Islamic Relief et la lutte contre le Sida
Islamic Relief est une ONG musulmane d’envergure internationale et qui a très vite placé la problématique du Sida au coeur de ses actions. Sarah Douik, en charge du bureau de liaison auprès de l’Union Européenne, a accepté de répondre à nos questions et de nous en dire plus sur le programme d’Islamic Relief dans le domaine de la lutte contre le Sida.
Quel est votre rôle dans le volet Sida chez Islamic Relief ?
Depuis 3 ans, je suis en charge du bureau de liaison auprès de l’Union Européenne. Mon rôle consiste à communiquer avec les institutions européennes et à mener des actions de plaidoyer au niveau de l’Europe. J’effectue aussi des missions régulières en Afrique, au Moyen Orient et en Asie pour animer des formations, apporter un soutien technique aux équipes de terrain et renforcer notre partenariat avec la Commission. Concernant le volet Sida, j’ai participé à la Conférence “Sida et Islam” qui s’est tenue à Johannesburg en novembre 2007. A Bruxelles, je contribue aux réunions de plaidoyer sur le Sida au sein des plateformes d’ONG afin de pousser l’Europe à renforcer son action et à améliorer son efficacité dans ce domaine. J’ai également été invitée comme intervenante à la conférence sur le VIH/Sida qui s’est tenue en janvier 2008 à Bruxelles avec Dr Tariq Ramadan et Dr Yacub Mahi.
Depuis combien de temps l’ONG Islamic Relief mène-t-elle campagne sur la thématique du Sida ?
L’ONG Islamic Relief a été confrontée à la problématique Sida à travers les projets qu’elle mène à bien dans le domaine de la santé et à travers son programme de parrainage des orphelins notamment en Afrique du Sud mais aussi dans d’autres pays par exemple en Asie. En 2007, nous avons organisé une conférence internationale sur ce sujet afin de sensibiliser l’opinion publique internationale et alerter tous les gouvernements notamment dans les pays musulmans sur l’importance d’apporter des solutions concrètes aux acteurs de terrains qui sont confrontés à des situations humaines et sociales difficiles. En effet, nul n’est sans savoir que dans de nombreux pays, les personnes infectées par le VIH sont souvent victimes de discriminations et se retrouvent isolées pour faire face à cette situation. Elles sont part ailleurs souvent exclues de l’accès aux soins et aux traitements antirétroviraux faute de services de santé adéquats ou faute de moyen pour les plus défavorisés. Suite à la conférence et sur la base des discussions engagées à cette occasion, nous avons développé une approche visant à traiter de la question VIH/sida et à l’intégrer comme composante dans tous nos programmes y compris dans nos projets liés à la santé et à l’éducation.
Quelles actions concrètes menez-vous sur le terrain ?
Dans le cadre de notre programme de parrainage, nous proposons à nos donateurs de venir en aide aux orphelins dont les parents sont décédés suite à la maladie du Sida, notamment dans le cas de l’Afrique du Sud qui est un pays particulièrement affecté par cette situation. Nous avons également recruté une experte VIH/Sida basé en Afrique du Sud qui est amenée à conseiller et à orienter tous nos programmes à travers le monde pour prendre en compte cette situation et prévoir une réponse adaptées aux bénéficiaires touchés par le VIH/Sida. Nous nous attachons à ce que toutes les personnes atteintes du VIH/Sida puissent avoir accès aux soins de santé et aux services de santé sans discrimination. Nous sommes aussi très actifs au niveau de la prévention à travers nos programmes comme dans le cas du Bangladesh. Nous avons par exemple développé un projet de santé spécifiquement dédié à la santé de la mère et de l’enfant qui propose un traitement, des soins et des conseils afin de limiter les risques de transmission du virus de la mère à l’enfant. Nous nous attachons aussi à informer les jeunes femmes quant aux risques de contracter le virus afin de renforcer la prévention. Notre méthode repose en particulier sur la formation de jeunes filles qui ont alors la charge d’informer d’autres personnes de leur âge. Dans tous les cas, nous offrons à nos bénéficiaires une réponse adaptée à leurs besoins et aux réalités du terrain afin de maximiser l’impact et l’efficacité de nos programmes et d’engager au maximum tous les acteurs locaux dans la lutte contre le sida.
Votre programme est international, quel état des lieux dressez-vous aujourd’hui ?
Nous avons constaté un lien étroit entre la pauvreté et la propension à contracter le VIH. Par ailleurs, le VIH a tendance à accentuer davantage le dénuement et la pauvreté des personnes qui se trouvaient déjà dans une situation précaire auparavant. On observe donc une spirale infernale pour beaucoup de personnes infectées dans les pays les plus pauvres. En tant qu’ONG dédiée à la lutte contre la pauvreté à travers le monde, nous sommes donc particulièrement sensibles à cette situation et il est de notre devoir d’alerter les opinions publiques à travers le monde sur cet état de fait. Dans de nombreux pays, nous observons par ailleurs une stigmatisation des personnes porteuses du VIH à tel point que certaines préfèrent ne pas faire de test afin de connaître leur statut. Quand elles se savent atteintes du VIH, elles cachent souvent à leur entourage et à leurs proches cette situation et se retrouvent seules et isolées. Lors de la conférence à Johannesburg, certains intervenants ont fait part de leur expérience quant ils ont osé parler du fait qu’ils avaient contracté le VIH à leur famille. Ils ont été victimes d’exclusion et de stigmatisation. En Afrique du Sud, un réseau a même été créé suite à ce problème afin de lutter contre les discriminations et permettre aux personnes atteintes du VIH se s’exprimer librement, de partager leurs expériences, de s’entraider et de changer les mentalités. Il s’agit du réseau Positive Muslims, très actif en Afrique du Sud et qui pourrait servir d’exemple dans d’autres pays.
Les musulmans sont-ils tout autant exposés et touchés par le virus ?
Même si certains pays musulmans sont aujourd’hui encore modérément affectés et que le VIH/Sida reste cantonné à des groupes dits « à risque », il n’en demeure pas moins que sans une réponse rapide et adéquate, le VIH/Sida risque de se propager et d’atteindre des taux d’épidémie aussi élevés que dans les pays les plus touchés. C’est pourquoi il est urgent de se confronter à la question de VIH/sida et de la traiter comme toute question de santé publique qui demande des réponses adaptées à la mesure du risque encouru. C’était aussi la raison pour laquelle nous avons souhaité organiser cette conférence en Afrique du Sud. Cela nous a notamment permis de visiter les projets mis en place dans le cadre du volet VIH/Sida. Lorsque l’on rencontre un petit garçon de 3 ans plein d’entrain qui est sous traitement antirétroviral, cela vaut beaucoup plus que tous les grands discours. Des femmes séropositives de confession musulmane (voilées ou pas) ont aussi pris la parole pour parler de leur expérience et exprimer le fait que tout le monde était susceptible d’être touché sans distinction.
Quel est le rôle d’Islamic Relief ? Quel type de campagne menez-vous ?
Tout d’abord nous essayons d’agir sur le terrain en développant des campagnes de sensibilisation qui sont formulées de manière adaptée au contexte socioculturel et religieux local. C’est très important pour rallier les populations à cette cause et engager les communautés comme acteurs de changement et de progrès afin de lutter contre la propagation du VIH et de ne plus stigmatiser les personnes porteuses du virus. Nous nous attachons à remettre en cause lutter certains préjugés et à dénoncer les tabous à travers l’échange, la discussion, le dialogue, la confrontation avec les réalités du terrain et l’accès à l’information. Nous sommes particulièrement attachés à sensibiliser les communautés à travers le monde et notamment les communautés musulmanes en Europe et ailleurs. En tant qu’organisation humanitaire et de développement, notre priorité est de sauver des vies et de nous engager activement dans la lutter contre la pauvreté. La lutte contre le VIH/sida et l’assistance aux personnes victimes du VIH est donc au cœur de notre action et de nos priorités. Cela passe par les programmes sur le terrain et la sensibilisation du grand public et notamment des opinions publiques musulmanes sur cette thématique.
Vous avez travaillé en collaboration avec des savants musulmans quel est leur rôle ? Que préconisent-ils ?
En tant qu’ONG musulmane, Islamic Relief s’attache à mette en place une action humanitaire et des projets de développements inspirés par les principes généraux de l’Islam que l’on retrouve chez la plupart des organisations non-gouvernementales d’inspiration religieuse et humaniste. La question du VIH/Sida est particulièrement complexe car elle soulève un grand nombre de situations bien précises rencontrées sur le terrain qui appellent des solutions pratiques et adaptées au contexte local. De facto, les praticiens du développement et les personnes atteintes du VIH sont confrontées à une pluralité de questions éthiques notamment en tant que personnes de confession musulmane. Dans ce contexte, le dialogue avec les savants musulmans a permis d’apporter des réponses ou tout du moins d’explorer certaines problématiques à la lumière des enseignements religieux. Lors des ateliers de travail, cette contribution a été particulièrement appréciée au même titre que l’étaient les contributions des acteurs de terrain et des personnes atteintes du VIH. L’objectif commun était en effet d’apporter des solutions pratiques, efficaces et adaptées dans le contexte de l’islam pour permettre aux ONG de mieux travailler sur le terrain et de mieux venir en aide aux populations affectées.
La conférence a aussi été un moment d’apprentissage pour les savants ainsi que pour tous les participants notamment du fait des échanges (200 personnes venues d’une cinquantaine de pays) mais aussi des visites de projets sur le terrain. Nombre d’entre eux en ont conclu qu’il était important de briser certains tabous notamment concernant l’homosexualité afin que les personnes affectées puissent trouver le soutien et l’aide nécessaire dans leur communauté. Un autre enseignement qui a été souligné par les savants concernait l’importance de répondre aux questions éthiques de manière appropriée au contexte et de ne pas considérer telle ou telle approche comme la solution à toutes les situations. Il y a en effet une pluralité de contextes et donc une pluralité de méthodes à adopter pour engager la lutte contre le VIH/Sida de la manière la plus efficace qui soit.
Aujourd’hui, est-ce toujours un sujet tabou au sein de la communauté musulmane ?
La question du Sida reste en effet aujourd’hui un tabou dans de nombreuses communautés musulmanes à travers le monde. La religion musulmane désapprouve les relations sexuelles hors mariage ainsi que la consommation de drogues. Afin de lutter contre la propagation du VIH, nous devons reconnaître le fait que ces pratiques existent et qu’elles sont répandues à travers toutes les communautés y compris au sein des communautés musulmanes. Il ne s’agit pas ici ni de blâmer les individus qui ont contracté le VIH ni de nous concentrer exclusivement sur les interdits et les pratiques islamiques ou non-islamique en présentant l’abstinence comme seule moyen de lutte contre de VIH/Sida. Cette attitude ne ferait qu’aggraver le problème en renforçant la stigmatisation dont des personnes atteintes du VIH sont victimes. D’autant plus qu’on observe une pluralité de facteurs conduisant à la surexposition au VIH/Sida avec un rôle non négligeable de la pauvreté et de la situation socio-économique des personnes affectées. Nous nous devons donc de reconnaître et d’analyser l’ensemble des facteurs qui conduisent à la propagation du VIH/sida afin d’apporter des réponses efficaces et durables. Car en dépit des discours religieux, le VIH continue à se propager parmi les populations musulmanes à travers le monde.
Que pensent les gens ? Qu’en est-il de l’idée qui veut que le Sida est une maladie d’homosexuels, les musulmans pensent-ils ainsi ?
Tant que l’épidémie reste concentrée dans certaines populations dites « à risque », le reste de la société cherche parfois à se rassurer en pensant qu’ils sont protégés. Mais l’expérience prouve que ce n’est pas le cas et qu’en l’absence de réponse adéquate, l’épidémie se propage à l’ensemble de la société. Les musulmans sont de plus en plus sensibles à cette réalité. Dans les pays les plus affectés, ceux-ci sont conscients du fait que le VIH/sida peut toucher tout individu sans distinction quant à son orientation sexuelle et qu’il faut engager des campagnes d’information, de sensibilisation et de prévention à destination du grand public et non pas seulement envers tel ou tel segment de la population.
Vous avez organisé un colloque à Johannesburg en 2007, deux ans plus tard, quel bilan dressez-vous?
Le colloque a marqué une étape importante dans la prise en compte de la thématique sida au sein de la communauté musulmane. Il a permis de briser certains tabous et d’enclencher un processus de remise en question par nombre d’acteurs venus de différents pays qui se sont inspirés des expériences de leurs collègues à travers le monde. Ceci a conduit à de nombreuses actions de sensibilisation au niveau local dans différentes communautés en Europe, en Afrique, en Asie et au Moyen Orient. Suite au colloque, les participants se sont également engagés sur un plan d’action. Dans cette dynamique, un fond a été créé pour financer des projets et lancer un réseau international dédié à la question du VIH/sida. Les actes du colloque servent aussi de base de travail à de nombreux professionnels du développement à travers le monde dans la mise en place de projets de prévention et de lutte contre le sida.
4 Responses to Islamic Relief et la lutte contre le Sida
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La communauté musulmane a quelque petites responsabilité sur ce problème car elle a tendance à juger ces personnes, les stigmatiser et donc les personnes qui pourraient être atteintes n’osent même pas faire un dépistage et donc contamine leur mari/épouse/enfants/partenaire.
« Cette attitude ne ferait qu’aggraver le problème en renforçant la stigmatisation dont des personnes atteintes du VIH sont victimes »
Et elle a bien raison.
Bravo à Sarah Douik pour le travail qu’elle fait, vous avez tout mon soutien !
Bel état des lieux, clair et convaincant. Tout le monde devrait le lire!
Très bon article!!! On a besoin de sensibiliser les gens sur des problèmes aussi importants! Car les gens non atteints par cette maladie ont tendance à penser que ça ne touche que les autres! On aborde très rarement de telles sujets au sein de la communauté!!!
Très bonne initiative!!!!!
hamdou’allah cet article devrait sensiblisé tout le monde .il faut tous ce sentir concerné etre solidaire soutenir.a lire !!!