un bon français : s’habiller comme ca, parler comme ca, remercier la République, non ! O a bien compris que non, on ne vivrait pas dans une case sans la France, moi ca me fatigue, j’ai aucune reconnaissance particulière à formuler. Sinon, tout le monde devrait être reconnaissant, des gens ce sont battus avant nous pour construire ce pays. Tout le monde devrait être reconnaissant au même degré a l’égard des révolutionnaires, des communards … Surtout pas de reconnaissances parce que sous-entendu, si j’étais née ailleurs je serai dans une case, avec un mari polygame.

M : Tu parles de revendications, que penses-tu des Indigènes de la République ?

R. D : J’ai signé l’appel, j’ai fait quelques manifestations, j’avais filé un coup de main. Moi je suis solidaire. Je ne peux pas dire que je suis d’accord sur tout, notamment sur la forme, mais voilà, on est sur le même bateau ! Je sais que les journalistes essayent de nous opposer avec d’un côté les méchants et de l’autre les gentils…

M : C’est d’ailleurs pour ça que je te pose la question…

R. D : Nous on est pas là pour dire qu’on est les gentils et eux les méchants. Moi je considère que ce ne sont vraiment pas les ennemis et ce n’est sûrement pas moi qui vais décrier les Indigènes de la République. Ils ont le mérite d’avoir ouvert le débat sur le post colonialisme et voila, avec le contexte dans lequel tout ce discours s’est développé, ils sont dans une vérité. Moi je refuse cette opposition entre d’un coté les méchants énervés et de l’autre les gentils rigolos avec leurs dessins animés. Nos combats ne sont pas antinomiques.

M : Par rapport à des pays comme les Etats-Unis, est-ce que la France à des TGV de retard concernant les combats comme ceux que tu mènes ?

Sur le discours c’est sûr, j’ai été aux Etats-Unis la semaine dernière pour assister à un séminaire sur ces questions là, et je parlais avec une prof de là-bas, qui me disait qu’aux USA ces questions étaient très importantes, que si chez eux on était en 2009 par rapport à ces problématiques, en Angleterre on est dans les années 90 et en France dans les années 80. Et là, tu prends une claque. On peut pas le nier, je parlais avec la personne qui m’a invité des propos de Jean-Claude Narcy lors de l’investiture d’Obama et la même semaine en Angleterre, la fille de Margaret Thatcher a tenu en off des propos plus que déplacés sur Jo Wilfried Tsonga en le comparant à une poupée qui se vend en Angleterre, et elle s’est fait virer sur le champ alors qu’elle a tenu ces mots en off et qu’il s’agit de la fille de Thatcher ! Et quand ça se passe la même semaine que Narcy (qui a déclaré pendant qu’Aretha Franklin chantait à l’investiture d’Obama qu’ «on devait chanter comme ça dans les champs de coton!»… Je ne veux pas qu’il soit viré ce pauvre monsieur, mais au moins qu’on dise quelque chose ! Mais non, personne n’a réagi. Effectivement, je pense que le vrai travail a été fait sur le discours et la représentation publique dans les pays anglo-saxons. Tu as des gens qui ont des rôles un peu partout dans la société, mais tout n’est pas rose non plus ! Quand tu vois des séries comme Friends ou Sex and the city, des séries de blancs, où des noirs apparaissent et de manière assez stigmatisante. Tout n’est pas rose, mais nous dans la représentation, on est quand même bien loin. Et c’est vrai qu’aujourd’hui tout le monde a l’impression, on nous accuse d’être dans la paranoïa. Mais moi quand j’allume la télé, c’est pas pour me faire insulter, je paye ma redevance et c’est pas pour que des gens disent que j’appartiens à la race noir. On est des citoyens, on paye nos impôts, y a pas de raisons qu’on puisse ne pas avoir de recours. Bon après oui et non, aux USA le mariage mixte est assez marginal. En France, ça bloque plus au niveau des élites, mais globalement les gens se mélangent plus facilement pour se marier, se fréquenter là où aux USA me semble-t-il les groupes sont plus scindés. Mais avec leurs élites, ils ont des victoires que nous n’avons pas !

M : Effectivement, au niveau de l’élite intellectuelle, au niveau académique, les travaux sur les postcolonial studies, les subaltern studies… c’est bien dans les universités américaines que ce sont développés ces courants ? Et pourtant, leurs inspirations sont françaises ?

R. D : Oui, tout à fait. D’ailleurs quand j’étais aux USA, le séminaire en question était organisé par une brillante universitaire, Maboula Soumahoro, qui a été prise en charge par la France durant ses études et qui a atterri à Columbia. Son savoir, ses compétences, elle les transmet aux étudiants américains, et non en en France. Ces cours portent sur la diaspora noire dans une des meilleures universités des Etats-Unis et du monde. En France, ces cours là, notre combat, nos interventions, on les fait à la fac de St Denis, pas a la Sorbonne. Et on n’est pas accueilli par n’importe qui. C’est un prof engagé et militant  qui est à l’origine de ce genre d’initiative.

M : Un petit mot pour les lectrices de Hijab and the city Rokhaya ?

R. D : Je voulais féliciter l’initiative. C’est vraiment génial, je trouve ça hyper bien !

M : ça fait plais’ Rokhaya, ça fait plais’ !!

R. D : Vraiment, le nom est drôle, audacieux. On présente sur le site des femmes ignorées, regardées avec condescendance. Je trouve qu’à travers toi, ou d’autres filles, on donne une image variée de ce que peut être une femme française aujourd’hui. Les lecteurs, je les encourage à lire le magazine en ligne, à le populariser. C’est un très beau projet, vous avez tout à fait votre place dans l’espace des magazines, vraiment bravo !

M : Eh bien ! Merci Rokhaya.

Photo : Pierre-Emmanuel Rastoin

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Commentaires

12 Reponses à “Rokhaya Diallo : une Française (pas) comme les autres”
  1. Amel dit :

    Salam.

    Excellente asso, excellente présidente, excellente vidéo !
    Génial !

  2. salma dit :

    Asalam3aleykoum,
    C’est super cette association,c’est une bonne initiative,
    L’intervieuw est super Mariam, une vraie journaliste :) La vidéo est super drôle,bonne chance à cette association! salaaam

  3. maria dit :

    Salam aleykoum,

    merci Mariame de nous faire rencontrer Rokhaya Diallo. Le préjugé est la chose la plus sournoise et la mieux ancrée dans l’esprit humain et nous nous devons tous de lutter contre les clichés, les mots bienveillants fourrés de racisme latent, les discriminations de toute sorte. Je souhaite beaucoup de succès à Rokhaya et à son association.

  4. Sélima dit :

    frenchement Rokhaya mach’Allah t’as une façon de penséen différente de pleins de gens on y réfléchie pas souvent mais en vérité on est français et quand on nous demande d’ou l’ont viens, on répond de la côte d’ivoire, du sénégal, de l’algérie… alors que ce sont nos parents qui viennent de làbas et on ne connait même pas ce pays. On n’est plus français qu’autre chose, mais on nous repète et rerepète qu’on vient d’ailleurs et qu’on est étranger, des actions comme les tiennes c’était bien trouvée, continue ton projet avec toute l’association

  5. ArcEnCiel dit :

    MashaAllah très beau portrait. Excellent article. Merci à toutes les deux.

    Je fais partie de ces personnes qui songent à s’expatrier mais en lisant l’interview, comme dit Rokhaya il faut faire bouger les choses ici. On pense à tort ou à raison que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Or c’est pas dit qu’une autre forme de racisme n’existe pas dans les autres pays convoités. Les combats les plus difficiles ont été gagnés grâce aux personnes qui ont lutté.

    J’ai adoré la vidéo. En effet pour lutter contre les préjugés, commençons par combattre les nôtres. Et c’est pas gagné d’avance !

  6. Abdallah dit :

    Très intéressante cette rencontre, félicitations à la presidente et également à ce site que j’ai decouvrt depuis juste une semaine.
    Continuer et perseverer…

    Abda

  7. hakima dit :

    interview hyper interéssante!! et noble démarche!!!!!

    comme à mon habitude sa me fait penser au blog « Ã  part ça tout vas bien »….ou « en attendant demain »….

    bonne continuation!!!!

  8. Mariame dit :

    Salma,

    merci la miss ! ;)

    Maria et ArcEnCiel,

    Je vous en prie mes jolies !! C’est surtout Rokhaya qu’il faudrait remercier pour son talent et son action. Et puis tous les Indivisibles et leurs formidables Individéos !! :D

    Abdallah,

    toute l’équipe te souhaite la bienvenue sur Hijab and the city Abdallah !

    Et merci à toutes pour vos commentaires !

    bien des bises

  9. paul gombo dit :

    salut!
    comment faire pour devenir membre des les indivisibles

  10. paul gombo dit :

    bravo!
    rokhaya jai vous aime votre action est les courage continuer de nous vibre tu es une leader
    la lutter continue la victoire certes merci.
    paul gombo

  11. Fabuleux dit :

    Maboula Soumahoro enseigne aujourd’hui à l’Université François-Rabelais de Tours.

  12. Bouchra dit :

    Rokhaya t’es une tueuse, et je kiffe ton prénom (ton blog aussi).

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