Chadia, une femme violée pendant son enfance

8 janvier 2010 par Khadija  
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Chadia était encore une enfant quand elle a été violée. Et quand elle a enfin réussi à en parler, elle a été confrontée à la dure loi du silence, celle qui assasine et qui est encore plus douloureuse que le crime lui-même. Elle a accepté de témoigner pour Hijab and the city, espérant, nous a t-elle dit, aider celles qui connaissent ou ont connu le même cauchemar.

 A combien de temps remonte ton agression ?

Cela remonte à mon enfance, donc il y a 15-16 ans. C’est flou, j’ai tout fait pour oublier.

Que s’est il passé ?

Mes parents avaient la gentillesse d’accueillir les cousins ou amis en transit à Paris à la maison. Mes cousins étant restés pas mal d’années au final, se sont permis pas mal de choses en l’absence de mes parents. J’ai été abusée sexuellement à plusieurs reprises et je n’avais pas le droit d’en parler. Ils me disaient que tout le monde faisait cela, à cet âge là j’y ai cru. Je me souviens la première fois, j’ai pleuré de douleur. Cela ne l’a pas empêché de me menacer si je ne revenais pas. Parfois, il m’est arrivé d’appeler Papa. Il ne bougeait pas bien sûr loin d’imaginer cela. Je pense qu’il se disait elle est avec ses cousins,  en sécurité.

En as tu parlé autour de toi ?

Que récemment, il y a un an à ma tante. Qui n’a rien dit et n’en a pas reparlé. Et à mon futur mari, car j’avais un comportement qu’il ne comprenait pas. Je lui en ai parlé avec le temps bien sûr.

As-tu eu un suivi psychologique ?

A l’époque non, silence total j’avais trop honte quand j’ai compris que cela n’était pas normal. Je me suis repliée sur moi même et invoqué Dieu qu’il les fasse mourir. Deux sont morts. J’ai tenté d’en parler à une psychologue mais je me suis repliée et j’ai fini par parler d’autre chose. Peut être qu’un jour viendra où j’écrirai tout ce que j’ai subi.

Qu’est ce que cela a changé dans tes rapports avec les hommes ?

Mes rapports avec les hommes étaient complexes. Pas d’amis hommes, méfiance vis à vis de mes autres cousins. Je m’éloignais d’eux au maximum. J’ai toujours refusé de rencontrer des prétendants au mariage quand j’avais entre 16 ans et 20 ans. Mes parents ne comprenaient pas à l’époque et aujourd’hui encore. Je ne voulais pas entendre parler  d’hommes.

Es-tu déjà tombée amoureuse ? As-tu connu un homme depuis ?

Oui, aujourd’hui je suis amoureuse de l’homme avec qui j’aimerais faire ma vie. Cela n’a pas été facile pour lui. J’étais et pense être encore dur comparé à mes amies et ou à mes sœurs qui sont déjà en couple ou mariées. Je dirais que j’ai connu les hommes tard, à 24 ans.

Aujourd’hui as tu retrouvé confiance en la gente masculine ?

Je dirais que oui, peut être vu que je les fréquente pas. Mais on me dit toujours que je suis trop méfiante ou trop dure avec eux. Je m’en rends pas compte je crois. On me demande souvent pourquoi je suis comme ça.

Comment as tu réussi à surmonter cela ?

 Le temps m’a permis de surmonter cela, en vivant avec. Cela fait partie de moi. Même si je reste méfiante encore aujourd’hui. Je psychote un peu trop des fois c’est vrai, mais bon !

Un message à transmettre aux lectrices ?

Il faut en parler pour exorciser tout cela et ne pas vivre dans la haine et la rancune. Aujourd’hui je ne m’estime pas guérie.

Pour en savoir plus :

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Contacts utiles

Guide « Les droits des victimes » du ministère de la Justice

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Je suis voilée et étudiante à Sciences Po

4 décembre 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

Dernier épisode de la saga sur le voile (à lire : Pourquoi j’ai retiré mon voile - Comment j’ai porté le voile - J’hésite à porter le voile).

Aujourd’hui c’est Naïma, étudiante à Sciences Po Paris, qui nous parle de son intégration à l’école. On finit sur une note d’espoir pour toutes celles qui n’y croient plus. Encore merci à toutes ces jeunes femmes d’avoir accepté de témoigner pour Hijab and the city.

hatc femmePeux tu te présenter aux lectrices ? 

Je m’appelle Naïma, je suis étudiante en première année à Sciences Po Paris. Je suis originaire de la banlieue parisienne, d’une ville où la communauté musulmane est très forte. J’ai porté le voile à l’âge de 14 ans, alors que j’étais en 3ème. Et je le porte également à Sciences Po.

Pourquoi as-tu décidé de le porter en 3ème ?

Je l’ai porté pour me sentir mieux dans ma peau. Je prenais des cours d’arabe et ça m’a beaucoup aidé à mieux comprendre son sens. Dans ma famille, ma sœur l’a porté plus tôt que moi et ma mère le porte également. Mais on en parlait pas dans la famille. Je l’ai d’ailleurs porté sans en parler à mes parents. Et j’ai des amies qui le portent, je pense que ça m’a influencée aussi.

Tu es étudiante à Sciences Po, une école prestigieuse et élitiste, et tu es voilée. C’est donc possible ?

 Il y a beaucoup d’élèves étrangers, dont des filles voilées. Il y a des musulmans fils ou filles à papa, qui ont des parents haut placés. Aussi, l’administration n’a pas trop son mot à dire. Pour ma part, je ne l’ai pas porté le jour de l’oral pour mon admission. Et je ne l’ai pas porté non plus à la journée d’accueil. Je ne l’ai porté qu’au moment de la rentrée. En fait, j’avais très peur des réactions, j’étais terrorisée, et pendant toutes les vacances j’ai pas mal cogité, j’étais à deux doigts de l’enlever.

Au moment de passer la convention, je me suis posée de vraies questions sur le hijab. Avant Sciences Po, j’étais entre le lycée et la maison, c’est limite si je le portais pas vu que je le retirais à l’école. J’ai même failli tout arrêter, je me suis dit que je n’avais pas d’avenir, parce que quand on porte le voile, c’est difficile de travailler dans son domaine, c’est même impossible. En plus, c’était en plein débat sur la burqa et le discours d’Obama. Mais mes profs m’ont beaucoup aidé, dont une en particulier. Elle m’a orientée vers une personne qui elle aussi porte le voile et qui m’a beaucoup remontée le moral, ça m’a fait du bien. Et puis, il y a eu la journée d’accueil, et un étudiant m’a fait part du fait qu’il trouvait le but du hijab paradoxal : la femme veut être plus discrète, mais au final, elle se fait vraiment remarquer. Il a semé le trouble dans ma tête. Donc, j’ai réfléchi, et mon père m’a dit de décider seule et que si le voile m’empêchait de faire mes études, il valait mieux l’enlever. J’ai donc décidé de le garder et de me comporter normalement. Je ne suis pas une fille soumise, j’ai un cerveau avant d’avoir un voile.

Comment vis-tu le regard des autres à l’école ?

Le premier jour a été un jour de pression énorme. Tout le monde se retrouve dans les amphis, on est tous mélangés. Et en fait, tout le monde a eu droit à des réflexions. On était tous tellement différents, qu’on en était tous surpris ! j’ai quand même entendu des réflexions du genre « est-ce qu’elle est d’ici ? », mais je les ai ignorées.

Tu t’es fait des amis ?

Il y a des groupes d’intégration à Sciences Po : dans mon groupe, il y a des gens de ZEP et des bourgeois avec des noms à particule. On a fait des activités techniques d’art oratoire : on gueule devant tout le monde pour apprendre à parler ! Et ça s’est super bien passé, on a tous gardé contact. En fait, tout le monde paniquait, stressait, même les plus bourgeois stressaient de crainte qu’on les taxe de richards. Aujourd’hui, je suis une élève comme les autres.

Plus de peur que de mal alors ?

Oui mais c’est aussi parce que je ne suis pas restée dans mon coin, j’aime me mélanger aux autres, je suis très sociable. Pour moi, le hijab n’est pas un problème, je reste naturelle. Je reste la Naïma qui aimé rire, délirer !

Au début, ils ne savaient pas trop comment se comporter avec moi, mais aujourd’hui, ils sont à l’aise, et c’est parce que je ne suis pas restée dans mon coin.

Que souhaites tu faire plus tard ?

J’hésite. Ce qui me plairait ce serait de travailler dans la finance ou intégrer l’ONU, mais je ne sais pas si on y accepte le hijab.

Quel message souhaiterais tu adresser à celles qui, comme toi, voudraient intégrer une grande école ?

C’est pas impossible, au contraire, elles peuvent se lancer et qu’elles restent naturelles, bien dans leur tête et leur peau. Et si ce n’est pas un problème pour elles, ça ne le sera pas pour les autres. Et le hijab, ça te permet de faire le tri autour de toi, entre les fachos qui t’approchent pas, et tant mieux d’ailleurs, du coup il n’y a que les gens bien qui viennent vers toi. on m’a dit que j’étais la personne la plus formidable qu’ils aient rencontré, que j’avais de la chance d’être croyante parce que la spiritualité ça apporte beaucoup dans la vie. Que des choses gentilles, et ces personnes sont la future élite de notre pays, en me côtoyant, je suis certaine que plus tard ils ne verront aucun inconvénient à travailler ou à embaucher une femme voilée. Mon hijab qui était une faiblesse, est devenu une force. Je suis vraiment bien aujourd’hui.

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J’hésite à porter le voile

27 novembre 2009 par Khadija  
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Parce que le voile intrigue, étonne ou choque, Hijab and the city a donné la parole à quatre jeunes femmes qui le portent, veulent le porter ou l’ont porté. Toutes n’ont pas les mêmes motivations, et toutes ont souhaité partager leur histoire afin d’offrir leur vision. A travers ces témoignages, ce sont les voix de ces femmes que nous souhaitons mettre en avant, car au-delà du voile qui leur couvre les cheveux, au-delà de leurs convictions, ces jeunes filles sont avant tout des personnes animées par la volonté de réussir. Ce qu’elles veulent par dessus tout, c’est de mettre fin à l’incompréhension et au dédain que l’on témoigne bien souvent à leur égard. Et c’est aussi, et surtout, les prendre pour ce qu’elles sont : des jeunes femmes ordinaires et non des voiles sur pattes. Nous vous proposons de découvrir chaque semaine le témoignage d’une de ces jeunes femmes. Elles parlent d’elles, c’est sur Hijab and the city, et c’est exclusif. 

Cette semaine,  Houda, étudiante en BTS, souhaite porter le voile mais hésite beaucoup parce qu’elle craint la réaction de ses professeurs et du personnel de son lycée de manière générale.

Peux tu te présenter aux lectrices ?

Je m’appelle Houda. J’ai 19 ans et je suis en BTS. Je suis scolarisée au lycée, et là-bas, il n’y a pas de musulmanes qui portent le hijab.

As-tu déjà parler de ton intention de le porter à quelqu’un ?

J’ai une amie qui a le même âge que moi, on en a parlé et pesé le pour et le contre quant à le porter. Je sais qu’au lycée, ils sont impartiaux. Quand j’étais en 4ème, il y avait la polémique sur le hijab. Je l’ai porté un moment mais je n’ai pas supporté de l’enlever à l’entrée du collège. Ça me dérangeait.

Et au lycée, impossible de porter autre chose ?

Non, ils sont très à cheval là-dessus. Une vraie dictature !

Quel sens donnes tu au hijab ?

C’est un grand signe de soumission à Dieu. Pour moi, c’est comme un signe d’accomplissement de la foi. Aujourd’hui je suis adulte, je prends conscience des choses. Il ne me manque plus que ça.

Depuis combien de temps penses tu à le porter ?

Depuis pas longtemps. J’y pensais pendant que j’étais en vacances. Et depuis que j’en ai parlé à mon amie, j’y pense tout le temps.

Et quelle perception as-tu du voile, au-delà de la dimension religieuse ?

De la pudeur. Ça embellit la femme, elle est pour moi plus accomplie. C’est un plus. Telle est ma perception du voile.

Tu as l’air vraiment convaincue, alors pourquoi hésites-tu autant ?

C’est à cause de l’école. Je ne sais pas si je serais capable d’affronter le regard des autres. Les gens ici questionnent beaucoup. Et je connais la plupart des profs du lycée, j’ai gardé un bon contact avec eux, mais je sais que le voile va changer leur regard sur moi. J’appréhende qu’on me saque dans mes notes. Et quant aux questions sur mes motivations, j’aurais pas envie d’y répondre, de me justifier. Ça m’énerve.

Et qu’en est-il de ton avenir professionnel, y as-tu pensé ?

Pour le travail, je suis en BTS commerce international. J’aimerais travailler dans la vente par téléphone, comme responsable marketing. Et puis, je pense travailler à domicile.

Et ta famille, tes amis, qu’en pensent t-ils ?

 Je n’en ai pas encore parlé à mes parents. Je sais que ça ne dérangerait pas ma mère. Mes amies sont musulmanes et ne pratiquent pas vraiment. Je ne pense pas qu’elles seraient choquées, parce qu’elles savent que je suis convaincue, et que c’est ce dont j’ai envie.

Que peut-on te souhaiter ?

Du courage, beaucoup de courage mais je reste confiante. Ça va être difficile et je risque de souffrir mais j’ai tellement envie de le porter ! J’espère que tout se passera bien et j’attends beaucoup de ce témoignage, je sens qu’il m’aidera beaucoup.

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Comment j’ai porté le voile

20 novembre 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

hijab and the city femmeParce que le voile intrigue, étonne ou choque, Hijab and the city a donné la parole à quatre jeunes femmes qui le portent, veulent le porter ou l’ont porté. Toutes n’ont pas les mêmes motivations, et toutes ont souhaité partager leur histoire afin d’offrir leur vision. A travers ces témoignages, ce sont les voix de ces femmes que nous souhaitons mettre en avant, car au-delà du voile qui leur couvre les cheveux, au-delà de leurs convictions, ces jeunes filles sont avant tout des personnes animées par la volonté de réussir. Ce qu’elles veulent par dessus tout, c’est de mettre fin à l’incompréhension et au dédain que l’on témoigne bien souvent à leur égard. Et c’est aussi, et surtout, les prendre pour ce qu’elles sont : des jeunes femmes ordinaires et non des voiles sur pattes. Nous vous proposons de découvrir chaque semaine le témoignage d’une de ces jeunes femmes. Elles parlent d’elles, c’est sur Hijab and the city, et c’est exclusif. 

Cette semaine, Linda, une jeune universitaire, nous raconte comment l’idée de porter le voile lui est venue, et combien elle a redouté la réaction de ses parents qui étaient contre sa décision. 

Peux tu te présenter aux lectrices.

J’ai intégré la fac cette année. Je ne sais pas exactement si les cours de philo m’ont poussée à réfléchir un peu plus que d’habitude, ou si les évènements ont fait que je me mette à avancer dans la religion, mais ça fait presque exactement 10 mois que l’idée de porter le voile me trottait dans la tête.

Quel à été ton cheminement ?

J’ai lu le Coran et je suis allée à la mosquée très souvent, j’ai rencontré des filles voilées très bien. Mais j’ai passé l’année à me dire « arrête, t’oseras jamais dire à tes parents que tu veux porter le hijab! Impossible! » Et donc, j’ai fait des invocations en demandant à Dieu de me rendre forte. J’ai continué mes prières sans relâche, je continuais à aller à la mosquée, à apprendre plein de choses via divers sites dont Hijab and the city.

Comment as-tu abordé la question avec tes parents ?

Et puis un soir, après avoir regardé un film avec ma mère, j’ai allumé l’ordinateur et je lui ai écrit un mail. Je lui ai tout dit à propos de mon intention de porter le hijab, en précisant bien que c’était un choix personnel qui n’avait rien à voir avec personne. Ma mère ne le met pas, et a donc eu très mal en lisant le mail. Elle m’a répondu en disant qu’on allait en parler avec mon père, de vive voix.

Le soir même, j’en ai donc discuté avec mes parents. Ça a été très difficile, puisque je pensais qu’ils allaient m’encourager, au moins un peu, mais au contraire, ils ont trouvé des arguments pour m’en dissuader. Mais au moins le premier pas était fait.

Et vous n’en avez plus reparlé depuis ?

Si, la fin de l’année de terminale approchait, et vu que je voulais le mettre directement après la fin des cours, il fallait que je remette à jour le sujet. Les jours passaient, et j’avais beau m’y forcer c’était trop dur; j’ai donc fait une prière et à la fin, j’ai donné ma parole à Dieu que j’en parlerai le soir, vous trouverez ça sûrement bizarre ou ridicule. Ainsi, impossible de trahir un engagement que j’ai fait avec lui! Et donc, j’en ai reparlé, ça s’est de nouveau mal passé.

Malgré tout, plus tard dans la soirée, je suis revenue parler à mes parents, et ça s’est plutôt bien passé, enfin, mieux du moins.

Quand l’as tu porté finalement et comment a réagi ton entourage ?

Je le porte depuis le 26 juin dernier. Le pire a été de sortir de ma chambre voilée devant mes parents. J’ai dû rester au moins 10 minutes la main sur la poignée, et puis j’ai récité le verset du Trône, et je suis sortie. Ma mère et mon père n’ont rien dit, et je suis sortie de l’immeuble. Là, j’ai eu envie de pleurer donc j’ai appelé une amie, et je marchais en l’écoutant. En raccrochant, j’ai de nouveau récité le verset du Trône dans ma tête, et ça m’a totalement apaisée. Je suis allée à la Fnac, et j’ai eu beau tendre l’oreille, je n’ai pas entendu de remarques méchantes. Rien de spécial ne s’est passé en fait. Le lendemain, je suis allée à la mosquée avec, et de nouveau rien de spécial. Vraiment, rien n’a changé par rapport aux autres!!!

Le dimanche par contre, je suis sortie pour la première fois avec ma mère faire du shopping, et même si c’était délicat au début, ça s’est très bien passé. Les vendeuses étaient comme d’habitude gentilles, une femme que je connais m’a prise dans ses bras.

J’ai vécu plein de choses merveilleuses. L’amie dont je redoutais la réaction m’a dit que je resterai toujours la même, et le must, c’était les sourires des femmes voilées. Ou encore celles qui m’ont dit « salam ‘aleikoum ». Vu que ma mère est convertie, et que mon père est d’origine kabyle, je ne ressemble physiquement pas du tout à ce qu’on pourrait imaginer d’une musulmane. Et ces femmes qui me reconnaissaient en tant que musulmane, ça m’a vraiment touchée.

Et qu’en est-il de ton avenir professionnel ? 

Je n’ai pas peur pour mon avenir. Dieu offre ce qu’il veut à qui il veut, j’ai confiance en lui. Si mon destin est d’avoir tel ou tel emploi, je l’aurai, sinon tant pis! Vu combien il m’a aidée pour mon bac, je lui dois bien ça. En fait je me répète que j’ai eu deux yeux, deux oreilles, une bouche, de bonnes jambes, et tout ça gratuitement. On reçoit beaucoup, sans oser donner.

Un dernier mot ? 

Pour finir, je voudrais adresser un message à celles qui hésitent: tournez-vous vers la communauté. Honnêtement, plus vous verrez de femmes voilées, plus vous vous sentirez sereine. Si vous sentez qu’il vous manque un peu de force, demandez-la à Dieu. Si vous avez peur des réactions, pensez à lui, sans arrêt encore et encore. Ne vous isolez surtout pas, écoutez des chants religieux : Allah knows de Zain Bikha par exemple, pfiouuu elle m’a beaucoup réconfortée, regardez des photos de musulmans à travers la planète, vous verrez que vous n’êtes pas seules! L’univers est immense, on est une toute petite fourmi, et donc quoi qu’on fasse ça n’aura pas de répercussion sur la planète! Les gens que vous rencontrerez dans la rue vous auront oublié le lendemain! Dans 150 ans, personne ne se souviendra de vous, sors de ce corps Raphaël ! Profitez de votre vie ici-bas pour faire les actes que vous savez être gratifiés par Dieu.

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Pourquoi j’ai retiré mon voile

13 novembre 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

photo Hijab and the city femme voiléeParce que le voile intrigue, étonne ou choque, Hijab and the city a donné la parole à quatre jeunes femmes qui le portent, veulent le porter ou l’ont porté. Toutes n’ont pas les mêmes motivations, et toutes ont souhaité partager leur histoire afin d’offrir leur vision. A travers ces témoignages, ce sont les voix de ces femmes que nous souhaitons mettre en avant, car au-delà du voile qui leur couvre les cheveux, au-delà de leurs convictions, ces jeunes filles sont avant tout des personnes animées par la volonté de réussir. Ce qu’elles veulent par dessus tout, c’est de mettre fin à l’incompréhension et au dédain que l’on témoigne bien souvent à leur égard. Et c’est aussi, et surtout, les prendre pour ce qu’elles sont : des jeunes femmes ordinaires et non des voiles sur pattes. Nous vous proposons de découvrir chaque semaine le témoignage d’une de ces jeunes femmes. Elles parlent d’elles, c’est sur Hijab and the city, et c’est exclusif. 

Cette semaine, Marie, une jeune étudiante belge, revient sur son histoire. Elle a porté le voile un temps et a finalement décidé de le retirer, par crainte de nuire à sa spiritualité.

 

Peux tu te présenter aux lectrices ?

J’ai 22 ans, je suis étudiante, bientôt à la fin de mes études. J’ai choisi de devenir musulmane il y a bientôt 8 ans. Je m’étais déjà intéressée à l’Islam avant, mais j’ai eu mon « déclic » un jour en voyant une amie faire sa prière : elle était resplendissante et c’est ce qui m’a marquée. Sans réfléchir, je lui ai dit « Apprends-moi l’islam », et ça a été comme le coup de foudre pour moi. J’ai prononcé la shahada (l’attestation de foi) quelques temps plus tard, en décembre 2001.

Quand à tu décidé de porter le hijab ?

L’envie de porter le voile a commencé à venir doucement après ma conversion. J’aimais le mettre pour la prière, le garder après dans ma chambre, je me sentais apaisée avec. J’avais des périodes où j’avais très envie de le porter, d’autres où je disais plutôt qu’il n’était pas obligatoire, mais de toute façon je n’envisageais encore rien sérieusement, puisque j’étais encore élève en secondaire (et on ne pouvait pas le porter dans mon école) et que je ne pouvais pas non plus envisager de le porter chez mes parents.

Puis est venu l’été 2004, la fin de mes études secondaires et en septembre, j’allais entrer à l’université. J’avais de plus en plus envie de le porter, c’était en moi, j’y pensais beaucoup. J’étais en colère contre ma famille de ne pas accepter mes convictions, de ne pas m’offrir la possibilité de pratiquer ouvertement, comme je le souhaitais, et je pensais au foulard, peut-être comme une sorte de vengeance. A la fin de l’été, j’ai commencé à le mettre de plus en plus souvent quand je sortais en ville, surtout les quelques jours précédent ma rentrée à l’université, mais je n’avais pas encore décidé de le porter. J’étais heureuse d’être vue et reconnue comme musulmane dans la rue. Je me sentais bien ainsi, j’avais l’impression d’être enfin moi-même. Puis est arrivé le premier jour à l’université. J’avais pris l’habitude d’être couverte, et ce jour-là je portais une casquette pour la rentrée. Je me sentais mal avec, impolie de garder une casquette ainsi à l’intérieur, et en même temps je n’arrivais pas à me résoudre à me découvrir la tête. En sortant, dans la bouche de métro, j’ai mis mon foulard. Ce n’était pas prévu, pas réfléchi, c’était très intense sur le plan émotionnel. Mais j’ai décidé à ce moment là que le lendemain, je reviendrai avec suivre mes cours.

 Avant de le mettre, j’y pensais, mais sans jamais l’avoir décidé. Je me disais qu’avant de le porter, il faudrait que j’en discute de manière approfondie avec des gens qui sont  pour et des gens qui sont contre, des musulmans convaincus de son obligation, et des musulmans qui sont convaincus au contraire qu’il n’est pas obligatoire (voir même qui sont « contre » le foulard) afin de me forger une opinion solide et d’être sûre de mes idées au moment où je le porterais. Finalement, je l’ai mis assez rapidement, sans avoir pris le temps de faire cette démarche, guidée par mon ressenti.

 Qu’est ce qui t’a motivé à le porter finalement ?

L’envie de mieux vivre ma religion, d’être plus musulmane, de montrer au monde celle que j’étais intérieurement depuis presque 3 ans… L’envie de plaire à Dieu, de me conformer à un modèle, à une certaine image que j’avais de la musulmane croyante et pratiquante qui cherche à se rapprocher de Lui.

Qu’en a pensé ton entourage ?

Cela s’est très bien passé avec mon entourage amical et à l’université. Mes vrais amis non musulmans ne l’ont pas mal pris, et je me suis plus facilement faites de nouvelles amies musulmanes une fois que je le portais. Je n’ai jamais ressenti le foulard comme un frein dans mes relations sociales à l’université. Il me permettait simplement de faire un tri direct entre les gens bien, ouverts d’esprit, et les autres.

Je n’ai jamais non plus eu l’impression d’être discriminée par les profs ou le personnel de l’université, bien au contraire. Je n’ai jamais eu de problème à trouver des jobs d’étudiant avec.

Avec ma famille, ça a été plus difficile. Je ne leur ai pas dis tout de suite que je le portais. Je ne le leur ai annoncé que quelques mois plus tard. Mes parents ont tous les deux très mal réagis, mon père en a pleuré et m’a dit qu’avec ça, il ne pourrait plus jamais être heureux de me voir. Le reste de ma famille, oncles et tantes, a mieux réagi, ou du moins de façon moins passionnelle. Ceci dit, suite à ça je ne l’ai jamais vraiment assumé face à ma famille. Je continuais à l’enlever avant de rentrer chez moi, dans mon quartier, lors de sorties avec des membres de ma famille, en vacances avec eux : je mettais alors une casquette dans laquelle je rentrais tous mes cheveux, et un col roulé ou une écharpe.

Pourquoi as tu décidé de le retirer ? Est ce à cause du regard des autres ?

Bon, là on commence à arriver aux questions plus difficiles… C’est dur à exprimer, dur à structurer. J’ai commencé tout doucement à rentrer dans une remise en question assez générale, sur ma foi et ma pratique religieuse, et notamment le port du voile. Je dirais que j’ai commencé à me poser des questions, par périodes, un an après l’avoir porté. Je n’avais pas la force de conviction de l’assumer auprès de mes proches, et je commençais à me sentir un peu schizophrène, j’avais l’impression de ne pas arriver à concilier ces deux « parties » de moi, ces deux référents culturels, ensembles de valeurs dont j’étais porteuse : mon islamité et mon occidentalité, si je puis m’exprimer ainsi. En gros, c’était une crise identitaire.

J’ai commencé petit à petit à m’éloigner de cette communauté musulmane dans laquelle je ne me sentais pas bien, dans laquelle je ne trouvais pas ma place. Je n’arrivais plus à me recueillir et me sentir bien dans les mosquées où différentes choses me dérangeaient de plus en plus (la ségrégation des femmes, l’irrespect de celles-ci du recueillement des autres par les bavardages, le « harcèlement » de certaines : »ma soeur, faut pas faire ci, faut pas faire ça, c’est shirk (association), c’est bid’a (innovation) », etc.… J’étais de plus en plus agacée par certains comportements. Et en tant que musulmane occidentale, je n’arrivais plus à me situer dans une communauté dont j’avais l’impression qu’elle ne pouvait pas accepter justement cette composante occidentale, européenne de mon identité. J’entendais trop de discours sur l’occident comme étant opposé à l’islam, sur les belges, les européens, comme étant l’opposé des musulmans (alors que je suis belge, européenne ET musulmane, et que pour moi ces deux identités se complètent et ne s’opposent pas, et que je suis loin d’être la seule grâce à Dieu.

Puis ces questions ont commencé à se faire de plus en plus présentes et pesantes. Je commençais à me sentir mal avec mon voile dans la rue, je ne l’assumais plus. D’une certaine façon, c’est aussi lié au contexte, dans le sens où je pense que porter le voile dans nos sociétés n’est pas anodin et nécessite un certain engagement. Engagement dont je n’étais plus capable. Je ne me reconnaissais plus dans l’image que je renvoyais en tant que « voilée », j’avais l’impression de communiquer quelque chose qui ne me correspondait pas, tant vis-à-vis des musulmans pour qui une convertie voilée, ça donne « Waw machaAllah tu es convertie et tu porte le voile, tu iras au Paradis ma soeur! » que des non musulmans. L’impression que ça ne me permettait pas de concilier les différentes facettes de ma personnalité, et de n’être pas en accord réellement avec la façon dont je vivais les choses. J’avais l’impression que porter le voile me mettait dans un moule dans lequel je ne me sentais pas bien, qui ne me correspondait pas, et j’étouffais. Et ça devenait pesant pour ma foi et nuisait à ma spiritualité dans son ensemble. Il m’est arrivé même d’annuler certaines activités car je ne voulais pas sortir avec mon voile, je me sentait trop mal avec.

Comment as-tu vécu « l’après voile » ?

Après avoir pris la décision de l’enlever, je me suis sentie soulagée, apaisée. Je sentais que j’allais pouvoir recommencer, repartir sur de bonnes bases, reconstruire ma spiritualité, mon Islam sur du solide, en me concentrant sur l’essentiel, la prière notamment. J’arrivais à un tournant dans ma vie, je terminais bientôt mon bac+3, j’allais changer d’université, de ville, je me suis dis que c’était l’occasion. Et j’ai décidé de le retirer après mon dernier jour d’examen. Je ne voulais pas avoir ce changement trop brusque dans mon université, affronter les regards, les questions. J’étais bien acceptée avec mon voile, je pense que j’en avais donné une image positive que je ne voulais pas briser en arrivant du jour au lendemain dévoilée. Et puis, ce serait moins facile à assumer.

La première fois que je suis sortie sans, j’étais un peu stressée, il faut bien le dire. Je m’attendais à me sentir quand même un peu mal dans la rue sans ce voile. Mais en fait non. Ca m’a fait bizarre de ne pas le mettre au moment de sortir, mais une fois dehors, je me suis sentie à l’aise, transparente, légère. J’avais rendez-vous avec une copine qui ne m’a pas reconnue tout de suite. Mais je me sentais tellement mieux dans ma peau.

Penses-tu le remettre un jour ?

Je ne sais pas si je le remettrai. Pour le moment en tous cas, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Je ne suis pas contre en principe, mais je n’y trouverais pas beaucoup de sens. Je pense que je le porterais sans problème dans un pays musulman, dans un pays où le port du foulard est banalisé. Mais ici, ça implique trop de « visibilité », et c’est, je pense, ce qui me dérange le plus : l’image, le message que ça peut véhiculer, la distinction, la différenciation.

Quelle a été la réaction de tes proches ?

Ma famille a eu le respect de ne pas s’en réjouir ouvertement devant moi, et je leur en suis très reconnaissante. J’en ai profité pour mettre certaines choses au point avec eux : je retire le voile, oui, mais je reste musulmane, pratiquante, et n’essayez surtout plus de me faire manger de la viande non halal!! par exemple. Je me suis sentie plus en cohérence avec moi-même. J’assume beaucoup mieux mon islam face à eux depuis. Avant de le retirer, j’en ai parlé à plusieurs personnes, plusieurs amies, beaucoup avec mon ex. J’en ai parlé avec mes amies tant musulmanes que non musulmanes, des voilées, d’autres qui ont retiré le voile. Je voulais me confronter aux avis des autres afin d’être sûre de ce que je voulais, de ma décision, de mon choix, pour ne pas le faire sur un coup de tête. Du coup, ils étaient préparés à l’idée, et savaient que c’était le fruit d’une longue réflexion pour moi. Certain(e)s ont compris, d’autres moins, mais Dieu soit loué, tout le monde a respecté mon choix.

Je m’étais assez éloignée de la communauté depuis un certain temps, donc les musulmans de mon entourage ne sont que mes amis proches, à qui j’ai expliqué ma démarche. Globalement je n’ai pas eu de réaction vraiment négative. Je pense qu’à partir du moment où on fait son choix de façon mûre, réfléchie et mesurée, où les gens voient bien qu’il ne s’agit pas de sortir la minijupe ou de quitter l’islam, ils respectent globalement ce choix.

Où en es tu aujourd’hui ?

Le retirer m’a fait beaucoup de bien, à moi et à ma foi! Maintenant j’ai recommencé à m’investir un peu dans la communauté, à fréquenter les mosquées, et Dieu soit loué, les gens m’acceptent bien sans mon voile. Et, paradoxalement, je me sens tellement mieux dans ma foi, tellement plus musulmane. J’ai l’impression d’avoir retrouvé ma place…

Je ne sais pas si c’est très bien de le dire, mais je ne regrette pas de l’avoir retiré. Par contre j’admire et je soutiens à 300% les femmes qui le portent et qui l’assument, qui le vivent bien. Je trouve ça magnifique, bravo à vous les filles! J’ai peur parfois d’être un mauvais exemple pour certaines…

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« Le mieux, c’est de savoir dès le plus jeune âge que l’on a été adopté »

5 octobre 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

Sabrina a 21 ans. Elle n’a appris que très récemment qu’elle avait été adoptée et ce, dans un concours de circonstances. Déchirée par le fait de savoir mais convaincue que cela reste néanmoins un grand bien pour elle, Sabrina a voulu apporter son témoignage afin de revenir sur certains éléments qui la perturbent aujourd’hui et qu’elle souhaite partager avec les lectrices de Hijab and the city.

Depuis combien de temps sais tu que tu as été adoptée ?

Je n’ai jamais su que j’avais été adoptée. Je ne l’ai su que très récemment, au mois de mars dernier. J’ai grandi dans une famille aimante, je suis fille unique, j’étais donc la chouchoute (rires) ! Ma mère est d’origine algérienne et moi aussi, et mon père est un Français converti à l’Islam. Ce sont mes parents adoptifs. J’ai vécu une enfance heureuse, dans mon petit monde en Provence. Les gens me disaient étant petite que j’avais été adoptée, je devais avoir 10 ans, mais je ressemble tellement à ma mère, que pour moi c’était du mensonge. Je me souviens que c’était un enfant qui me l’avait dit.

Comment l’as-tu appris ?

J’avais envie de me marier. Comme je suis fille unique, j’aime les enfants et j’en veux vraiment. On m’a présentée des personnes, dont un jeune homme qui vivait près de chez moi, mais ça s’est mal passé. Il m’a fait beaucoup de mal et il s’en est justifié en me disant que de toute façon je lui avais caché des choses. Mais moi je ne voyais pas de quoi il me parlait. On a discuté, il s’est excusé et je lui ai pardonné. Mais j’ai voulu savoir ce qu’il me reprochait, j’ai insisté et il a demandé pourquoi je ne lui avais pas dit que j’avais été adoptée.

Comment l’a-t-il su ?

Il était d’origine rifaine, et comme ma mère ne parle pas ce dialècte, elle a fait appel à notre voisine et c’est elle qui a tout dit à sa mère quand ils sont venus demander ma main.

Quelle a été ta réaction ?

Je ne l’ai pas cru, j’ai douté de ses propos. Je suis allée voir ma mère, elle n’a pas répondu à mes questions. Elle a appelé ma tante maternelle, affolée. Ma tante m’a alors demandé ce que je ressentais au fond de moi, et je lui ai dit que je savais que c’était ma mère. Je suis allée dans ma chambre et les questions se bousculaient dans ma tête comme pourquoi je suis née au bled alors que mon père est Français ? Je suis allée rassurer ma mère, mais je me disais que c’était impossible vu que je lui ressemble. Et elle s’est mise à pleurer. Je me suis effondrée et je me suis évanouie. Et le premier réflexe que j’ai eu a été de la réconforter, je lui disais que je m’en fichais.

Et tu as cherché à savoir d’où tu venais, qui était ta génitrice ?

En fait, ma génitrice c’est ma tante maternelle. Le comble, c’est que j’ai une très mauvaise image d’elle. Elle nous a fait énormément de mal à ma mère et moi, pourtant je suis sortie de son ventre à elle !

Que s’est-il passé ? Pourquoi ne t’a t-elle pas gardée ?

Je suis une enfant illégitime. Ma mère adoptive était stérile et est venue nous chercher en Algérie. Elle nous a prise sous son aile. Au niveau de l’état civil, j’ai deux mères. Il y a deux ans de cela, ma mère adoptive est tombée malade d’un cancer. Le médecin m’avait dit qu’elle était condamnée. Elle a appelé sa sœur, ma génitrice, et lui a demandé de se rapprocher de moi. Je n’étais pas au courant de cela. Mais elle n’a jamais été là pour moi, elle ne m’a jamais invitée chez elle, pour me réconforter, et ne m’a jamais appelée pour prendre de mes nouvelles.

Et ton père dans tout ça ?

 C’est quelqu’un qui a un comportement exemplaire mais il est très réservé et il ne montre pas ses sentiments. J’ai peur de le blesser, j’ai peur qu’il sache et qu’il me rejette.

Pourquoi te rejetterait-il alors qu’il t’a acceptée durant toutes ces années ?

Je ne sais pas. Quand ma mère était malade, il ne venait même pas me rassurer. Je sais qu’il est comme ça et je me dis que c’est pas plus mal. Ce qui est problématique aussi, c’est que je porte le nom de mon père adoptif et normalement, ce n’est pas conforme au droit musulman, où tu dois porter le nom de ton vrai père. Mais vu que je ne sais pas qui c’est…

Qu’as-tu donc fait après avoir tout appris ?

Quand je l’ai su, je me suis renseignée sur l’adoption et je suis tombée sur plusieurs hadiths (tradition prophétique) à propos de Zeyd (son fils adoptif) et son épouse Zaynab que le Prophète avait finalement épousé. Cette histoire nous enseigne qu’au final Zeyd n’était pas véritablement son fils. Donc mon problème s’est posé par rapport à mon hijab et le fait de rester voilée en présence de mon père adoptif. Pour moi c’est trop dur et mon père ne sait pas que je suis au courant. Je dois me couvrir devant lui et m’habiller longuement. Je me suis tournée vers plusieurs imams, mais ils m’ont tous dit de ne pas me casser la tête. Mais moi je repensais au cas du Prophète.

As-tu cherché à savoir qui était ton vrai père ?

Je voulais savoir, de peur d’épouser mon propre frère ou qui sait mon père biologique ! Mais je ne sais pas qui il est. J’aimerais tellement le savoir ! C’est un gros déséquilibre : tu te dis qu’il y a un homme qui existe quelque part et qui a peut être des enfants. C’est un poids. A quoi ressemble t-il et mes frères si j’en ai ? Je me dis que c’est quelqu’un du bled et qu’il pourrait sûrement m’arnaquer. Je me dis de laisser ça à plus tard, après mon mariage.

Qu’en est-il de ta famille, de tes autres tantes et de tes oncles ?

Mon oncle sait que ma mère m’a adoptée mais il ne sait pas que sa sœur a fauté. Quand ma tante a accouché, seules mes tantes et ma grand-mère le savaient. Figures- toi qu’un jour, mon oncle a dit à mon cousin en parlant de moi « elle est trop bonne ». Mon cousin l’a réprimandé et mon oncle a justifié ses propos en disant que je n’étais qu’une fille de la rue. Mon cousin en a parlé à sa mère mais elle n’a pas réagi. Les cachotteries c’est grave, quand la vérité éclatera il y aura des dégâts. La famille de ma mère n’a pas accepté qu’elle m’adopte. Elle m’a laissé sa maison du bled en héritage, et ça, ils ne l’ont pas supporté. Je demandais souvent à ma mère pourquoi ils ne m’aimaient pas et pourquoi ils avaient des regards haineux. Ça fait mal de constater que ma propre famille n’est pas unie.

Et qu’en est-il de tes cousins, des fils de ta tante, qui sont donc tes demi-frères ?

Mes frères croient que je suis leur cousine. C’est grave ! Et si l’un d’entre eux avaient été amoureux de moi ? Mes deux frères et moi avons trois pères différents. J’ai peur qu’un jour ils me fassent part de leurs sentiments, ça me hante.

Comment vis-tu cela aujourd’hui ?

Ma mère et moi nous sommes rapprochées, et quand ça clash, ça clash. Elle m’a confiée qu’elle avait eu peur de me le révéler à mon adolescence craignant que je réagisse mal, que je m’en aille. Ça me fait mal de l’avoir appris par un étranger. Je fais confiance à ma mère, mais quand on te cache un secret aussi lourd, j’estime que savoir c’est important. Je me souviens à l’école on me demandait de quelle origine j’étais, je répondais que j’étais métisse. Aujourd’hui, je me sens bête !

Et ta génitrice, enfin ta tante, quelle relation avez-vous aujourd’hui ?

Ma mère lui a demandé de nous dire qui était mon vrai père, elle a refusé en disant que j’étais la fille de ma mère et qu’elle m’avait oubliée. J’aurais aimé qu’elle me témoigne un peu d’amour, un atome de sentiments. Depuis que je porte le voile, c’est à dire depuis que j’ai 16 ans, elles nous évite ma mère et moi. Aujourd’hui elle aussi le porte, fait sa prière… mais avant ma mère m’interdisait d’aller chez elle parce que c’était une femme qui fumait des joins, qui buvait et qui fréquentaient beaucoup d’hommes. Tous ses enfants sont des enfants illégitimes.

Et toi, tu as envie de te rapprocher d’elle ?

J’ai du mépris envers elle, surtout par rapport à son comportement. Elle n’a aucun remord par rapport à sa vie, ce qu’elle a fait. Quand ma mère lui a fait part du fait qu’elle voulait tout me révéler, elle s’y est opposée en lui disant qu’elle ne voulait pas que je foute sa vie en l’air. Moi je ne veux rien d’elle, je veux juste savoir qui est mon vrai père. Mais je ne veux pas infliger de souffrances à ma mère. Une fois, on a eu une grosse embrouille ma mère et moi, et elle m’a dit de faire mon choix, que si je le voulais je pouvais retourner chez ma mère biologique. Des mots qui font mal. Mais j’ai envie de leur prouver que même si je suis une enfant née dans l’illégitimité, j’ai envie de m’en sortir, faire ma vie. Quand je vois mes frères, j’ai envie de jouer mon rôle de sœur avec eux, mais je ne peux pas pour le moment, c’est compliqué.

Tu veux laisser faire le temps ?

Oui, les blessures sont encore là. Je laisse le temps les cicatriser. Je remettrai les pendules à l’heure un jour ou l’autre.

On sent que tu es en colère.

Oui, quand je pense à l’adoption, je pense aux contraintes et à tout ce que je ne pourrai pas faire comme retirer mon hijab devant mon père. L’adoption c’est pas facile, ça donne le sourire, un nouveau souffle de vie aux parents qui adoptent, mais c’est compliqué. Le truc serait au moins de connaître ses deux géniteurs, mais c’est vrai que ça peut rejeter les enfants nés sous X. Et puis, il y a des risques d’inceste, quand tu ne sais pas que ce sont tes frères, comme dans mon cas. Quand l’enfant ne sait pas, c’est vraiment grave. Je pense que le mieux, c’est de savoir dès notre plus jeune âge qu’on a été adopté, parce que quand tu ne l’apprends que très tard, tu te rends compte que ta vie n’a été qu’un tissu de mensonges. Et ça évite de faire bien des erreurs.

On sent beaucoup de maturité dans tes propos, de sagesse.

Il y a un bien derrière tout ça. Et ma mère sait que je la comprends. Dans le Coran, Dieu fait référence à l’éducation de l’enfant et non au fait qu’il provient du ventre d’une telle. Dieu nous demande de l’invoquer par rapport à l’éducation que l’on a reçu. Si Dieu a voulu que je ne le sache que maintenant, c’est qu’il y a une raison. Maintenant que je le sais, on va essayer de limiter la casse. Et quant à l’identité de mon père, je le saurai plus tard.

Un message à faire passer ?

Il y a des erreurs qu’il faut éviter de commettre. Il faut penser aux conséquences. J’ai eu la chance de tomber sur une famille pieuse, une mère vertueuse mais ce n’est pas le cas de tout le monde. 

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« Cette année, j’ai commencé mon tout premier Ramadan »

31 août 2009 par La rédaction  
Classé dans Elles parlent d'elles

Ce moment de quiétude peut également être vécu comme une délivrance, un soulagement face aux épreuves de la vie. Mon premier Ramadan, c’est ce que vit aujourd’hui Coralie, une jeune femme de 22 ans. Laissons la nous décrire ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit.

hatc_femme221Cette année, j’ai commencé mon tout premier ramadan. Je dois avouer que c’est une période, moralement difficile pour moi. Venant de quitter le domicile de mes parents et vivant à des centaines de kilomètres de mes meilleures amies, je me sens parfois très isolée.

Bien que mes parents soient athées, j’ai toujours ressenti au plus profond de moi que ce n’était pas mon cas. J’étais persuadée, depuis toute petite, qu’il y avait « quelque chose » de bien plus grand au dessus de nous mais je ne pouvais pas mettre de nom ou d’explication dessus. A six ans, je demande à ma maman de m’inscrire au catéchisme, elle refuse. Je passe donc le reste de mon enfance sans plus poser de questions mais toujours avec cette impression de manque.

 Arrive ensuite l’adolescence, et là tout se complique. Je ne me reconnais pas dans les filles de mon âge, n’étant pas intéressée par leurs sujets de conversation quotidiens tel que la sortie en boite du samedi soir ou le dernier mec avec qui elles ont couché. A coté de cela s’inscrivent d’autres blessures qui me marquent encore aujourd’hui. Je passe donc énormément de temps seule et le vis très mal.

Côté famille ce n’est pas vraiment la joie non plus, surtout avec mon père avec qui je ne partage pas la tolérance et l’ouverture aux autres que je me suis toujours imposée. Il est d’ailleurs clair quand à ma vie future, que si l’heureux élu ne convient pas à ses critères (autrement dit n’est pas Français), la porte est grande ouverte.

Viens enfin l’âge adulte, et la descente aux enfers continue, mon père se met à boire, ma mère fait semblant de ne rien voir . Je passe beaucoup de temps à la cathédrale. J’aimerais prier pour que l’on me vienne en aide mais ne sait pas à qui m’adresser. « Jésus ? Marie ? Dieu ? Ou bien encore à l’un des dizaines de Saints représentés un peu partout ? » Épuisée, je finis par tomber malade. Je perds beaucoup de poids, je fais des crises d’angoisse très violente pendant lesquelles je me blesse parfois, je suis mise sous antidépresseurs.

Je décide donc de prendre un peu de recul et pars me reposer quelques temps chez une amie qui habite Lyon. C’est chez elle, un soir, assise sur le canapé, que j’entends l’appel à la prière pour la première fois. Je suis fascinée. Elle me parle de Mohammed (paix et bénédiction sur lui), de la prière et du Coran. Viens le jour du retour à la maison, je continue à m’intéresser à l’Islam, vais sur des sites et pose beaucoup de questions. Parallèlement je trouve le courage d’affronter mon père, tente de lui faire accepter son problème… Je ne suis plus sa fille. Je sais qu’il ne le pense pas mais c’est le coup de grâce. Je quitte la maison.

Voici le mois du ramadan, je décide de le faire. Je rayonne de bonheur et de fierté en ce premier jour de jeûne, je sens que je suis enfin en train de trouver ma place et je sais que mes amies sont là pour moi les jours de doute. Aujourd’hui, je comprends que les épreuves traversées étaient là pour me guider vers Dieu. Pour la première fois, j’ai foi en l’avenir même si je sais qu’il me reste encore beaucoup de chemin. Je prie pour que ma famille accepte mon choix, bien que je ne cultive que peu d’espoir. En attendant, j’essaie d’en apprendre un peu plus chaque jour et je remercie Allah de m’avoir mise sur sa route.

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Femme et cadre dynamique !

8 juillet 2009 par Mariame et Yamina  
Classé dans Elles parlent d'elles

Elles sont cadres, elles sont dynamiques, elles sont bosseuses… Hijab and the city est allé à la rencontre de deux jeunes femmes pour qui le travail est un facteur d’émancipation et le moyen pour elles d’être considérées comme des femmes à part entière, confrontées aux même difficultés que leurs consœurs.

La première s’appelle Samira. Elle est trader au sein d’un des plus grands établissements financiers de France. La bonne vingtaine, c’est une jolie femme bien dans ses escarpins qui travaille dans un milieu assez masculin. Quand on lui demande de nous décrire sa relation au travail, elle nous explique qu’elle aime ce qu’elle fait. « Mon poste actuel, c’est ma première « vraie » expérience professionnelle. J’avais quelques jobs quand j’étais étudiante, mais j’ai réellement intégré le milieu professionnel juste après la fin de mes études. Avec quelques peurs je l’avoue ! J’ai d’ailleurs préféré occuper un poste pour lequel je suis carrément surqualifiée. »

Samira porte le hijab, mais pas au travail. « Je travaille sans mon foulard. J’ai été très bien accueillie, je m’entends bien avec mes collègues. On est un groupe assez hétérogène, cosmopolite, et  on entretient vraiment des relations très cordiales. »

Quand on lui demande si elle pourrait du jour au lendemain arrêter de travailler pour mener une vie de famille, Samira hésite. « Je suis quelqu’un d’ indépendant. J’ai toujours travaillé, même durant mes études. Je suis très indépendante financièrement, je me suis toujours débrouillée, je n’ai jamais demandé quoique ce soit à mes parents, et ça, c’est très important pour moi. Et s’il s’avère que je dois faire ma vie avec quelqu’un, je ne voudrais pas qu’il me bloque par rapport à ça. Bien sûr, si j’ai envie d’avoir une vie de famille, de m’occuper de mes enfants, la question se  posera. Mais je pense qu’il est toujours possible de concilier les deux. »
Est-elle carriériste ? « Non, pas du tout ! J’aime juste le travail, être active, faire quelque chose. Que ce soit dans le cadre d’un travail, ou d’une association dans laquelle je pourrais m’investir. »

Samira n’est pas un cliché sur pattes. Ce n’est pas la cadre urbaine et dynamique qui vilipende ces femmes qui décident ou non d’être à plein temps au sein de leur foyer. »C’est tout à leur honneur !! Si c’est un choix, et qu’elles se plaisent dans cette situation, c’est tant mieux pour elles. J’espère seulement qu’elles se fixent aussi des objectifs, qu’elles ont un programme, qu’elles ne tombent pas dans une routine, dans le laisser-aller. Je connais pas mal de femmes au foyer, surdiplômées, qui sont très actives au niveau associatif, impliquées dans l’éducation de leur enfants… J’en connais d’autres qui travaillent, et qui ont également une vie de famille. Ce sont des femmes que j’admire beaucoup, que je prends en exemple. »

Lorsqu’on évoque avec elle la question du célibat, le regard des hommes sur la femme qu’elle est et qu’elle peut représenter à leurs yeux, Samira est très claire ! « Si dès le départ, il s’avère que mon statut provoque une gêne, je stoppe directement la relation. Il faut que je sois avec quelqu’un qui comprenne que je dois travailler. Je sais qu’on peut faire peur. J’ai 28 ans, je ne suis pas mariée, je suis indépendante… Mais je suis ce que je suis ! J’ai fait des études pour, et je ne vais pas changer comme ça, d’un coup de baguette magique. Je ne comprends pas qu’on puisse faire peur… faudrait poser la question à ces messieurs ! »

Et c’est là que son amie Soumia intervient : « ça fait peur parce qu’il y a peut être un arrière fond de machisme. Les hommes finissent par ressentir que leur emprise sur le couple, la famille s’amoindrit, et qu’ils n’ont plus le même statut que le chef de famille d’antan. »

Pour Samira, il faudrait plutôt dans ce cas là se tourner vers une femme tenant moins à son indépendance, et ne voulant pas forcément travailler. En ce qui la concerne, ces critères pour trouver l’homme idéal sont assez souples : « un homme qui a un bagage intellectuel, c’est super important de pouvoir discuter de choses intéressantes avec lui. Faut aussi qu’il travaille, qu’il soit en mesure de subvenir aux besoins d’une famille. »

Samira évolue dans un milieu masculin, qui compte néanmoins quelques femmes. Elle entretient d’excellentes relations avec ses supérieurs hiérarchiques et ses collègues. « Il y a une ambiance assez cordiale. On a pas de concurrence acharnée accompagnée de coups bas. On reconnait le travail de chacun, on se respecte mutuellement. Mon supérieur hiérarchique n’a pas hésité un jour à mettre en avant toutes mes qualités au travail, mes compétences, mon dynamisme, ma réactivité, mon professionnalisme. Il était même ému en me parlant de mon parcours. C’est quand même ma première expérience professionnelle… il m’a vu grandir en quelque sorte. »

Concernant le hijab, Samira nous explique qu’aucun collègue ne sait qu’elle le porte, hormis une collègue. « Personne ne le sait ou du moins, personne ne m’en a jamais parlé, sauf une collègue, convertie à l’Islam. Certes, je ne le porte pas au travail, mais au niveau vestimentaire ou du comportement, c’est en tout cas ce qu’on me dit, on sait que je suis de confession musulmane. Je ne manifeste pas mes convictions, mais j’ai des valeurs qui me suivent toujours. L’ intégrité par exemple. Mes collègues savent que je suis intègre, honnête. A la cantine, quand on a oublié de me compter quelque chose, je retourne immédiatement faire la queue. Je n’aime pas la grossièreté ou les familiarités, et mes collègues le savent. Je n’ai jamais cherché à le montrer ou autre. Je ne vois pas l’utilité d’en parler. Je suis là-bas pour mes compétences, et rien d’autres. J’enlève mon hijab, mais je ne me sépare jamais de mes valeurs »

En résumé pour Samira, son travail c’est : « être carrée, viser la perfection, avoir des challenges, aller toujours plus loin… se surpasser ! »

Revenons-en à Soumia qui parlait plus haut de machisme. C’est une célibataire de 27 ans tout aussi dynamique que son amie, avec un caractère encore plus affirmé. Chargée de recrutement au sein d’une SSII, elle évolue dans un milieu exclusivement masculin. « Je ne travaille qu’avec des hommes, et je ne m’en porte pas plus mal ! C’est sûr qu’il faut avoir une forte personnalité, les nerfs solides mais ça va, j’ai su imposer ma personnalité, et m’adapter. Je suis très sociable, et je suis aussi très consciencieuse dans mon travail. Mais quand ça va mal… je sais marquer le coup pour éviter que ça se reproduise une prochaine fois. Je fais mon travail, et je me laisse un peu de temps pour aller sur hijabandthecity.com (rires) »

Soumia a eu un parcours universitaire classique. « J’ai commencé en droit, j’ai obtenu un deug. Mais je n’ai pas supporté l’ambiance. J’étais dans une fac assez huppée, j’ai eu quelques problèmes avec des professeurs alors que j’ai toujours eu d’excellents résultats. J’avais par exemple des profs qui à la fin des partiels isolaient devant tous mes camarades ma copie… Ces deux années en droit, ce département de ma fac, ça a été un choc culturel a 5 minutes de chez moi ! Puis j’ai fait AES (administration économique et sociale), une filière généraliste, dans un bâtiment assez cool, celui des sciences humaines. Comme Samira, je travaillais durant mes études, mais c’était pas problématique. Et après avoir décroché mon diplôme, j’ai tout de suite trouvé un vrai travail. »

Soumia veut évoluer au sein de sa boîte. « Je ne suis pas carriériste, je veux juste évoluer, mais pas comme un requin ! Si on apprécie mon travail et qu’on veut me gratifier par une prime ou une promotion, je ne suis pas contre ! Je ne vois aucun inconvénient à avoir plus de responsabilités, à m’investir plus. »

Indépendante et très sûre d’elle, ce petit bout de femme ne se laisse pas faire et sait imposer des limites. Elle veut qu’on la respecte pour son travail. Et pour elle, l’émancipation de la femme doit avant tout être économique. « Le travail permet de nous émanciper en tant que femme tout court ! Mais en plus de ça, il me permet à moi, femme voilée qui porte un bandana sur mon lieu de travail de casser les préjugés. Je ne suis pas un voile sur pattes cloîtré à la maison avec une ribambelle de gamins. Je viens mettre à mal cette image, et c’est grâce au travail. »

 » Le monde de l’entreprise, c’est très différent de la vie de tous les jours. Au début, c’était difficile pour moi, je vivais dans un cocon, avec ma famille, mes amis, l’école… Puis d’un coup, j’ai atterri dans le monde du travail, le vrai, avec en plus beaucoup d’hommes, des suggestions, des propositions (rires). Et je joue le jeu ! Quand on m’invite par exemple, je dis que je suis une femme overbookée !! Et qu’avec moi, faut s’y prendre trois mois à l’avance. »
Pour Samira, hors de question. « Moi par contre, quand ça ne me correspond pas, de décline poliment,sans avancer d’explications. J’ai des collègues. Je m’entends bien avec eux, certes. Mais je ne mélange pas vie privée et vie pro. »

Leur vie professionnelle a très bien été accueillie par leur entourage. Pour Samira, tout c’est bien passé ! «  Pour mon père, c’était un aboutissement. C’est lui qui m’a toujours poussé à aller loin dans mes études. C’est une fierté pour mon papa. »
Il en est de même pour Soumia. « Pour mes parents, c’est aussi un aboutissement. Mon père nous a toujours exhorté à faire des études, à aller loin. Il ne voulait pas qu’on se retrouve à faire un travail difficile et pénible, aussi honorable qu’il soit. Pour lui, il faut toujours se surpasser, ne compter que sur soi, et pas sur les autres. Pour mes parents, il est fondamental d’être indépendant ! »

Samira et Soumia sont des femmes épanouies pour qui le travail occupe un rôle central dans leur vie. Est-il un facteur d’intégration ?

Soumia nous répond que oui, « mais en tant que femme seulement parce que concernant le reste, on a pas besoin de s’ intégrer ! Le travail nous permet de montrer qu’on est des femmes comme les autres, et qu’on est confrontées aux même difficultés au niveau professionnel. C’est pas lié à notre religion ou autre. On nous juge sur notre certification, nos qualifications, notre travail. Si tu es performante, c’est bien. Autrement, ça devient problématique. Et c’est la même chose avec d’autres personnes du même milieu. »

Au final pour Samira, on finit par adorer son entreprise. « Moi je suis limite devenue corporatiste ! » (rires)

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« Après notre divorce, j’étais heureuse »

30 juin 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

red rosesÊtre une femme divorcée n’est pas facile à vivre. Et pourtant, pour ces femmes, le divorce est bien souvent vécu comme une libération, un soulagement. Évidemment, la douleur d’une séparation reste incommensurable et il est difficile de se reconstruire et de reprendre confiance. Dans ce témoignage, Inès nous fait part de son expérience afin de briser les tabous autour du divorce et donner de l’espoir à celles qui subissent cette épreuve. Ce témoignage vient répondre, en partie, à la question de la semaine.

Peux tu nous raconter ton histoire, les débuts ?

Je me suis mariée à l’âge de 28 ans. C’était mon assureur, que j’ai connu suite à un incendie dans mon appartement. A l’époque je vivais seule, et ce n’est pas parce que j’étais célibataire que je n’avais pas une ligne de conduite, j’étais carrée sur ce point là. On s’est revu, il a voulu venir chez moi, mais je lui ai dit que pour cela il fallait qu’on se marie avant d’aller plus loin. Il a donc demandé ma main, et ce 9 mois après notre rencontre.

Comment cela se passait avant le mariage ?

J’étais une princesse, j’étais bien traitée et c’est pour cela que je voulais me poser. J’en étais arrivée au stade où j’avais terminé mes études, où j’avais décroché un emploi, j’avais mon appartement, bref, j’étais posée. Et c’était quelqu’un de doux, tout allait bien.

Et tu t ’es mariée.

Je me suis mariée et déjà, pendant les préparatifs, j’ai commencé à découvrir son vrai visage. Et au bout de quinze jours, j’avais une autre personne en face de moi, c’était horrible !

C’est à dire ?

Une fois devenue sa femme, il voulait me modeler. Il était jaloux, possessif. J’avais droit à des crises. Il était très suspicieux, surtout quand je prenais soin de moi et c’est pourtant ce que je faisais avant le mariage, je n’avais pas changé. Il était verbalement violent, il me faisait peur. Le soir, en rentrant, il était toujours énervé.

Et tu trouvais cela normal ?

Je me suis dit que le mariage n’est pas quelque chose de facile, qu’il fallait une phase d’adaptation.

Et qu’est ce qui t’a finalement décidée à demander le divorce ?

Tout m’amenait à demander le divorce. J’ai patienté, on a discuté et je l’ai même orienté vers un psy. Il m’a dit qu’il y allait, mais il m’a menti, je l’ai découvert quand je lui ai proposé d’y aller ensemble.

Quelque chose te bloquait ou tu étais clairement décidée à le faire ?

Au début, j’ai pensé à mes parents, et puis j’ai pris ma décision. D’autant que je ne prenais plus soin de moi.

Tes parents savaient que ça n’allait pas ?

Je ne voulais pas leur parler de mes problèmes, je ne voulais pas les inquiéter. Ils n’ont pas imaginé un instant que ça n’allait pas. Je n’en ai parlé qu’au bout d’un an. Quand j’ai commencé à me renseigner sur la procédure de divorce, j’en ai informé ma mère qui a été surprise et m’a conseillé d’essayer de nous arranger.

Et tu as suivi son conseil ?

Ma mère en a parlé à mon père qui m’a demandé de l’appeler quand ça n’allait pas, chose que j’ai faite mais quand mon père souhaitait parlé à mon mari, ce dernier refusait. Mes parents ont ensuite organisé une table ronde où il s’est présenté comme un gendre parfait. Je passais pour la méchante ! Après quoi mon père m’a demandé à nouveau de faire des efforts pour que cela s’arrange.

Et cette réunion de famille a porté ses fruits ?

Pas du tout, il me prenait la tête tous les jours, et ma fuite c’était le sommeil, je tombais comme une masse. Il me trouvait en train de dormir, faisait du bruit, me bousculait, me réveillait et on se disputait jusqu’à 5 heures du matin alors que je devais aller travailler à 7 heures !

Donc, cela a empiré ?

Il était de plus en plus violent verbalement. J’ai pris mes affaires et je suis partie chez une amie. Il ne voulait pas quitter l’appartement alors qu’il était à moi, j’ai attendu que mes pare,ts reviennent de vacances. Entre temps je leur ai fait part de ma volonté de divorcer, ils ont respecté mon choix.

Et sa famille ?

Totalement inexistante. J’en ai parlé à sa mère et elle m’a dit que si ça n’allait pas c’est parce que j’avais forcément du faire quelque chose pour. J’ai plus eu de contacts depuis et personne n’a fait l’effort de nous réunir.

Tu as toujours supporté cela toute seule ?

Au début oui, puis j’en ai parlé à des amies. D’ailleurs, il ne supportait pas que je les fréquente. Quand je souhaitais les voir, je le prévenais longtemps avant pour faire les choses correctement, il me disait « ok » et puis revenait sur sa décision et on se disputait.

Et de son côté, il avait des amis ?

Pas vraiment, il avait des cousins avec qui je passais des soirées même quand ça ne me disait pas. Et quand une copine nous invitait tous les deux, il refusait mais j’y allais quand même, seule… et c’est devenu problématique.

Comment a été reçu ton divorce ?

Ma mère aurait voulu que ça s’arrange, et vu que je me suis mariée à 28 ans. Mais elle m’a dit que la décision me revenait. Pareil pour mon père et il m’a dit : « tu sais ce que cela veut dire, tu redeviens ma fille et tu es à nouveau sous ma responsabilité ». Je lui ai dit pas de soucis, je préfère être sous ta responsabilité que sous la sienne !

Et ton entourage, tes amis ?

Ils étaient peinés.

Et toi, ce divorce, comment tu l’as vécu, ressenti ?

Je ne me suis jamais sentie aussi malheureuse que pendant cette période où j’étais mariée. Au début, juste après notre divorce, j’étais euphorique, heureuse. C’est comme si je sortais de prison. C’était une libération. Ce n’est qu’après coup que je me suis rendue compte que je n’avais pas su digérer mon divorce. J’ai même été licencié, parce que je l’ai vécu comme un véritable échec.

Et aujourd’hui ?

Une femme divorcée qui vit seule, c’est vu d’un mauvais œil. J’ai commencé il y a deux ans à sortir la tête de l’eau. On m’a présenté quelqu’un trois ans après mon divorce. Je lui ai tout dit, parce que je sais que les mères appréhendent. Lui n’y voyait aucun inconvénient. On s’appelait beaucoup et on se voyait de temps en temps. Et puis moins de coups de fil. Il en avait parlé à sa mère qui était totalement contre. Il avait 36 ans pourtant, c’était plus un gamin quoi ! elle ne sait pas par quoi je suis passée, ça m’a vraiment fait mal.

Et tu le vis comme un défaut ?

Aujourd’hui cela va faire cinq ans, je commence à peine à me reconstruire. C’est vrai qu’à une période, je n’avais plus envie d’avoir un homme dans ma vie. Mais aujourd’hui, j’ai réussi à passer à autre chose, à sortir la tête de l’eau. Cette phase passée, je peux dire que le divorce a été vraiment libérateur. J’avais hésite vis à vis de mes parents, du qu’en dira t-on et puis je me suis dit, c’est permis.

Aujourd’hui, tu es devenue une femme épanouie.

Je me sens beaucoup mieux, ça a mis du temps. Cette expérience m’a beaucoup apporté et avec du recul, je me rends compte que je n’avais pas pris en compte tout ce qu’il fallait pour choisir un mari, en l’occurrence sa spiritualité.

C’est donc un mal pour un bien ?

Tout à fait ! C’est vrai que sur le coup ce n’est pas facile. Mais je me sens mieux, je suis reconstruite. Le silence radio n’est pas une bonne chose, rester seule ce n’est le meilleur choix.

Et les a priori sur les femmes divorcées ?

Personne ne peut porter de jugement sur le décision d’un couple de divorcer. Il y a toute une dimension, on ne sait pas tout, on ne voit pas tout. Le qu’en dira t-on je m’en fiche. Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent tant que je suis en phase avec moi-même, même si à l’époque, ça me faisait mal qu’on ne me réduise qu’à cela. Aujourd’hui, je ne le ressens plus, mon divorce est loin derrière.

Comme Inès, vous pouvez témoigner sur Hijab and the city en tout anonymat en répondant à l’un des appels à témoins.

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Niqab : une femme qui le porte témoigne

24 juin 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

Parce qu’il faut rompre avec les préjugés et que le respect des différences est primordial, Hijab and the city est allé à la rencontre de Sanaa, une bretonne convertie à l’Islam qui porte le niqab depuis quelques années. Hijab and the city lui donne la parole aujourd’hui, une parole qu’on lui confisque souvent pour mieux la fustiger.

Peux- tu te présenter aux lectrices ?

Je m’appelle Sanaa, j’ai 28 ans. Je me suis convertie à l’Islam alors que j’étais à l’université, en psychologie. J’ai reçu une éducation religieuse, et durant ma scolarité j’ai fréquenté une école tenue par les bonnes sœurs. C’est au lycée public que j’ai fait la connaissance d’une jeune fille d’origine marocaine, chez qui j’allais souvent pendant le Ramadan pour partager le repas d’el iftar. J’ai aimé l’hospitalité dont faisait preuve ses parents, le respect des valeurs familiales et le fait que son père nous encourageait à étudier, à être économe… il y avait aussi cette notion de pudeur même autour de la table alors que chez moi on se gênait pas d’être vulgaire, de parler de sujets indécents. Bizarrement, ma famille n’était pas pratiquante et elle m’a pourtant envoyée chez les nones (rires) !

Comment as tu évolué sur un plan spirituel ?

J’ai d’abord commencé par la prière avant même de me convertir. J’avais des petits bouts de papier avec moi pendant la prière (rires) !

Et tu as commencé par porter un hijab ?

Oui. J’avais très envie de le porter mais je craignais la réaction de ma mère. Mes parents savaient que je priais. Alors, j’ai commencé par porter des bonnets l’hiver, ça tombait bien ! Et puis je l’ai finalement mis. Je le portais très colorés avec du rouge, des fleurs… je l’accordais à mes vêtements. Et j’ai trouvé le jilbeb (long voile) hyper classe ! Je le portais avec des gandouras amples (robes traditionnelles marocaines).

C’est donc parce qu’il était « classe » que tu l’as adopté ?

Oui, et surtout plus pratique que le hijab. C’est une seule pièce à enfiler avec un bandeau alors que le hijab c’est plus compliqué avec les épingles.

Comment ce changement a t-il été perçu par ton entourage ?

Dans mon entourage, une femme qui porte le hijab est une femme analphabète, battue et opprimée, mais comme je le portais alors que je n’étais pas mariée ma mère m’a dit qu’elle me trouvait plus gaie, que je n’étais plus dans l’excès sur un plan financier et que j’étais plus raisonnable.

Et le niqab, quand t’es tu décidée à le porter ?

Pas trop longtemps après. La première fois que je l’ai porté je suis allée faire des courses en grande surface, et ça s’est bien passé.

Et pourquoi le porter ?

Parce que j’avais envie. Chacun son choix, chacun fait ce qu’il veut et à la hauteur de ce qu’il peut.

Et le regard des gens ?

Je le vis très mal. Je croise des gens gentils et d’autres vraiment odieux. On me dit souvent retourne chez toi, mais ce qu’ils ne comprennent et ce qui m’agace, c’est que je suis dans mon pays ! J’en ai assez qu’on me prenne pour une arabe alors que je suis un pur produit de cette société !

Et par rapport à ceux qui pensent que tu fais fi de ta féminité ?

Je suis une femme comme les autres, je vis comme les autres. J’aime les parfums, le maquillage, les sous-vêtements, les décolletés, les bijoux…

Comment ressens tu toute cette polémique autour d’un éventuelle loi interdisant le port de la burqa ?

Ils confondent tout et ne savent rien. Ce n’est pas une burqa que je porte c’est un niqab. On est pas en Afghanistan ! Ce sont deux contextes qu’on transpose mais qui sont totalement différents. Depuis que je me suis convertie, je suis super déçue. Les français sont très intolérants en réalité. Ils me prennent pour une analphabète. Tant qu’on ne désobéit pas aux lois, où est le problème ? C’est scandaleux ! Cette loi est illogique, on a des plages de nudistes qui existent et à côté on veut interdire à celles qui veulent se couvrir entièrement de le faire, chacun fait ce qu’il veut ! C’est vrai qu’il y a des gens qui sont extrêmes, qui ont des idées terroristes, mais tout le monde n’est pas pareil. A ce moment là tous les curés sont pédophiles, il faut arrêter de généraliser.

Quel message souhaiterais-tu transmettre ?

Laissez nous tranquille, tant qu’on ne fait pas de mal. Qu’on nous laisse vivre. Je n’influe pas dans la vie des gens, alors qu’on agisse de la même façon avec moi. On est comme tout le monde, on consomme comme tout le monde, on vit comme tout le monde, c’est notre foi qui diffère.

Que penses tu de l’expression « prison ambulante » pour qualifier ton niqab ?

On dit que l’on est des femmes opprimées mais en réalité ce sont les gens de l’extérieur qui nous oppriment, qui nous insultent. Si on est sensées être opprimées, alors pourquoi en rajouter ? Pourquoi ne pas nous aider au lieu de nous montrer du doigt ? Il faut que les gens se cultivent, il faut qu’ils viennent nous parler.

Tu préfèrerais qu’ils viennent vers toi ?

Je préfère qu’on me parle, qu’on m’interroge. Je suis opprimée par les gens à l’extérieur. Je suis malheureuse parce que les gens me maltraitent dans le rue. Ma religion ne m’opprime pas !

Comment te projettes tu par rapport à tout ce débat ?

Si quelqu’un peut me faire un don afin que je puisse partir plus vite d’ici, je le ferai.

Merci Sanaa.

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« J’ai une vie sexuelle et pourtant je ne suis pas mariée »

12 juin 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

hatc-femme-ombreAvoir des relations hors mariage reste un sujet tabou. Pourtant, il est des choses que l’on assume plus facilement et dont on arrive à parler. Ce témoignage se veut informatif, pédagogique et non moralisateur. C’est une question qui nous touche et qu’il faut appréhender comme n’importe quelle question qui peut se présenter à nous. Le témoignage d’Amina nous conforte dans l’idée que les clichés sont définitivement à déconstruire. Tout n’est pas qu’une question de foi ou de pratique. En somme, personne ne peut se prévaloir de quoique ce soit. Bien qu’attachée à sa foi, et loin d’être bigote, Amina s’est confiée à Hijab and the city en toute simplicité. C’est l’histoire d’une jeune femme amoureuse qui se bat contre ses passions.

La sexualité, c’est un sujet que tu abordes sans problème ?

Je dois dire que j’appréhendais par rapport au sujet. En fait, je n’en ai parlé à personne, c’est tellement lourd à porter. C’est pas normal. C’est une grosse faiblesse.

Est-ce que tu peux nous parler du rapport que tu as avec la religion ?

Je suis pratiquante, je porte le hijab depuis 7 ans. Jai grandi dans un environnement religieux : ma mère est très pratiquante. Je suis d’origine Malienne et les gens viennent dans le village de mes parents pour apprendre le Coran.

Il y a donc toujours eu une présence religieuse très forte chez toi ?

Oui, et puis je prends des cours de science islamique.

A la base, comment tu conçois le rapport homme/femme ?

Avant mes 24 ans, je n’étais pas du tout intéressée par les hommes. J’ai eu un petit ami très tard.

Et pourquoi les hommes ne t’intéressaient pas ?

En fait, j’ai été abusée étant petite par une personne de ma famille. Je n’en ai parlé à personne. J’étais en primaire, et c’était par un cousin que mes parents hébergeaient à l’époque. Ma mère n’était pas très d’accord avec le fait qu’il vive avec nous, d’autant que j’avais d’autres sœurs. J’ai pas osé en parlé, sauf à ma tante maternelle avec qui je m’entends bien mais quand je lui ai raconté, elle n’était pas très convaincue. Et j’en ai parlé à mon petit ami.

Et tes sœurs ?

Non ! C’est un sujet tabou !

Comment tu as rencontré ton petit ami ? Pourquoi finalement tu as éprouvé de l’attirance pour un homme ?

En fait, à la base c’est un très bon ami à moi, mon confident. Il est d’origine algérienne. Il m’écoutait beaucoup, on communiquait beaucoup. Je le voyais comme un ami, je lui racontais tout. Et un jour, alors qu’on discutait, il m’a embrassé. Je l’ai repoussé et peu de temps après il m’a demandé de l’épouser. J’avais beaucoup d’appréhension parce que je savais que mes parents seraient contre parce qu’il n’est pas malien. Mais moi je veux épouser l’homme que j’aurais choisi ! Cela fait deux ans déjà qu’il a demandé ma main, j’en ai parlé à mes parents et bien sûr ils étaient opposés à notre mariage. Aujourd’hui, ma mère regrette d’avoir refusé.

Et c’est donc le seul homme que tu as fréquenté ?

Oui. Je lui ai expliqué pourquoi je n’avais pas cherché à connaître quelqu’un avant lui. Quand il  a su que j’avais été abusée, je lui ai dit il y à un an, il n’en revenait pas, il était choqué de l’apprendre et il a compris pourquoi les hommes ne m’intéressaient pas.  Parce qu’en fait, j’ai eu des prétendants, mes parents auraient voulu que je me marie jeune. Mais je n’ai jamais voulu.

Ça allait donc bien au-delà de la dimension religieuse. Et lui, est ce qu’il a une pratique religieuse régulière ?

Au début, il faisait la prière et le ramadan. Aujourd’hui, il suit des cours, il est en master de ‘aqida (dogme). Il m’a dépassée religieusement parlant (rires) !

Qu’est ce qui t’a poussé à franchir le pas ?

On savait que mes parents ne voudraient pas de lui et c’était le cas. On aurait pu en arrêter là et reprendre notre relation amicale au point où on l’avait laissé, mais il y avait une attirance physique très forte entre nous. Et au bout d’un an et demi de fréquentation, on a eu des relations sexuelles.

Est-ce que quelque part, c’est parce-que tu persistais à croire que c’était lui que tu allais épouser ? Est-ce que tu continuais à cultiver cet espoir ?

Oui ! Je pensais que j’allais batailler et réussir à convaincre mes parents. Ma mère a fini par céder elle s’est résignée en se disant que je serais la seule de ses filles pour qui elle ferait l’impasse, mais mon père est catégorique à ce sujet. Je lui en reparlé et il a été violent avec moi alors qu’on a de très bonnes relations d’habitude, il ne s’était jamais autant emporté. Pour lui, il faut que je suive l’exemple de mes sœurs c’est-à-dire épouser un malien et rien d’autre.

Et personne ne peut le convaincre de changer d’avis ?

Si, mon oncle. En fait, chez les Maliens l’avis de l’oncle compte beaucoup et il peut même l’emporter sur celui du père même s’il n’est pas d’accord. C’est la coutume qui veut ça. Mais moi je veux rien lui imposer à mon père. Ça s’est passé comme ça avec l’une de mes sœurs et résultat des courses ils ne se sont pas parlé pendant des années, et moi je veux pas en arriver là avec lui.

Et sa famille à lui, qu’est ce qu’elle pense de votre volonté de vous marier ?

Sa famille ne dit rien, c’est normal pour un homme ça passe toujours mieux que pour une fille ! Ils ont pas de problème avec ça ! J’en ai même parlé avec son père.

Vous attendez juste l’aval de ton père en fait. Et en attendant, vous vous voyez toujours ?

Oui. C’est pas du tout compatible, d’autant qu’il étudie la ‘aqida (dogme) ! On continue à avoir des relations sexuelles mais moins qu’avant. Il y des fois où je lui mens en lui disant que je ne suis pas là, que je suis en voyage.

Et au niveau de ta pratique religieuse, est ce que ça a changé ?

J’ai pensé à mon hijab. Je cherchais des prétextes. Je me disais que ça servait à rien de le porter, que je priais peut être pour rien. Les cours m’ont beaucoup aidé. Et pour moi, c’est pas concevable de ne pas prier. Je me dis que la prière permet de s’éloigner du péché. J’ai pensé à faire un mariage en cachette, avec mon frère pour témoin mais je pense que c’est pas la bonne solution vis-à-vis de mes parents. Ma mère sait quand je sors le voir, je ne lui cache rien. Je lui en veux pas à ma mère. J’ai pensé prendre un appart et partir, mais je me dis que c’est pas bien.

Est-ce que tu en parles autour de toi ?

Les copines savent que je veux l’épouser, que je suis avec lui mais pas plus. Des fois, je veux leur en parler mais j’ai peur qu’elles réagissent mal. Et pourtant j’aimerais en parler pour que l’on me booste ! Tu es la seule personne à qui j’en ai parlé.

Je te remercie de la confiance que tu me témoignes, ça me touche ! Et tu arrives à supporter ça toute seule, c’est pas un peu dur de ne pas se confier ?

Ça me pèse ! Mais je l’ai dans la peau et lui plus que moi ! Quand je ne lui réponds pas au téléphone, il vient jusque chez moi ! Il toque à ma fenêtre pour me voir.

Aujourd’hui, tu es dans quel état d’esprit ?

Je suis fatiguée de tout garder pour moi, j’en peux plus du tout ! J’aimerais savoir avec qui Dieu me prédestine au mariage pour savoir, si c’est pas lui, si je dois définitivement cesser de le voir. C’est pesant ! J’ai déjà coupé les ponts mais il me retrouve à chaque fois. Il ne me lâchera pas ! J’aimerais assister à un miracle, que Dieu ou le Prophète s’adressent directement à moi pour me dire quoi faire et me confortent dans l’idée que c’est le bon. Ça fait deux ans !  Je sais ce que Dieu doit penser de moi, je sais pas comment l’expliquer, je le sens c’est tout. D’autant que la première fois qu’on l’a fait, il y avait des tableaux avec des rappels (dhikr) sur le mur, je lui ai demandé de les retirer.

Que pourrais-tu dire aux filles qui peuvent être dans la même situation que toi ?

Faire le bon choix. Garder espoir en Dieu et ne pas délaisser tout ce que l’on fait par rapport à la pratique : la prière, le foulard. Dieu est vraiment miséricordieux et on ne peut compter que sur sa miséricorde. Il faut s’armer non pas de science, mais garder espoir ! On a tout le temps de se racheter, on peut se repentir même à la dernière minute.

Merci pour ce témoignage Amina.

Comme Amina, vous pouvez témoigner sur Hijab and the city en tout anonymat en répondant à l’un des appels à témoins.

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Comment je me suis convertie

8 mai 2009 par Maria  
Classé dans Elles parlent d'elles

Beaucoup d’entre vous ont apprécié le portrait de la douce Amandine, cette jeune convertie qui a partagé son histoire et ouvert son cœur. Aujourd’hui, c’est au tour de Maria, fidèle lectrice de Hijab and the city, de nous faire part de son parcours et de son ressenti en tant que musulmane (re)convertie. Bien sûr, à chacune son histoire. Et c’est à travers un témoignage que Maria nous fait part de la sienne. Pas de portrait donc, mais plutôt un autoportrait que nous offre cette femme qui, avec pudeur et grandeur, nous livre les grandes lignes de sa nouvelle vie.   

istock_000008513731xsmallLa première fois que j’ai entendu dans la nuit el adhan, j’étais foudroyée par un sentiment indicible.  Nous étions en été, je dormais sur la terrasse tellement la nuit était chaude.  Et, soudain, avant l’aube, j’ai été réveillée par l’appel à la prière. Le lendemain j’étais pensive. Quelque chose changeait en moi mais je ne le savais pas encore. Je n’étais pas du tout une touriste.  Non. Je me sentais chez moi dans ce pays que je ne connaissais pas auparavant et qui me semblait si familier.  Mais j’étais encore dans un ailleurs, un peu sourde un peu aveugle, encore imprégnée d’urbanité parisienne, et de tant de concepts tenus pour sûrs que j’allais devoir réviser en détail !  A la fin de l’été j’étais devenue un peu plus modeste, plus pudique.  Mais je ne savais toujours pas pourquoi.  De retour sur Paris, au mois de septembre le mois de Ramadan commençait.  Quelqu’un que je connaissais le faisait discrètement et j’ai décidé de le faire aussi.  A la radio, le soir, j’écoutais le Coran juste avant el iftar. Puis je savourais des dattes et du lait caillé en prononçant la Basmala. On avait eu la patience de m’écrire en phonétique cette prière, puis toutes les prières, la Fatiha, la Sourate Al Ikhlas. Petit à petit j’ai commencé à faire mes prières. On m’a offert un petit livre qui m’apprenait les ablutions, quelques autres Sourates, les Piliers de l’Islam.  Jamais un mois de septembre ne m’a semblé aussi merveilleux ! Je dormais peu, je ne mangeais et ne buvais que la nuit, je priais et j’étais pleine d’entrain, de bonheur. En octobre j’ai reçu en cadeau mon premier Coran. 

J’ai voulu connaître un peu mieux l’Islam. J’ai découvert un cours les dimanches après-midi à la Mosquée. J’avais toujours cru en Dieu  depuis toute petite. Jamais je n’avais cessé de dialoguer avec Lui.  Mais je ne connaissais pas le sens de ce dialogue. Il me manquait tellement de connaissances ! (Et il m’en manque toujours).  Avec les cours j’ai commencé à réfléchir aux Sourates étudiées, aux préceptes, aux Hadiths.  J’ai mémorisé mes prières. Mon dialogue avec Dieu est devenu plus concentré, plus authentique.  Certains jours de grand bonheur, je me sentais transpercée de lumière en priant. Un jour je suis tombée sur ce verset : « Nous avons révélé des versets d’une clarté limpide. Cependant, Dieu met qui Il veut sur le droit chemin. » C’est dans la Sourate An’nour. J’ai compris que Dieu avait voulu me mettre dans Son chemin. C’était à moi de le mériter dorénavant. A la Mosquée j’ai récité la Chahada (l’attestation de foi). 

Ce chemin est ardu. Il y a tout d’abord la transformation de soi : une vraie réflexion sur chaque acte, chaque pensée, le rapport aux autres et au monde.  C’est un chemin parsemé de victoires et de défaites.  Il faut juste ne jamais abandonner.  Il y a les contraintes alimentaires, vestimentaires, les horaires de prière qui doivent être intégrées dans un quotidien  de travail qui les rend difficiles. Il y a le regard des autres : famille, amis, collègues de travail mais aussi commerçants de quartier, médecin, enfin tous ceux avec qui on est en relation. On se sent très seule parfois. A la Mosquée il n’y a pas vraiment d’accompagnement pour les convertis. Le cours s’adresse à tous, majoritairement des musulmans qui cherchent à mieux connaître leur foi. Je me suis sentie confrontée avec des questions de choix difficiles à prendre et j’aurais eu besoin de plus de temps et de dialogue.

Je me suis donc sentie un peu sous pression et ai décidé de continuer mes prières, lecture du Coran et chemin spirituel  toute seule (avec le réconfort d’avoir la petite Oumma de Hijab and the city tout près).  Pour donner un exemple, la question du hijab a été abordée avec une injonction divine de le porter en permanence.  Je ne peux pas le faire à mon bureau.  J’ai opté pour le port du hijab partout jusqu’à la porte du bureau. Mais il m’était douloureux de sentir que j’étais fautive malgré moi. Aussi, dans le cadre de mon travail, j’organise des événements culturels, dont quelques 4 à 5 concerts de musique classique par an.  Devant une question concrète concernant la musique il m’a été dit qu’il n’y a pas pire métier que celui d’organiser des concerts. Mais comment faire ? Abandonner mon travail pour en chercher un autre serait jeter plus d’une personne qui dépend de moi dans une situation de détresse.  En ai-je le droit ?  

Parcours spirituel donc en solo. Prière pour trouver des solutions. Une confiance absolue et totale en Dieu. Chaque jour je me dis que Dieu n’a pas pu me mettre dans Son chemin pour m’abandonner ensuite ; que des solutions qui me semblent maintenant impossibles surgiront dans le temps. L’important c’est d’être au plus près de ma pratique quotidienne. D’avoir une totale sincérité de cœur. Qu’à force de dire mes prières c’est du cœur qu’elles jailliront. « Que ta langue soit toujours humide du souvenir de Dieu ». Que ma langue soit toujours humide du souvenir de Dieu. 

Merci à Maria pour ce merveilleux témoignage

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Conversion : l’histoire d’une renaissance

28 avril 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

amandineLa conversion à une religion donnée est un évènement crucial dans la vie du croyant. Partagé entre joie et crainte, l’individu, s’il n’est pas accompagné et soutenu, le vit comme une véritable épreuve souvent difficile à vivre.

En allant à la rencontre d’Amandine, Hijab and the city a voulu recueillir le témoignage d’une jeune femme pleine de vie qui a voulu partager son expérience avec nos lectrices. Amandine a 23 ans. Originaire de Dunkerque et diplômée en marketing internationale, elle a embrassé l’Islam il y a un an et revient pour nous sur son cheminement spirituel.

As-tu reçu une éducation religieuse ?

En fait, je suis issue d’une famille catholique non pratiquante. Néanmoins, j’ai toujours fréquenté des écoles privées catholiques où l’enseignement était dispensé par des sœurs pour tout ce qui relevait du catéchisme, ce qui nous préparait à la communion. La communion est considérée comme une profession de foi : j’ai fait ma petite communion à l’âge de 8 ans et ma communion solennelle à 12 ans.

Tu as donc évolué dans un environnement catholique. Comment en es-tu arrivée à t’intéresser à l’Islam ?

A Dunkerque, il y a une très forte communauté Comorienne. J’ai fait la connaissance d’un jeune Comorien pas très pratiquant mais très cultivé puisqu’il avait étudié le Coran aux Comores. J’ai donc pas mal appris grâce à lui. C’est ce qui m’a encore plus poussée à faire une recherche plus approfondie sur l’Islam.

Donc tu t’y étais intéressée avant de rencontrer ce jeune homme ?

En effet, j’avais comme une petite prédisposition au regard des expériences que j’ai eu avant ma conversion : la cigarette, l’alcool, les soirées, autant de choses auxquelles j’ai goûté jusqu’à l’âge de mes 17 ans. A ce moment là je ne me reconnaissais plus dans ce train de vie. J’aspirais à une vie plus saine et c’est ce qui m’a attirée dans l’Islam : cette hygiène de vie à observer, le respect de son corps, de soi.

C’est donc pour des raisons purement rationnelles et pratiques. Quand as tu fait le pas ?

J’étais clairement convaincue que l’Islam était la religion qui me correspondait mais je n’ai pas officialisé ma conversion. Je suis allée étudier en Irlande en Erasmus où j’ai fait la connaissance de musulmans Français avec qui j’ai beaucoup échangé sur l’Islam et c’est à ce moment là que j’ai entamé une recherche plus approfondie et eu plus d’intérêt pour le spirituel, la prière… A mon retour d’Angleterre, j’ai décidé de rendre ma conversion officielle avec des amis Maliens et en présence d’un imam. Je me suis alors convertie et j’ai choisi de me nommer Khadija, en  hommage à la femme du Prophète Mohammed (SAW).

Et ta famille, tes parents comment ont-il reçu ta conversion à l’Islam ?

Mes parents ont clairement pris peur. Quand je leur ai parlé de mon attirance pour l’Islam et de mon choix, ils n’ont pas du tout compris comment et pourquoi j’ai pu m’intéresser à une religion où la femme n’a aucun statut, où elle est « soumise »… Autant de préjugés qu’ils ont pu entendre ou voir à la télévision en fait (rires) !

Je leur ai expliqué que les médias ne disaient que ce qu’ils voulaient, que tout cela n’était qu’un tissu de mensonges et que l’Islam est une religion de paix, de tolérance et qui accorde à la femme une place importante et sans égale.

Ma mère a été plutôt virulente, elle menaçait de me mettre à la porte si je décidais de porter le voile et mon frère aussi. Quant à mon père, il était plutôt dans l’analyse, la compréhension, il ne comprenait pas comment j’ai pu passer d’une pratique quasi inexistante, parce que je n’allais jamais à l’église avant, à une pratique active, à travers la prière, le jeûne…

Face à autant de réticences quelle a été ta réaction ?

Je ne leur en voulais pas du tout. Je comprenais totalement leur réaction même si c’était difficile à vivre. C’est vrai que les médias ne nous aident pas du tout. Je me souviens d’un jour où ma mère passait l’aspirateur et elle a remarqué mon tapis de prière, elle s’est mise à me hurler dessus en disant qu’elle ne voulait pas que je fasse ma prière à la maison et que je devais me rendre à la mosquée pour cela. Ce sont des mots durs et violents mais je les prenais avec beaucoup de recul et d’empathie. Et puis à la maison j’essaie de me faire discrète, je ne leur impose pas par exemple de cuisiner halal (rires).

Tu as toujours été sûre de ton choix, tu n’as jamais eu des moments de doute ?

Bien sûr que si j’ai eu des moments de doute et de solitude où je me suis beaucoup remise en question. Quand on est mal entourée voire pas du tout, c’est très difficile de vivre cela seule. En fait on connaît des hauts et des bas, ce n’est pas constant au début et puis, avec le temps, on s’aperçoit qu’on prend un certain rythme et on s’y tient. Et puis, il y a eu mon voyage au Maroc après le Ramadan dernier. Là-bas les gens m’ont redonné confiance et j’ai fait la connaissance d’une jeune femme avec qui je corresponds beaucoup et qui m’envoie régulièrement des livres pour me permettre d’avancer.

Aujourd’hui je suis régulière dans mes prières, al hamdoulilah et je suis mieux entourée.

Quant à tes amis non musulmans, comment ont ils reçu ta conversion ?

En fait, je ne leur ai encore rien dit.

Pourtant tu es musulmane depuis plus d’un an maintenant ? 

Oui. Même si j’assume plus mon islamité aujourd’hui, je ressens une espèce de crainte, je ne sais pas trop… mais j’ai bien l’intention de leur en parler bientôt inchallah.

Que peux tu dire à toutes celles et tous ceux qui vivent la même chose que toi aujourd’hui, qui sont seuls, ont des appréhensions vis à vis de leurs proches ?

Si j’ai bien un conseil à leur donner c’est de ne pas avoir peur et d’avoir confiance en Dieu. Il faut avant tout bien s’informer et avoir une connaissance de l’Islam, c’est important. L’Islam est une religion magnifique qui m’a rendue plus heureuse que je ne l’étais auparavant. Cette chaleur, cette solidarité, ce côté humain et social je ne l’ai trouvé que dans cette belle religion. Une religion de tolérance et de fraternité. Et puis, il est important d’être doux avec ses proches et leur expliquer avec beaucoup de patience et de sagesse, ne surtout pas se refermer sur soi. Bien s’entourer aussi, avoir des gens de bons conseils, c’est important !

Merci beaucoup Amandine pour ce témoignage plein de douceur, qu’Allah t’accompagne et te protège.

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