La Gifle de Sabrina Rouagdia

6 novembre 2009 par Khadija  
Classé dans Portraits

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Sabrina Rouagdia - La GifleLes femmes endurent les pires épreuves et elles sont souvent seules à les affronter. Sabrina fait partie de ces femmes qui ont souffert et vécu des moments très difficiles mais qui ont, malgré tout, réussi à réagir et à relever la tête. Elle est l’auteure de La Gifle, un récit autobiographique où elle relate sa vie de femme battue et bafouée. Elle nous raconte comment, par amour pour ses enfants, elle a réussi à surmonter sa peur et à quitter son mari, ce bourreau.

Pourriez-vous vous présenter à nos lectrices, revenir sur votre parcours.

J’ai 41 ans, je suis mère de deux garçons âgés de 15 et 17 ans. J’exerce le métier d’auxiliaire de vie. En 1986, à 17 ans, après avoir obtenu mon diplôme de couturière, je suis partie en Algérie pour terminer mes études en stylisme, et aussi connaître mon pays, et j’ai eu le coup de foudre pour celui qui deviendra mon mari et tortionnaire pendant plus de 9 ans.

Pourquoi avoir écrit un livre ?

La décision d’écrire ce livre vient du fait que je voulais absolument laisser un témoignage à mes enfants, pour qu’ils sachent ce que j’ai vécu et qui est leur père. C’est aussi une forme de thérapie  cela m’a permis d’évacuer, d’extérioriser tout ce que j’ai du cacher.

Pourquoi ce titre ?

Tout simplement parce que ça a commencé par une gifle. Je le connaissais depuis 2 mois à peine, quand j’ai reçu ma première gifle, je n’ai pas compris pourquoi je l’ai reçue, et surtout, je n’ai pas réagi. Aujourd’hui encore je ne comprends toujours pas.

Votre mariage était-il un mariage d’amour ?

Oui, mon mariage a été un mariage d’amour, c’est moi qui l’ai choisi.

Avant votre mariage, n’y avait-il pas eu de signes précurseurs ?

Avant mon mariage il y a eu des moments violents, ils se sont reproduits plusieurs fois, et après 5 ans de fréquentation, je l’ai épousé, en 1991. Les coups, la violence, les insultes, l’humiliation ont été mon pain quotidien pendant 9 ans jusqu’en 1995, date de mon divorce Mais j’ai connu encore 6 ans de harcèlement et de violences jusqu en 2001, après mon divorce. Une semaine après mon mariage pendant mon voyage de noces, il m’a fracturée la mâchoire. Un an après mon mariage en 1992, nous avons eu notre premier enfant, et même pendant ma grossesse il m’a frappée à coups de poing et de pied, et fouettée avec un tuyau à sept mois de grossesse. Je suis revenue en France quelques jours avant mon accouchement et 24 h après la naissance de mon fils, j’ai subi l’intolérable dans ma chambre d’hôpital : il m’a sortie du lit, m’a frappée et m’a cassée le nez, quelques heures après avoir donné la vie! J’étais en sang et j’ai menti aux infirmières en leur disant que j’avais glissé dans la baignoire, tellement j’avais honte de moi. La violence a toujours été présente, malgré la naissance de mon deuxième enfant, né en 1994.

Entre 93 et 95, j’ai entamé une procédure de divorce qu’il n’acceptait pas puisque la violence continuait toujours, et j’avais peur de lui, j’ai porté plaintes plusieurs fois, mais je les ai  retirées par la suite car il avait menacé de tuer mon fils si je ne le faisais pas. J’ai toujours persisté dans mes démarches ,j’étais seule à mener ce combat contre lui, je n’ai eu aucun soutien autour de moi, j aurais voulu qu’on me secoue vraiment, qu’on m’aide à le quitter, qu’on fasse plus que de constater, j’étais livrée a moi même.

Qu’est ce qui vous a poussé à dire stop ?

Ce qui m’a poussée à dire stop, ce sont mes enfants, et c’est pour eux que j’ai réussi à le quitter définitivement. Je voulais les protéger, je ne voulais pas qu’ils vivent dans la violence, et j’avais aussi peur qu’un jour il leur fasse du mal. Je ne voulais pas q’un jour ils puissent reproduire, dans leur vie future, la même chose que lui. Je m’en suis sortie grâce à mes enfants et à l’écriture.
A 17 ans, j’ai tenu un journal intime comme beaucoup de jeunes filles et par la suite j’ai toujours continué à écrire, et ce pendant des années. J’écrivais sur des morceaux de papier, en cachette, tout ce qu’il me faisait subir, pour ne jamais oublier, comme si je m’envoyais des SOS, comme si je savais que ce témoignage m’aiderait à le quitter.
 
Vous avez supportez cela pendant 9 ans, comment avez-vous pu tenir aussi longtemps ?
 
Beaucoup de personnes se demandent pourquoi j’ai attendu 9 ans pour réagir et sortir du cercle vicieux de la violence. Simplement parce que j’ai cru à l’amour, j’ai toujours eu espoir qu’un jour cela  cesse. Il m’avait isolée de ma famille, de mes amis, de mon entourage. On est pleins de rêves et d’illusions à 17 ans, c était mon premier amour. Je croyais au prince charmant, je refusais l’échec de mon couple et j’étais totalement sous son emprise, consciente et en même temps incapable de réagir parce qu’amoureuse, et ce, malgré mon fort caractère.

 

Quel est votre rapport aux hommes depuis votre divorce? 

Cela fait 14 ans que je suis divorcée et aujourd’hui je suis seule. J’ose espérer que la perversion humaine n’est pas propre à tous les hommes, ce qui me laisse croire en la rencontre de l’homme qui me fera vivre des moments heureux, inchallah.
Les hommes qui battent leurs femmes sont plus à plaindre qu’à blâmer et la force d’une femme se trouve dans la volonté de ne plus être esclave , de s’en sortir et d’aller de l’avant. La violence n’est pas une fatalité.
     

Depuis la publication de votre livre, des femmes viennent-elles vous voir pour vous demander conseil ? Que leur dites vous ?

Depuis la sortie de mon livre, je suis très sollicitée par les médias, les associations, pour des  conférences afin d’apporter mon témoignage, pour sensibiliser les jeunes dans les lycées par prévention.
Beaucoup de femmes sont venues me voir pour me remercier, certaines ont pris la décision de quitter leur mari violent après la lecture de mon livre, d’autres me demandent des conseils et c’est ma plus grande réussite, le fait que mon histoire puisse aider d’autres femmes dans le même cas que moi. Beaucoup se sont retrouver dans mon histoire.
 
Je leur explique qu’il faut avoir conscience du fait que dans la violence conjugale nous ne sommes pas coupables, mais victimes. Et qu’il ne faut jamais s’enfermer dans le silence, comme je l’ai fait. 

 

Quelle femme êtes vous aujourd’hui ?

Je suis une femme plus forte et sereine, aujourd’hui je suis plus sensible à la souffrance des autres.

Un message pour les lectrices de Hijab and the city ?

La violence peut atteindre n’importe quel être humain ; la violence n est pas le fait de la religion , elle est universelle, mondiale, et touche toutes les classes sociales. Une femme meurt tous les 2 jours des suites de ses blessures, et une femme sur 10 est victime de violences conjugales. Il faut en parler, que les femmes sachent que la loi existe et qu’aujourd’hui la justice nous protége. Il ne faut pas avoir honte et pour terminer, j aimerais dire à toutes les femmes ayant subi ou qui subissent encore, que j ai longtemps toléré l’intolérable, mais aujourd’hui je suis une femme libre et j’aimerais de tout coeur que toutes ces personnes puissent retrouver la même liberté que moi, que mon histoire pourra donner aux femmes battues la force de s’en sortir et d’aller jusqu’au bout de leur combat. Il ne faut pas tomber dans la folie destructrice dans laquelle j’étais. Un homme violent est dangereux, sa folie est incontrôlable, j aurais pu mourir. J ai beaucoup de chance d’être encore en vie, il faut savoir partir porter plainte. Je vous en supplie, surtout ne retirez jamais vos plaintes, partez !

Photo en une : Sabrina Rouagdia - RVR Studios.fr

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Commentaires

12 Réponses pour “La Gifle de Sabrina Rouagdia”
  1. imane dit :

    Salam

    Malheureusement c’est le schéma classique : La femme est amoureuse, elle endure les coups et les humiliations, le jour où elle se « réveille » elle est seule et isolée car ceux qui l’aiment ont aussi baissé les bras.

    J’en appellent à tous ceux et toutes celles qui ont en charge l’éducation des petites filles (futures femmes) :

    Apprenez leur à dire non ! Une gifle c’est déjà une violence. Une fille consciente de ses droits ne tombera jamais dans ce genre de piège.

    Je vois souvent des jeunes filles prendre des coups de pieds assénés par leur copain et elles en rient. C’est tout simplement choquant.

    De la même façon, il faut interdire aux frères d’exercer leur tyrannie sur leur sœur car en laissant faire, on banalise la violence qui lui est faite

    Je rajouterai que la violence peut être le faite de la femme. J’ai eu à connaitre des cas de maris battus ou maltraités.

    Le dignité ne souffre aucune concession. Notre belle religion est là pour nous le rappeler dans tous nos actes.

  2. Mohamed! dit :

    Alikoum Salam Imane,

    Tu peux être « consciente de tes droits », être une fille née en France de 17 ans et être ANESTHESIEE par l’AMUUUR, encore et TOUJUUUURS!!! C’est ce qui s’est passé pour la Soeur Sabrina Rouagdia. Elhamdoulillah, elle s’en est très bien sortie.

    La morale de sa story c’est de ne pas faire confiance à ses sentiments, toutes choses égales par ailleurs, et de comprendre qu’il y a certains points de vue à écouter. Fallait peut-être analyser ceux qui lui disait de ne pas foncer tête baissée pour un homme. En même temps, va faire comprendre à une ado qu’elle a tort… ;)

    Salam Alikoum!

  3. Mohamed! dit :

    PS: Le commentaire que j’ai fait en haut n’excuse en rien le comportement de lâche qu’ait eu l’ex de Soeur Sabrina.

  4. Jihane dit :

    @Mohamed,

    Je ne pense pas que la question soit de foncer tête baissée ou pas pour un homme, certains hommes peuvent se montrer doux, gentils, attentionnés, avant et au tout début de la vie en couple et se révéler par la suite être de vrais tortionnaires.
    Certains hommes cachent bien leur jeu avant et au début du mariage puis deviennent de vrais violents, c’est sûr, ils ne vont pas se présenter à la jeune fille en disant qu’ils sont violents et qu’ils piquent des crises pour un rien.

    Je te cite:

    « La morale de sa story c’est de ne pas faire confiiance à ses sentiments »

    Facile à dire, je ne sais même pas si moi, toi, ou n’importe quel être humain prit par les sentiments va s’arrêter deux seconde, sortir de son état passionné en se disant » oups je dois réfléchir, je fais peut être une connerie, celui qui m’offre des roses maintenant, va peut être un jour me taper dessus », soyons réalistes, personne ne se pose ces questions, le principe même d’être en amour, c’est qu’on fait confiance à l’autre, et qu’on est incapable de voir ses défauts, même si le monde entier nous les crie.

    C’est pour cela que malheureusement beaucoup de femmes battues sont persuadées que, quand leurs maris les frappent, c’est de leur faute, alors qu’il n’en rien, elles ont à faire à un violent.
    Beaucoup de femmes trouvent des excuses à leurs maris de les frapper, et se disent qu’elles ont du faire quelquechose de mal pour recevoir des coups.
    C’est révoltant, c’est sûr.
    Du coup, je pense que ce que la soeur Sabrina Rouagdia veut nous faire passer comme message, c’est qu’au premier geste de violence il faut réagir, s’en aller dès qu’il y a une claque, de la violence qu’elle soit physique ou psychologique, car le plus grave c’est de penser que cette violence est normale.

  5. mimouchka dit :

    Bonsoir tt le monde,

    Tu as raison Jihane parfois tu subis l’injustice mais l’absence de discernement/la peur de l’autre ou la sentiment de solitude t’empêche de prendre la bonne décision…je salue ton courage Sabrina pour avoir réussit à passer le cap, celui de refuser l’inacceptable malheureusement comme le mentionne Khadija à juste titre le combat est loin d’être terminé…beaucoup de femmes musulmane ou non vivent encore aj8 sous le joug d’un homme violent…La faute à qui? Ce n’est evidemment pas l’Islam ( merci de l’avoir mit en avant car trop souvent des raccourcis lapidaires sont faits et rappelons nous tous d’une magnifique phrase du Saint Coran =) « elles sont pour vous un vêtement, vous etes un vetement pour elle »)A qui la faute? la betise humaine tt simplement ….qu’Il place les faibles sous sa protection et nous écarte des injustes…ameen.

  6. Asma dit :

    horrible se faire tabasser juste après son accouchement je n’en reviens pas ! je souhaite bon courage à toutes les femmes qui connaissent ou ont connu des situations similaires

  7. Noussa dit :

    C’est le genre de témoignage, quand on le lit, on en reste bouche bée, même en sachant qu’on est pas né de la dernière pluie, car cela existe depuis toujours. Comme quoi on ne « s’habitue » jamais à ce genre de faits. Rien qu’en lisant l’article, c’est traumatisant, alors vivre la situation…y’a même pas de mots.
    Mon commentaire ne servira qu’à témoigner de mon très très grand respect envers Sabrina Rouagdia et en lui souhaitant le meilleur pour la suite.

  8. Maria dit :

    Salam,

    ce sujet me touche de près car il m’est arrivé plus d’une fois d’avoir une amie proche dans une situation analogue à celle de Sabrina. Il faut beaucoup de soutient, beaucoup de courage pour s’en sortir. Le récit même de la souffrance subie est un gilet de sauvetage car dire c’est prendre du recul, se voir, comprendre que l’on est coupable de rien, respirer pour pouvoir traverser en apnée presque la sortie vers la lumière, s’éloigner de la peur.
    Que pouvons nous toutes, tous faire? Soutenir les sœurs qui traversent l’enfer avec qui on est en contact(et en moindre quantité des hommes, car il y en a aussi qui subissent des violences domestiques. Élever nos enfants dans la non violence. Pas besoin de gifle pour prouver son autorité ou pour obliger à faire telle ou telle chose. Du dialogue, de la fermeté, de la bonté. Un enfant qui subit des violences devient violent à son tour. Violent à l’école a

  9. Maria dit :

    (fausse manip, pardon, je continue)
    avec sa famille plus tard: femme, enfants. Mais aussi faire comprendre filles et garçons que le respect mutuel est fondamental. Jamais de gros mots, jamais d’insulte, jamais de gifle. Ne jamais laisser rentrer dans le couple l’agressivité verbale ou physique. Ne rien tolérer qui puisse être le début de la violence. Cultiver le dialogue, l’amitié, la courtoisie. Même quand on est très énervé.
    Et comme sœur papillon, je ne pense pas, Mohamed, que ce soit l’aveuglement amoureux qui fait foncer tête basse et subir de tels outrages. La violence parfois t’attrape avant que tu puisse comprendre ce qui t’arrive. Et le syndrome de Stockholm n’arrive pas seulement aux otages, ça arrive dans la grosse majorité des situations où un être humain se fait humilier par un autre qui le manipule et l’écrase.

  10. Maria dit :

    coquille : avant que tu puisses (pardon)

  11. soumia dit :

    salam,

    c’est clair que le passage à tabac à la maternité est ce qui m’a le plus choqué!!!
    je ne veux absolument pas la blâmer car je sais au combien l’amour efface les défauts de l’être aimé, et vous rend naïve dans une certaine mesure et au point de croire que si cette personne vous aime elle se contrôlera avec le temps.
    Passé cet amour c’est la peur qui l’emporte et il est déjà trop tard, car combien de femmes ayant essayé de quitter cet enfer se sont faites tuer!

    Mais il est évident qu’un homme qui vous frappe pour un rien ( ce qui est très souvent le cas ) et ce alors que vous n’êtes même pas encore liés par le mariage, ne laisse rien présager de bon pour le futur dans la plus grande majorité des cas.

    C’est facile à dire quand on ne le vit pas, mais c’est là qu’intervient l’entourage qui devrait même quitte à être hait par la victime (Stockholm), ne jamais laisser tomber le combat!

    En tout cas je n’ai pas de solution mais je m’associe à Maria quand elle dit
    « Ne jamais laisser rentrer dans le couple l’agressivité verbale ou physique. Ne rien tolérer qui puisse être le début de la violence. »
    Et souhaite le courage et la force nécessaire à ces femmes et à ces hommes qui se trouvent dans cette situation.

  12. saroune dit :

    J’ai juste un mot à dire : respect…

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