Le divorce : l’avis de la psy
juillet 3, 2009 by Karima Chahdi Bahou, hypnothérapeute et praticienne en psychothérapie · 5 Comments
Chose promise, chose due! Suite aux multiples interventions impulsées par la question de la semaine, Karima Chahdi Bahou revient sur vos réflexions et vos interrogations, pour vous offrir des pistes ainsi que des éclaircissements.
Un divorce n’est jamais facile qu’il soit assumé ou subi. C’est un événement qui bouleverse votre vie entière, c’est-à-dire au niveau matériel, parfois physique, psychologique et spirituel.
Le divorce remet en cause les fondations d’une vie de couple, une vie de couple qui s’achève. Il ouvre une phase de turbulences de perturbations qui peut être déstabilisante. Nous l’avons lu dans les témoignages. Et Je tiens à remercier ici du fond du cœur toutes les personnes qui ont osé parler, témoigner de leur histoire, de leur ressenti, d’avoir participé à casser un tabou qui a encore malheureusement la vie dure dans notre société.
Notre vie terrestre est une continuelle bataille et ce n’est pas facile tout d’abord avec nous-mêmes et raison de plus avec son conjoint. A chacun son histoire, son éducation, son vécu et j’ajouterai ses aspirations. Et quand on se marie, on a pour objectif inconscient et dommageable de ne faire qu’un, d’ailleurs un proverbe anglais dit très justement : «Ne faire qu’un. Oui, mais lequel ?». Pour ne faire qu’un, le couple plonge spontanément dans la rivalité : l’un doit prendre le pouvoir sur l’autre. Le désir d’autonomie apparaît forcément d’un côté ou de l’autre. Le besoin de se réaliser et de se différencier de l’autre. Or cette tentative de l’un peut être perçue comme un abandon par l’autre. Pour ce dernier, la différence n’est pas un enrichissement mais une séparation, donc un conflit : «Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ».
C’est ce qui ressort, à mon sens du témoignage d’Inès. Elle a réalisé qu’elle devait faire le deuil de son mariage, le deuil de la relation qu’elle avait imaginé, espérer avec son conjoint. Parce qu’à un moment donné quand on souffre dans la relation, que vous vous sentez perdre votre identité et bien il faut savoir arrêter une histoire. Pour les personnes pour qui le divorce a été libérateur, cela leur révèle leur propre capacité à décider, à refuser ce qu’elles ne veulent pas, même si elles ne savent pas encore, consciemment, ce qu’elle souhaite au plus profond d’elle-même. Et il serait intéressant qu’Inès s’interroge sur ce qu’elle a appris sur elle-même au travers de cette histoire ? Dans sa prise de décision ?
La personne a besoin de se donner le temps de souffrir, comme nous l’exprime Thé ou Café « la convalescence me va bien ». Notre premier réflexe est de vouloir oublier, occuper son esprit à autre chose, car y penser cela fait mal, angoisse ; et le danger c’est quand on fuit son chagrin, sachant qu’ il ne tarde jamais à vous rattraper, alors autant lui donner sa part en pleine conscience, afin de réparer ce qu’il y a à réparer, d’évoluer et de s’améliorer dans une nouvelle relation épanouissante. Quand il y a des enfants, il est vrai que la rupture entraîne de grands changements familiaux. Le divorce des parents est toujours vécu, au départ, comme une épreuve douloureuse par l’enfant. Il faut tout d’abord rassurer encore et encore sur l’amour que les parents portent à leurs enfants même s’ils sont séparés. Qu’ils leur répètent qu’ils n’ont aucune responsabilité dans leur divorce/séparation, et qu’ils peuvent se comporter « en enfant » sans craindre de perdre l’un des deux parents. C’est aussi en accompagnant votre enfant, communiquer avec lui de ce que vous ressentez sans accusez l’autre. C’est lui donner l’occasion, d’une part, de mesurer la place qu’il occupe pour ses parents, c’est l’assurer qu’il compte. Et d’autre part lui apprendre que la séparation n’est pas une catastrophe irrémédiable, qu’après l’orage il y a le beau temps. C’est le couple conjugal qui se sépare, pas le couple parental. Et il est aussi nécessaire de leur donner le droit de poser des questions et d’en parler, s’ils en ont besoin, avec des amis de la famille et même en dehors du cercle familial. Le divorce n’est pas un secret honteux.
Refuser de divorcer pour préserver ses enfants : est-ce la bonne solution ? Il n’y a pas de réponse toute faite, chaque cas est particulier. Et cette douloureuse interrogation repose sur une double problématique : un désir profond de protéger ses enfants et la nécessité de se séparer. Certains enfants témoignent d’une souffrance vécue face à des parents qui ne se séparent pas, qui ne se parlent plus, ne se regardent plus. Certains enfants devenus adultes aujourd’hui auraient préféré voir leurs parents séparés plutôt que de vivre l’angoisse de ce silence ou des disputes à venir.
Le témoignage de Chaima est édifiant en ce sens et sur la probable culpabilité qu’elle peut porter. Très réceptive à ce climat de tension, elle tente même de les réconcilier et se sent investie par cette mission donnée par sa mère. Et il serait intéressant de se demander ce que Chaima veut ou peut sauver, alors que ses parents ne manifestent pas réellement la volonté de vouloir se réconcilier (d’après les éléments dans le témoignage).
Quand au témoignage de « thé ou café » il montre, pour moi, quelques uns des avatars d’une relation de couple, si pleine de risques et de malentendus sincères. Une relation dans laquelle nous usons de tant d’habileté pour blesser l’autre ou nous-mêmes ! Accusations, agressions, bourreau, victime etc… Il est clair que la relation conjugale se basait plutôt sur une relation de rapport de force « qui sera le chef ?! » Et je crois que dans ce genre de relation il est important de lâcher ce que l’autre prend pour prise, c’est-à-dire accepter l’idée que vous n’êtes responsable que de votre « extrémité de la relation », inviter l’autre à être responsable de la sienne. Reconnaître ses manquements et que cet excès de violence est une manière de demander de l’aide ; ET en tant que thérapeute je me pose la question suivante : en quoi le symptôme, en l’occurrence ce comportement, est la solution au problème ?
Il ne faut surtout pas les nier mais oser en parler afin de minimiser le sentiment d’angoisse et donc de les dépasser. Un couple qui dure est un couple qui accepte les différences et qui transforme la situation de façon à être de nouveau satisfait.
Vouloir changer l’autre, c’est difficile. Mais on peut le faire évoluer en se comportant soi-même différemment. L’humilité, constitue en effet une bonne approche. C’est sur soi qu’il faut travailler et non sur l’autre. Le lien conjugal est un projet qui comme tous les projets de notre vie doit être un champ pour la Vie Future. Dieu nous dit : « Je ne changerai rien en un peuple, tant qu’il n’aura rien changé en lui-même. »
Pour conclure, j’aimerais rajouter qu’un divorce ne doit pas se vivre comme un échec, exprimez vos émotions, ne les refoulez pas, elles vous amèneront à de nouvelles prises de conscience. Ne culpabilisez pas, car la culpabilité est mauvaise conseillère. Et enfin profitez de cette épreuve pour en tirer les enseignements, ce qu’elle vous apprend sur vous-mêmes ce qu’elle a mis en valeur par ailleurs. Et comme vous l’avez fait durant cette semaine continuez à partager, échanger avec d’autres personnes qui ont vécu la même chose que vous.
Notre vie ici-bas n’est qu’un examen de passage. Puissiez-vous trouver la Paix !








Salam Aleykoum Karima,
Je ne suis pas divorcé, ni marié d’ailleurs, mes parents ne sont pas divorcé non plus… mais j’accueil tes conseils à bras ouverts !
Ce sont de bons rappels pour la préparation de la vie à 2 inchallah.
Que Dieu nous accorde le bonheur ici bas comme dans l’au-delà, Amine
Salaam;
Merci beaucoup pour cet article mme Karima. je voulais savoir si il y aurait possibilité de communiquer en privé afin de mieux pouvoir éclairer ma situation.
Je vous remercie pour votre compréhension
Wasalaam
Salam
Merci pour votre article interessant. Même si l’expérience a été difficile, elle a été très bénéfique pour moi dans la mesure ou j’ai pris conscience de beaucoup choses.
Le plus important a été de révéler que la perfection n’est pas ce monde, que le couple est une entité qui se se réalise a partir de deux avec toutes les différences, que j’ai des faiblesses et que je ne dois pas me repliée sur moi meme et accepter d’appeler à l’aide ceux qui m’entourent.
Mais cela m’a surtout appris que les décisions prises en son ame et conscience et avec le coeur ne peuvent être que de bonne décision. Et cela m’a appris à me recentrer sur l’essentiel. MA confiance en Allah (soubhanna oua Tahala),accepter ce qu Il me donne et Lui rendre grâce.
Maha Salam
Et encore merci pour pour le travail que vous faites tous sur HATC
Salam ma chère Inès je suis heureuse pour toi, de tes différentes prises de conscience qui t’ont permis de découvrir tes potentialités et tes ressources face à l’adversité.
Puisse Dieu t’assister et t’accompagner sur ton chemin dans Sa Proximité. Amine
Salam
Karima
Difficile d’ajouter quoi que ce soit à cette analyse pertinente…ça s’étoffe grave chez HATC!
Quant à la conclusion, « le divorce ne dois pas se vivre comme un échec »…bien que ce soit surement vrai, c’est plus facile à dire qu’a faire quand on est les deux pieds dedans! On a qu’une vie, qu’on utilise afin de créer un projet familial…et quand tout se casse la figure…c’est difficile de ne pas le ressentir comme un échec…Ceci étant dit, surtout s’il y a des enfants, je dirais que le divorce n’est pas la fin du couple…je reste le père et elle reste la mère de trois adorables êtres humains qui nous aiment autant l’un et l’autre…disons que l’histoire continue mais sous une forme nouvelle!
Salam salam