Diyafa ou l’art de recevoir au Maroc

14 octobre 2009 par Cuistot  
Classé dans Cuisinez la

Envoyer cet article Envoyer cet article

table marocaineRecevoir des convives autour de mets succulents, tout un art de vivre et un savoir-faire transmis au Maroc et ailleurs, de générations en générations.

Autrefois, au fond de ces riyads enfouis dans les vieilles médinas, les réceptions pour hommes, puis pour femmes, se succédaient inlassablement. Dans le patio clair que rafraîchissait le jet d’une fontaine, l’orchestre andalou accordait patiemment les cordes de son luth. Pendant ce temps, la maîtresse de maison présentait tour à  tour aux invités, l’aiguière d’argent annonçant le début du repas.

Les convives s’installent alors autour de la table ronde et basse, sur des divans et des poufs, pour se servir directement dans le tagine brûlant. Tout ceci exigeant des règles de bienséance bien définies, souvent peu compatibles avec la vie moderne. Néanmoins, dans certaines familles, ces règles et ces rituels restent immuables.

Le chapeau conique du tagine étant soulevé, on laisse place à un défilé et un festival de saveurs où se succèdent méchoui (mouton entier rôti), bastela (galette feuilletée fourrée soit de poulet/amandes, soit de fruits de mer), briouates (bricks fourrées de viande hachée, ou de poulet, ou de poisson…), servis en guise d’entrées, suivis de volailles, puis des tagines de viandes, laissant toujours en dernier le traditionnel couscous.

Installés autour de la table, les convives attendent le « bismillah » de l’hôte de maison qui donne le départ aux festivités. Chacun prononce alors cette formule bénie et puise dans le tagine avec les trois doigts de la main droite, tradition prophétique oblige !

Les boissons sont placées discrètement sur un plateau : jus de fruits, lait d’amandes, eau parfumée à l’eau de fleur d’oranger…) Elles ne sont servies que sur demande et pas avant le milieu du repas. En effet, il faut laisser aux invités, aux fins palais, le temps d’apprécier le goût parfumé de chaque met. Même s’il est difficile de déguster correctement un tagine avec ses trois doigts, ceci est très largement compensé par la saveur unique qu’on y trouve.

La table peut être très joliment dressée, avec nappes brodées (tarz fassi – broderie de Fès), couverts  somptueux, porcelaine fine, cristaux…elle n’en garde pas moins un côté décontracté, créé certainement par l’installation des convives autour de cette table. La manière de s’asseoir, l’air d’une musique andalouse, l’accueil particulièrement hospitalier du maître de maison, la chaleur qui se dégage du brûle-parfum où se consume doucement un peu de bois de Santal dès la fin du repas, prélude à la préparation du thé à la menthe, servi très souvent par la maîtresse de maison, vêtue d’un élégant caftan marocain, tout ceci contribue à créer une atmosphère conviviale et chaleureuse uniques.

Même si les buffets remplacent petit à petit les grandes réceptions d’autrefois, où les plats défilaient les uns après les autres, nous avons tout de même gardé notre traditionnelle table ronde et nos divans moelleux pour les repas que nous organisons.

Des plats et des gestes, de tradition séculaire, soigneusement conservés et transmis de mère en fille, telle est la diyafa, enseignée et pratiquée au Maroc, mais également au-delà, partout où se trouvent des Marocaines, fières de perpétuer cet art.

Partagez cet article :
  • Facebook
  • Live
  • MySpace
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • MSN Reporter
  • Wikio FR

Commentaires

16 Réponses pour “Diyafa ou l’art de recevoir au Maroc”
  1. karimouch dit :

    Bravo Cuistette pour cet article!

    C’est exactement ca, l’art de recevoir à la marocaine. A part la petite musique andalouse, c’est comme ca que se passent les repas à la maison.
    La table est ronde, les invocations avant de manger, le grand tagine oü tout le monde se sert.. les trois doigts de la main droite…
    par contre l’eau de fleur d’oranger je n’ai jamais bu!! C’est la même que celle qu’on met dans les patisseries??? (ca se dilue comme un sirop??)

  2. Betty dit :

    Salam Aleykoum,

    Je trouve tellement dommage d’oublier ces si belles traditions…
    Dans toutes les cultures, il ya des traditions tels que la diyafa qui ont pour objet la convivialité, le savoir-vivre et aujourd’hui on remarque que toutes ces traditions sont oubliées pour laisser place à l’individualisme et l’égoisme, de moins en moins de famille partagent les repas ensemble, on ne sait même plus inviter, partager. C’est vraiment dommage, pourtant ce n’est pas si difficile que ça…

    Merci Cuistot,

  3. Khadija dit :

    Salam

    Cuistot tu as su décrire exactement un repas marocain typique avec la musique andalouse en prime, j’adooooooooooore cette musique!!!! Raffinement, classe, la diyafa ou l’art de recevoir au Maroc est légendaire et connu de par le monde, ça me donne vraiment envie de me retrouver dans une de ces maisons avec patio, à siroter un thé et à écouter les histoires des bergagates (comères) et puis d’un coup elles se lèvent et se mettent à jouer et à danser, on faisait ça à chaque fin de repas je me souviens, que de bons souvenirs, et ça rit, ça joue. Et tu n’as oublié aucun détail, bravo, on s’y croirait.

  4. ArcEnCiel dit :

    C’est dommage que ces belles traditions se perdent… Je suis la première à les oublier et instaurer une façon de recevoir à la française :(

    Merci Cuistot, tu m’as fait voyager le temps de l’article. D’ailleurs, va savoir pourquoi, en lisant l’article je me demandais s’il existe un couscous au fruits de mer. Pas au poisson que les tunisiennes font, très très épicés au passage, mais juste avec des fruits de mer ! Si oui, tu peux partager la recette avec nous, stpppp.

    Merci ma belle,

    bises

  5. SaMiA tout simplement... dit :

    Salam oualaykoum,

    c clair Khadija Machallah Cuistot tu nous a fait voyager :)

    Et c’est vrai je confirme c’est comme cela que ça se passe… pourvus que sa dure inchaAllah

  6. nhour dit :

    Salam alikoum,

    Les saveurs d’ici et d’ailleurs…. Je crois que chaque culture a une façon chaleureuse de recevoir ses convives.

    Merci pour cet article qui fait voyager nos papilles. Il est important de garder cette générosité et se gôut du partage avec ses invités.
    Je crois sincérement que c’est une chose universelle.
    Les français ont aussi « un art de recevoir » tout aussi chaleureux et généreux.

  7. épicerie dit :

    Quel bel article, il m’a fait voyager! Les Marocains sont de nature très accueillante! Je ne souviens avoir mangé un bon couscous dans une famille très modeste, tous assis par terre sur des tapis, dans un endroit perdu au milieu de nul part (et effectivement j’étais perdue!), un accueil comme il n’en existe plus nul part!

  8. Hasna dit :

    J’ai rêver en lisant l’article, mais pour vous dire la vérité je n’ai jamais vraiment vécu ça, c’était avant et plutôt dans le nord du Maroc, me trompe-je? Mais ça me donne un goût de vécu quand même, c’est étrange.

  9. myriamouche dit :

    encore mieux que l’art qui se transmet de mère en fille , l’art qui se transmet de génération en génération (et oui pensez aux hommes je suis sûr qu’ils apprécieraient également de nous faire partager leurs compétences culinaires ;) )

  10. Cuistot dit :

    Ah! je vois que parmi les lectrices d’HATC, il y a des nostalgiques!J’ai commencé par le Maroc, mais il y a des traditions culinaires et de savoir-vivre que l’on retrouve dans de nombreuses sociétés. Vu le succès de ce billet, je crois que je vais surenchérir…

  11. Jiji dit :

    Salam,

    Joli billet poétique ! On attend donc, Cuistot, des articles sur les traditions culinaires des autres pays…

  12. SHAHÎN dit :

    Salam

    Merci Cuistot pour cet article trés savoureux…C’est vrai que la convivialité, l’hospitalité est toujours au rendez vous dans les maisons marocaines. Ces petites attentions qui laisse présager un bon repas. Et quel repas! mmmmm.Comme tu le racontes si bien dès qu’on entend le Bismillah du dépard, alors là plus de pitié….Mais ce que j’aime encore plus c’est quand la mama du coin de l’oeil te regarde et l’air de rien te poses des morceaux de poulet, pour que tu n’oublies pas qu’il faut manger….encore!

  13. Cuistot dit :

    Salam, j’ai oublié de répondre à notre chère Karima. Eh oui ma chère, l’usage de la fleur d’oranger ne se limite pas aux pâtisseries. On s’en sert pour parfumer l’eau que l’on sert à boire (légèrement diluée) mais on en asperge aussi une serviette mouillée que les convives utilisent pour masquer les odeurs désagréables sur les doigts après un repas plantureux et fort en odeur! Eh oui, le savoir-vivre marocain, c’est ça aussi, jusqu’au moindre détail!!

  14. karimouch dit :

    Merci cuistette!!!!

  15. Sister Sam dit :

    Salam…

    I kiffe cette ambiance… avec du bon khboubzz dar autour d un poulet aux olives… I am proud of being Moroccan… sans oublier que je suis francaise lol L identite nationale cest ca= Manger un tagine avec de la bonne baguette de chez Paul! ;-)

  16. Jihane dit :

    @Sister Sam,

    Mdrrr exactement tu as bien résumé la chose, pain de chez paul et tagine, voilà le mélange culturel délicieux à tous les sens du terme.

Libère ton esprit

Dites ce que vous en pensez...
Et oh, si vous voulez une image avec votre commentaire, inscrivez vous sur gravatar!