Mahmoud Bagdadi, le calligraphe
juillet 3, 2009 by Khadija · 13 Comments
Au delà de la beauté des tableaux qui tapissent nos murs, la calligraphie est un véritable art, porteur de sens, qui nous enseigne la sagesse et la patience. Voyage au cœur de la calligraphie avec Mahmoud Bagdadi, un calligraphe et un artiste accompli.
Comment êtes vous venu à la calligraphie ?

J’ai commencé à l’âge de quatorze ans, je ne savais pas ce que c’était avant. Ce n’était pas par désir, ce n’était pas un rêve que je cultivais. Déjà à l’âge de six ans, je dessinais sans avoir suivi de cours, et c’est le dessin qui m’a amené vers la calligraphie. C’est à l’âge de quinze ans que j’ai réalisé mon premier tableau. En fait, j’ai vécu en France jusqu’à mes six ans, j’ai fréquenté l’école française mais aussi l’école irakienne. En France, on accorde beaucoup d’importance à l’art. On me demandait de dessiner, et c’est à partir de là que j’ai pris goût à l’art. Je n’ai pas arrêté, et quand je suis retourné en Irak, j’avais toujours mes cahiers.
Et vous avez suivi des cours de dessin en Irak ?
En Irak on suivait des cours d’arts plastiques. Je prenais ce cours vraiment au sérieux, plus que mon professeur, parce qu’il est vrai que ce n’était qu’un cours parmi d’autres. J’ai voulu continuer dans le dessin, et dans notre quartier, il y avait une mosquée dont je connaissais l’Imam. Il avait vu mes dessins et m’a invité chez lui. Il m’a demandé de reproduire une illustration, je me souviens c’était un garçon qui jouait au football. Je l’ai dessiné et il était ébahi par le résultat, il avait même appelé sa femme tellement il était surpris (rires). Quelques jours plus tard, il m’a demandé de venir à la mosquée, j’avais alors quatorze ans, et m’a présenté à un calligraphe. Ce dernier calligraphiait chaque vendredi sur un tableau, un hadith, une parole de sagesse que les fidèles découvraient avant le sermon et la prière.
Et c’est lui qui vous a tout enseigné ?
Il a commencé par des cours, une classe de vingt élèves s’est alors constituée. J’étais impressionné par son art, j’en restais bouche bée, et de là j’ai voulu apprendre et devenir calligraphe. Il a remarqué que j’étais le meilleur élément mais j’étais le plus âgé aussi ! Je faisais le moins d’erreur, et l’année suivante, il m’a demandé d’enseigner aux débutants. Et il m’a même fait l’honneur de me donner le relais pour la calligraphie du vendredi, on avait chacun notre tableau. A quatorze ans, cela a changé le cours de ma vie. J’ai intégré l’Institut des Beaux Arts de Bagdad après le collège et après un concours très difficile où je suis arrivée troisième sur deux cents. Je me souviens avoir dit à mes parents que si je ne le réussissais pas j’arrêterais définitivement l’école, j’y tenais beaucoup! Mais grâce à Dieu tout s’est bien passé.
Et qu’est ce qu’on y étudie ?

On y reste cinq ans, les trois premières années sont générales : on y étudie le dessin, la peinture, la musique, la poésie, l’artisanat, en tout seize matières. Et bien évidemment la calligraphie. On y a étudié les styles les plus connus.
Qui sont ?
L’écriture Tuluth ou reine des écritures ; l’écriture Naskhi qui est utilisée pour le Coran, le style Persan, le Diwani et le style Roq’a.
Quel sens donnez vous à la calligraphie ?
L’écriture c’est pour lire et la calligraphie pour réfléchir.
Certes, c’est parfois tellement compliqué, qu’on met du temps à déchiffrer les lettres et les mots, et il arrive qu’on ne réussisse pas d’ailleurs ! Et ce sont souvent, pour ne pas dire toujours, des propos pleins de sagesse que l’on calligraphie, des versets du Coran, des proverbes, des vers, est ce quelque part c’est son ultime rôle ?
Par essence, la calligraphie a commencé à se développer avec l’apparition de l’Islam. L’idée était de ne pas perdre le Coran, on craignait qu’il disparaisse parce que les gens l’avaient mémorisé, la tradition était orale. Et comme il s’agit de la parole de Dieu, il fallait l’écrire de la meilleure des manières parce que c’était une parole sacrée. C’est donc né bien avant l’Islam mais ce dernier a permis de le développer. La langue arabe est très riche et c’est pareil pour la calligraphie. On parle de six ou sept styles, mais il en existe des milliers en réalité. Au début, il n’y avait pas de vocalisation, il a fallu vocaliser par la suite pour les étrangers. Ce ne sont jamais des phrases banales. Il faut savoir

qu’auparavant le calligraphe était un ministre qui rédigeait les lettres pour le sultan, signait pour lui.
La calligraphie, c’est l’amour de l’écriture et par extension de la lecture, quelles sont les sources qui vous inspirent le plus ?
Je calligraphie les phrases qui sont proches de mon cœur. J’écris des paroles de sagesse, des proverbes. Des phrases que j’entendais quand j’étais petit : des phrases sur la patience, le respect, le savoir… La calligraphie c’est comme la mer avec tout ce qu’elle recèle en terme de merveilles.
Et aujourd’hui, vous en avez fait votre métier.
Je n’ai jamais pensé à enseigner, ni songé à ce que ça devienne commercial. C’est pas le but de la calligraphie, comme je le dis c’est une éducation. Je ne peux pas compter que sur cela. Je réponds à des commandes mais je ne vends jamais mes tableaux d’exposition. Je ne peux pas, ce n’est pas mon but.
Dans quel cadre dispensez vous des cours ?

J’enseigne depuis cinq ans. Je donne des cours à la Librairie Ishtar près de l’Institut du Monde Arabe. Il existe différents niveaux et j’assure les cours tous les lundis. Par ailleurs j’ai crée l’association L’école de Bagdad, pour la promotion de l’art en général.
Que pourriez vous dire aux lectrices de Hijab and the city qui souhaiteraient se lancer dans la calligraphie ?
Même si la calligraphie paraît difficile à déchiffrer, à lire, elle est loin d’être difficile à apprendre. Cela me rappelle une expression qu’utilisaient beaucoup les Ottomans « Creuser un puit avec une cuillère », c’est cette patience qu’il nous faut. Il faut vivre cet art.
Merci à vous Mahmoud, et je dois vous avouer que vous m’avez vraiment donné envie d’apprendre !
Site de Mahmoud Bagdadi: www.mahmoudbagdadi.com
Photos : Mahmoud Bagdadi, juillet 2009, Paris – Hijab and the city








Merci a vous Khadija de nous avoir fait voyager en compagnie de ce charmant jeune homme. J’ai toujours été sous la charme de cet art lors de mes quelques voyages dans les pays arabes et/ou musulmans. Je n’ai qu’une chose a dire : chapeau l’artiste !
Masha ALLAH, c’est un bel art… Un art noble et sage, au service de la raison, qui nous invite à la reflexion… J’aime la caligraphie car elle me rapelle mon coran: une belle écriture pour retranscrire une belle parole…
J’aime le passage oü Mahmoud Bagdadi parle de la vocalisation… les caligraphes ou scribes à l’époque des sahabas ont fait un super travail en inventant les vocalisations graces auxquelles les nouveaux convertis à l’islam, qui n’avaient pas assistés à la revelation du coran, ont pu le lire et l’apprendre. Vocalisations sans lesquelles je suis personnelement incapable de lire mon coran…
Aujourd’hui quelques différences de lectures existent mais elles sont moindres et n’altèrent pas le sens du mot… je n’ose immaginer ce que ca aurait donné sans les vocalisations.
Khadija en caligraphie ça en jette!!!
Par contre j’ai eu du mal a déchifrer « hijab and the city » je lis hijab oua ??? (lhiranet???) mistère je ne suis même pas sûre qu’il y ai un « ha », c’est peut être une traduction du mot city que je ne connais pas..
J’ai tenté de caligraphier mon prénom… mais c’est un peu catastrophique au niveau du « toune » final… et ca manque de relief… mmmbooof
des cours s’imposent!
Bonne continuation à l’artiste…
Mash’Allah !! Khadija, tu nous déniches des perles
) Merci pour cet article, Barakallahoufik!
C’est superbe la calligraphie, ce jeune homme est plein de talent!
Chère Khadija,
me voilà heureuse dès le matin avec cet article et la découverte de ce travail. Comme tu sais je raffole de calligraphie, je pratique la calligraphie japonaise et j’ai une petite ambition (un jour Inchallah) : pouvoir l’entremêler avec de la calligraphie arabe. C’est fascinant ce geste qui a du sens en tant que geste graphique, plastique et qui contient en plus un texte à déchiffrer. Merci donc à toi et à l’artiste.
Salam aleykoum
Selem !
Si vous saviez la surprise et la joie que j’éprouve en voyant la photo de Monsieur Baghdadi ! Cela faisait 3 ans que nous, ses élèves de l’école Réussite, étions sans nouvelles de lui. Merci, merci de nous avoir fait aimer la calligraphie, merci pour cette petite demi-heure de cours qui était notre préférée (entre l’arabe et l’histoire-géo…). Bonne continuation Mahmoud, je garde encore les beaux dessins que vous nous aviez donné.
Selem
Salam!
Magnifique! La langue arabe se prête vraiment bien à l’art de la calligraphie,
Encore une merveille d’Allah azawajal…
Felicitation a monsieur Mahmoud pour son art, et bonne continuation
Salam Karima,
Pour répondre à ton interrogation sur la calligraphie de HATC il faut lire: hijab wa el madina. Voilà!
Alkm Slm khadija,
ok!!!! Je n’aurai pas trouvé car le del est accroché et j’avais même pas vu le mim… Mais faut croire que je n’ai pas trop réfléchi city=madina…c pas dur à trouver pourtant…lol
Merci.
Salam alaykum
Oh la la! Quel magnifique sujet! J’adooooore la calligraphie lol
salamu alaykoum
c’est magnifique j’aimerai achèter pour les en cardrer sur le de mon sallon c trop beau!!!
Super !!!! génial ce Mahmoud, j’irai faire un tour dans sa librairie. Vraiment j’adoooore cette rubrique portrait. Continuez les filles !!!
Merci à vous toutes
Qu’Allah vous bénisse
Devant la beauté, que dire qui ne soit pas tout simplement laid ?
Je regarde les yeux de cet homme, la pureté de son art s’y reflète, comme elle se reflète dans les yeux du nouveau né devant toute la potentialité de la vie.
« Il y a de la magie dans l’éloquence, et de la sagesse dans la poésie ».
(Hadith rapporté par Al-Bokhari)
Pierre Meur