Dimanche de toutes les vanités
Dimanche, il fait encore assez frais, on se calfeutre donc dans son manteau, le soleil est de mise, et Dieu ! Comme cette ville de Paris est belle toute poudrée de l’or du jour ! Avec Khadija on a décidé de voir une exposition pour vous. Le choix est porté sur « Vanités. De Caravage à Damien Hirst ». Ça se passe du côté de rue du Bac, plus précisément au 61, rue de Grenelle à la Fondation Dina Vierny- Musée Maillol.
Commençons par ce mot Vanités. Il nous ramène aussitôt au Maniérisme et au Baroque et à ces natures mortes (les anglais disent still life, c’est moins mortel…) où, à côté de livres, de fruits, de fleurs, de jarres, de sabliers et d’horloges se place un crâne humain, rappelant que le temps qui nous est imparti est compté. Biblique, la phrase nous revient en mémoire aussitôt : Vanitas vanitatis et omnia vanitas (Vanité des vanités, et tout est vanité Ecclésiaste, I, 2). Méditation devant l’éphémère, prise de conscience de la frêle vie devant l’Éternel, les artistes du XVIIe l’ont cultivé comme genre, mais n’en ont pas été les premiers, puisque l’on trouve déjà à Pompeï des représentations à contenu identique pour ne pas parler des danses macabres du Moyen Âge.
C’est un recueil de 160 productions de diverses époques que les commissaires de l’exposition, Patrizia Nitti et Claudio Strinati, présentent : peintures, sculptures, photographies, vidéos, bijoux et objets. On peut y retrouver aussi bien une mosaïque polychrome de Pompeï où un crâne s’appuie sur une roue de la fortune, qu’une sérigraphie du contemporain Damien Hirst représentant un crâne au front où miroitent des diamants encastrés. Mais également des crânes bariolés et très énergiques de Warhol (photo dans le slideshow), un crâne presque ludique de Niki de Saint Phalle, un étrange crâne surplombé par deux oreilles noires et rondes rappelant Mickey de Nicolas Rubinstein, Et encore un Saint François caché dans son austère habit de moine tenant un crâne, peint par Zurbaran en 1635 ou bien une nature morte au crâne, au rendu vigoureux de Cézanne ou adouci par la palette cubiste de Braque.
Pas toutes les époques ont réfléchi de la même manière sur la mort. Pas toutes les cultures la regardent identiquement (il suffit de voir la différence entre la fête des morts au Mexique et les visites de cimetières en France le 2 novembre). Mais il est certain que le temps présent des sociétés hautement industrialisées en occident au XXIe siècle fuit avec un rire nerveux toute allusion à la fin promise de ce qui vit. Les morts, d’ailleurs, n’ont plus de place. On les confine dans des urnes, réduits à une ténue cendre que d’aucuns se sont mis à trouver plus pratique, plus tendance, mélange de littérature gore japonaise et de multiculturalisme transversal entre hindouisme, bouddhisme et Europe bobo.
Société hédoniste qui craint la maladie, la vieillesse et la mort et les aborde en surface, la hantise paraissant éloignée par tant de technologies prometteuses – chirurgie plastique, manipulations génétiques, que sais-je? Société du spectacle : la mort se met en scène, on filme sa propre mort. La déchéance apportée par un cancer ravageur, par le sida ou d’autres terribles atteintes au corps qui se voudrait éternellement jeune, devient sujet médiatique et médiatisé.
Au fond, pourrons-nous faire la différence entre tant d’images absorbées, saurons-nous où git l’effroi du néant et où tout n’est que décor en carton, ressuscité dès le lendemain sur une scène fraichement renouvelée ?
Mais si certaines œuvres nous situent pleinement dans cette course en avant, comme autrefois par temps de peste, quand des populations entières étaient atteintes d’insouciante folie, l’exposition appelle plutôt à la réflexion. Celle qu’anciens et modernes ont menée sur le temps qui fuit et la mort déjà présente dans la douce vie. Celle que les maitres de méditation chan (zazen) appellent en lançant à leurs disciples « rentrez dans vos cercueils! ». Celle qui nous est rappelée maintes fois dans le Coran et qui nous laisse pensifs quand, soudain arrêtés dans le tourbillon du quotidien, un silence vient s’imposer. Le flux du jour est alors pareil au papillon, bref et beau, prélude de fin et, on voit le vide de tout ce qui nous entoure et la plénitude de tout ce qui nous attend.
Informations pratiques :
Fondation Dina Vierny – Musée Maillol
59-61, rue de Grenelle.
75007 Paris
Tél : 01 42 22 59 58
Fax : 01 42 84 14 44
Métro : Rue du Bac
Bus : n° 63, 68, 69, 83, 84
Horaires : l’exposition est ouverte tous les jours de 10h30 à 19h sauf les mardis. Nocturne le vendredi jusqu’à 21H30.
Tarif : 11 euros
Tarif réduit : 9 euros
Gratuit pour les – de 11 ans




Brillant article… Bravo Maria ! ça donne envie d’y aller …..
Hihi, vous êtes courageuses les filles, j’aurais jamais pu aller voir ce genre d’exposition ! ça à l’air plutôt sympa finalement, un peu macabre mais sympa lol
Bravo Maria pour cet article.
Je dois avouer que ce genre d’art me laisse malheureusement insensible, c’est tellement choquant et macabre que je fais un bloccage.
Du coup tes trois derniers paragraphes étaient vraiment les bienvenus. Et pour le coup, j’adhère vraiment à la reflexion… Je suis du genre de celles qui ont besoin d’un guide lorsqu’elles visitent un musée ou autre, car seule, tout m’echappe.
Félicitation pour ton article Maria!
J’aime bcp les reflexions sur le passage de cette vie à l’au-dela, je ne trouve pas cela macabre, ou du moins ça ne me choque pas puisque la mort fait partie intégrante de la vie. Nous y sommes tous confrontés que ce soit indirectement par le décès d’un proche,ou qu’il s’agisse de notre propre mort, ou encore notre propre angoisse de cette dernière qui nous pousse à nous transcender et à nous imposer des moments intimes de réflexion…
Cependant,il est vrai que j’aurais vraiment besoin d’un guide à mes côtés pour m’expliquer les subtilités des oeuvres, sans quoi je passerai à côté de tout, sans rien comprendre, et ce serait vraiment dommage!
salam,
on m’a parlé en cours de socio d’un livre traintant de la mort.
Philip Arriès « Essais sur l’histoire de la mort en occident » et effectivement ça a une histoire , une évolution. Par ex, y a 20_30 ans c’était vraiment tabou. Les enfants sont mis à l’écart. En plus, avec les techniques actuelles, c’est limites si « la mort n’éhappe pas au mort ». on ne meurt plus chez soi mais à l’hôpital pour bien des cas. etc. Aujourd’hui, parait il y a un retour vers la mort plus humaine. avec les soins palliatifs entre autre. En tout cas, la mort ça différe en fonction des cultures/ croyances et c’est fascinant. (cette diversité bien entendu , pas la mort en soi)
sinon on peut rajouter l’oeuvre de Holbein (l’ambassadeur) . ça m’a toujours fasciné cette oeuvre. mm si y a le côté macabre qui me dégoûte. http://philo.breucker.org/Holbein%20-%202ambassadeurs.jpg
le crâne en question est dessiné au sol, avec la technique de l’anamorphose. (une sorte de déformation visuelle pour faire apparaitre l’objet dessiné en 3D +/-)
@Bouchra: il y a dans l’expo trois oeuvres anonymes d’un artiste qui a également utilisé cette technique, on a placé des cylindres en métal pour créer un effet réflechissant, c’est vraiment impressionant! Les vanités ont un côté macabre mais laissent à penser et surtout à méditer, mais je dois avouer que je préfère les voir sur une toile.