Le Sida : de Cape Town au 19ème arrondissement de Paris
Les actions menées de par le monde au sein des communautés musulmanes, attestent de cette volonté d’en finir avec la vision moralisatrice et assassine que l’on a du Sida. Certes, l’Islam préconise certains principes, souvent décriés par les sociétés occidentales, reposant sur des bases morales et qui dictent le mode de vie du croyant. Par exemple, la question de la chasteté des hommes et des femmes et l’abstinence (que l’on retrouve d’ailleurs dans les autres religions), mais qui ne se présentent pas comme une réelle solution pour certains, chez les non-musulmans comme chez les musulmans. C’est pourtant ce type de prévention que mettent en avant certaines organisations musulmanes ayant pour but de venir en aide aux victimes du Sida et qui luttent contre toute forme de diabolisation et de marginalisation. Néanmoins, elles ne se gardent pas de rappeler que tout comme la nécessité de considérer la vie avec sagesse et raison, il est primordial de proposer une seringue neuve au toxicomane, ou encore de distribuer des préservatifs car, inconsciemment et consciemment, cela donne une idée de la différence entre la vie et la mort. Et en agissant ainsi, on choisit le moindre des maux.
Positive Muslim :
En Afrique du Sud, Positive Muslim, est une organisation entièrement dédiée à la lutte contre le Sida. Depuis 2000, Positive Muslim accompagne les personnes atteintes du Sida et travaille de concert avec l’USAID ou encore l’ONUSIDA. Le crédo de Positive Muslim : la compassion, ne pas juger l’autre et la clémence. Toute marginalisation est à proscrire. Ici, on prône la justice, et non la pitié. Et ce qui permettra de faire avancer les choses, repose avant tout sur la transparence et l’importance de la décision collective. Des ateliers sont organisés où tout est mis en scène pour plus d’empathie et de compréhension.
Positive Muslim considère que le travail de prévention doit être accompagné d’une action politique qui combat les inégalités sociales lesquelles contribuent à la pandémie du Sida. Ainsi, il est important de souligner le caractère éminemment social, en tant que problème de fond, du Sida que l’on soit Européen ou Africain. En effet, les populations les plus pauvres sont les plus exposées en raison du manque d’accès aux soins et d’ailleurs nombreuses sont les ONG musulmanes qui affirment que l’on ne peut blâmer la prostituée d’être atteinte du Sida, car, en vérité, ce qui l’a poussée à adopter pareille attitude c’est bien son état de pauvreté et non une quelconque perversion de l’esprit.
Le centre socio-culturel de Paris, au cœur de la mosquée Adda’wa :
En France, plus près de nous, j’ai eu l’honneur de rencontrer Fatima Zahra Messaoudi, une femme d’origine algérienne, mère de famille et active sur le terrain de la lutte contre le Sida, mais pas seulement. C’est au centre socio-sanitaire de Paris qu’elle m’accueille qui est abrité à la Mosquée Adda’wa dans le 19ème arrondissement de Paris. C’est une femme souriante et très accessible qui me reçoit malgré un emploi du temps très chargé et des missions titanesques. Diplômée en Histoire à l’Université de la Sorbonne, elle devient médiatrice socio-sanitaire en 2001, après une formation qu’elle a suivi, encouragée par le recteur de la mosquée Adda’wa, le Pr Larbi Kechat, à l’origine de l’ouverture de cet espace de prévention et d’écoute.
Fatima Zohra m’explique qu’en France « dans la communauté musulmane, toutes les maladies liées au corps sont taboues » bien qu’elles aient fait des ravages. Et le constat est le suivant « les gens ne savent pas vers qui se tourner parce qu’ils ont besoin de parler surtout sur un plan religieux ». Il est alors question de rédemption, de pardon, de punition, mais ce que leur explique Fatima Zohra c’est que Dieu est amour et que nul ne peut sonder le cœur de quiconque : « J’essaie de leur expliquer que cela peut être une épreuve, que ce ne doit pas être perçu comme une punition infligée par Dieu. Je leur parle de la patience, et j’essaie de dégager leur responsabilité en mettant en avant la miséricorde de Dieu et en tentant de leur faire comprendre que c’est une maladie comme une autre même si elle résulte d’un rapport sexuel hors mariage. Ce sont des femmes et des hommes qui ont eu un moment donné des désirs, qu’ils ont assouvi sans penser à se protéger. En Islam, la protection c’est le jeûne pour ceux qui ne peuvent pas se marier. Quand le sida est là, on ne peut plus rien faire, aussi, on met en avant le pardon. D’ailleurs, quand ils viennent, il y a déjà une volonté de retour à Dieu, au spirituel. »
C’est donc avec l’affection d’une mère qu’elle accueille ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui hésitent beaucoup à aller vers elle par peur du qu’en dira t-on et du jugement des autres, mais aussi parce qu’ils se sentent gênés et parce qu’ils ont honte de parler sexualité. Elle va jusqu’à les orienter vers les centres de dépistage, car bien souvent ces femmes et ces hommes redoutent pareille démarche, et c’est en cela que le rôle de Fatima Zohra est déterminant dans l’accès aux soins et aux services des malades.
Fatima Zohra insiste sur l’importance de prendre en compte les codes culturels de chacun et de savoir interpréter les propos de certaines personnes pleins de symboles et d’images, mais aussi de savoir faire de la prévention de manière discrète, adaptée aux codes de chacun.
Au centre socio-culturel, Fatima Zohra organise des rencontres avec les gens qui fréquentent la mosquée : lors de la journée mondiale de lutte contre le Sida, des stands ainsi que des tables rondes sont proposés par le centre. Tout le monde est mis à contribution pour organiser cette journée, à commencer par les enfants qui sont en charge des affiches qu’ils retrouveront placardées sur tous les murs du centre et de la mosquée. On insiste sur le dialogue et on incite les gens à se rendre dans les centres de dépistage ou à s’informer. Et à la question « distribuez-vous des préservatifs ? », Fatima Zohra sourit et répond : « Oui, j’en distribue discrètement à cause des codes culturels encore une fois. Quand une personne vient me voir, j’apprends à la connaître et quand je sens que c’est une personne qui a une vie sexuelle, je lui en donne. Pendant les journées de prévention, je pose une corbeille près des stands et les gens se servent très discrètement on la retrouve complètement vide en fin de journée et on ne sait pas comment (rires) ! »
Fatima Zohra travaille beaucoup avec les institutions et la Mairie de Paris. Elle fait partie du conseil de santé de la mairie du 19ème. D’ailleurs, c’est elle qui a suivi en 2006 les familles libyennes dont les enfants ont été contaminés. Rappelez-vous l’affaire des infirmières bulgares, et on a voulu nous faire croire que tous les honneurs revenaient à Carla, bah voyons ! « C’est le ministère des Affaires Etrangères qui a fait appel à nous et j’ai accompagné, informé ces familles pendant toute la durée de leur séjour. J’ai été très déçue de voir que le Ministère n’a pas daigné, à l’issue de cette mission, nous remercier et reconnaître notre travail, dans la presse notamment, et c’est important que l’on sache que l’Islam considère le sida comme les autres maladies, et qu’il n’y a rien de tabou ou de mauvais à s’associer à ce genre d’actions et à aider les malades » .
Ainsi, le sujet reste tabou, déplore Fatima Zohra mais on s’active dans le 19ème et on ne chôme pas. En effet, au-delà de l’écoute et de la prévention, Fatima Zohra aide les plus démunis à s’en sortir : rédaction de CV, de lettres de motivation, de demande de logement… tout est prévu pour encadrer aux mieux ces personnes.
Une femme pleine de vie et de bon sens, une femme comme on les aime. Elle vous transporte dans les méandres de l’histoire et dans ses plus grands moments, vous cite les plus grands dans le texte et c’est avec pareille verbe qu’elle accueille les personnes porteuses du VIH. C’est plus que de la prévention et de l’écoute, c’est une ode à la vie chantée par une muse !
6 Responses to Le Sida : de Cape Town au 19ème arrondissement de Paris
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mashallah
tout mon respect à cette grande dame, ce sont des gens comme ça qui manque à notre communauté!
rabbi khether min amthelha
Que Dieu lui apporte Son aide dans tout ce qu’elle entreprend
amine
Khadija encore une fois tu déchires !! merci pour cet article très intéressant et pour tout le dossier en fait… Je n’avais jamais rien lu sur le thème Islam & sida
Salam,
Wow pour une fois que je lis un article sur le sida et l’Islam! Il faut parfois briser les tabous et admettre que le Sida est une maladie comme les autres. Il faut continuer à sensibiliser les jeunes malgré le désir.
C’est très intéressant comme article!!!
Bravo à Fatima Zohra pour ses efforts et sa motivation !
MachaAllah!!! Voilà la société musulmane a besoin de gens comme cela. Super sujet Khadija franchement! Dommage que leur action n’est pas été reconnue par le ministère sur l’affaire des infirmières bulgare. Mais leur mérite n’en sera que plus grand auprès de Dieu inchaAllah.
Fatima Zohra Bravo à vous on vous soutient totalement!
Chapeau! ma belle ça se voit que tu as bossé!
Et ça en vallait la peine! Continues comme ça!!!!!!!!!!
Vous déchirez les filles!!!!!!
Franchements des sujets forts comme ça j’adore!
Super l’article Khadidja, et comme Aleyka, c la première fois que je lis un article sur l’islam et le sida.
Bonne continuation à Fatima Zohra !
Salam les girls,
Merci à vous pour tous vos bons mots comme dirait Mariame. J’ai moi aussi beaucoup appris sur le sujet et je suis ravie d’apprendre que ce dossier vous plaît.
Tout n’est jamais blanc ou noir, et malheureusement, bien que le Prophète (SAW) insistait sur cela, on a plutôt tendance à émettre des jugements hâtifs et sévères. Heureusement que Dieu est magnanime, mais évidemment il faut rester vigilant et vivre sans perdre de vue certains principes, qui, plutôt que de nous accabler, nous protègent et ont pour essence la sagesse et la clémence.