Hijab and the city au 21ème Festival de photojournalisme à Perpignan
26 août 2009 par La rédaction
Classé dans Ce qui fait débat
Hijab and the city participera au 21ème Festival de photojournalisme « Visa pour l’image » à Perpignan, dans le cadre d’un débat organisé par le magazine ELLE le vendredi 4 septembre à 17 heures. La table ronde portera sur le port du voile intégral en France, et sera animée par Valérie Toranian, directrice de la rédaction ELLE. Parmi les invités :
- Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville
- Abdelwahab Meddeb, écrivain
- Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Droits de l’Homme
- Mariame Tighanimine, co-fondatrice du webzine féminin « hijabandthecity.com »
- Marie-Françoise Colombani, éditorialiste à ELLE
- Caroline Laurent-Simon, grand reporter à ELLE
Rencontre improbable avec Loubna Méliane
Quand on lui demande ce qu’elle a appris après dix années de militantisme, Loubna Méliane répond « que tout n’est pas tout blanc ou tout noir ». Très présente dans les médias et sur le terrain avant de mettre sa carrière entre parenthèses, cette jeune femme n’a eu de cesse d’articuler combats politiques et défits personnels. Parfois décriée pour ses prises de position, Loubna Méliane se révèle être aujourd’hui une jeune maman heureuse et épanouie, qui parle sans ambages du passé avec un regard tourné vers l’avenir. Portrait d’une femme de terrain qui retrace avec nous son parcours en toute sincérité.
On connaît toutes ton parcours de militante, de femme engagée. Mais si je devais retenir quelque chose dans tout ce que tu as pu faire, c’est ton livre, Vivre libre, où tu te dévoiles beaucoup.
Je me suis mise à nu, ça a été difficile, très dur même. Je considérais que c’était pas à moi de faire ça. En tant que militante, je mène des combats pour ma personne, mais aussi pour les autres. Pour moi, quand tu es militant, tu n’as pas à te dévoiler… Je pensais qu’il n’y avais aucun intérêt à dire qui j’étais, d’où je venais… Et avec les années, je me suis rendue compte que si, que c’était plus simple et plus facile de faire passer des messages quand on racontait une histoire. Le but n’était pas de raconter mon histoire pour raconter mon histoire, non ! C’était de montrer mon cheminement par rapport à mon histoire familiale, mon engagement et les rapports que j’ai pu avoir avec les uns et les autres. Le but était de montrer que finalement, on est que le produit d’une histoire. Ce qui m’a poussée du jour au lendemain à militer, c’est mon histoire familiale. Chez moi, les femmes ont toujours été indépendantes. Et pour moi, être une jeune femme, issue d’un quartier, qui va à l’école, qui est confrontée à des difficultés, avec différents handicaps… Pour moi, malgré tout ça, on a envie de s’en sortir, et on se donne les moyens. Bien sûr, on a du mal, on doit en faire plus que les autres. Mais voilà, je voulais montrer qu’on pouvait y arriver. Chacun mène la vie qu’il veut mener. Néanmoins, on vit dans un pays où on a le droit de revendiquer un certain nombre de choses, on a la possibilité de le faire dans le respect de l’autre.
C’était donc par nécessité purement militante que tu as écrit ce livre. Mais à côté, comme tu l’as dit, tu as dû te mettre à nu. Est-ce que c’était pour toi un exutoire, une thérapie ?
Non. Vraiment, je voyais plus ça comme un exercice militant. Y a eu un travail d’introspection, c’est évident, mais pas très poussé. Parce que l’objet du livre, c’était pas de raconter ma vie pour raconter ma vie, c’était de raconter mon engagement. Je n’essayais pas de régler des questions d’ordre personnel. C’est après que ça a déclenché d’autres choses. Je vis ma vie de femme, je suis mariée, j’ai une petite fille. Forcément, j’ai fini par me poser des questions sur qui je suis, d’où je viens, ce que j’ai envie de transmettre à mon enfant. Donc là oui, j’ai dû faire une réelle introspection, parce que je mène une vie qui fait qu’au bout d’un moment, j’ai du me poser des questions. Et il faut avoir le courage de se mettre devant un miroir et de se poser les bonnes questions. C’est vrai que ma fille, plus que le livre, m’a amenée à une véritable introspection.
Est-ce que tu peux nous en parler ? Parce que quand on voit, on entend Loubna Méliane, on t’associe directement à un parti, à un mouvement, à un groupe. La Loubna femme, maman, c’est certainement la plus intéressante.
Je vis comme n’importe quelle jeune femme en France. Je me suis posée pas mal de questions, à savoir si oui ou non j’étais capable d’assumer un mariage mixte, avoir un enfant, des questions auxquelles j’ai pu répondre grâce à la marche (Marche des femmes des quartiers pour l’égalité et contre les ghettos) qui m’a poussée à penser que je pouvais vivre égoïstement, penser à moi, vivre heureuse. Pourquoi me l’interdire ? Au nom de quoi ? Donc voilà, je me pose les mêmes questions que n’importe quelle jeune femme. Au départ, c’était simple de sortir avec lui, ça ne l’engageait à rien, et ça ne m’engageait à rien. C’est au fil des années, au fur et à mesure que le temps passe que tu te rends compte que tu t’installes dans une routine, que ça devient sérieux, que ça amène à autre chose, à construite quelque chose ensemble, à s’installer, à se marier… à avoir des enfants ! La marche, ça m’a permis de régler ça par exemple, des questions plutôt personnelles. J’étais amoureuse, je voulais donner une chance à cette histoire et aujourd’hui, je suis heureuse. Il n’est pas musulman, mais il n’empêche qu’il respecte qui je suis et ce que je suis. Juste pour te donner un exemple, pendant un moment, j’étais loin de ma famille, et c’était la période où j’avais eu ma fille, où je voulais qu’elle puisse découvrir ma famille, ma culture. La famille de mon mari est adorable, je les aime très fort, ce sont des gens extraordinaires, mais ils ne pouvaient pas lui apporter ça. Je le vivais mal, mais mon mari a été génial. Il a proposé de fêter l’aid, m’a dit que j’avais ma propre famille, qu’on pouvait le fêter ensemble. Et c’est la que j’ai sorti mes livres de recettes, que j’ai invité mes amis, qui n’étaient pas forcément musulmans, mais peu importe. Le but était de partager avec moi le repas de l’aid. Il n’était peut être pas parfait, mais voilà… Notre force, c’est d’accepter l’autre comme il est, sans lui demander de changer. Je ne lui demanderai pas de changer, et il ne me le demandera pas non plus. Après, d’autres questions se poseront quand ma fille sera plus grande et qu’elle devra faire son choix, mais elle le fera toute seule. Moi, je ne lui imposerai rien. Si elle veut devenir musulmane, je lui expliquerai ce que je sais, et en réalité, j’ai une conception assez personnelle de la religion. Je l’inviterai à lire, c’est ce que mon père m’a toujours appris, à aller chercher dans les livres, à se faire sa propre opinion. On pourra en discuter, c’est ce que je faisais avec mon père ; on a pas eu d’obligations ou autres avec lui, je veux faire la même chose avec ma fille. J’essaierai de l’aider au mieux, de lui donner des conseils. Je ne veux pas lui mettre la pression. Avec mon mari, on est plutôt des laïcs. On croit, en quelque chose, mais plutôt à des valeurs universelles, le respect, la tolérance…
Vous croyez en une humanité ?
Oui voilà. Chez moi il s’appelle Allah, chez lui Jésus. Mais s’il s’était appelé autrement, ça ne nous aurait pas posé de problème. Y a des piliers, on s’appuie dessus et ça s’arrête là ! On essaye, mais je sais qu’on aura des difficultés d’ici quelques années, quand ma fille grandira. J’appréhende parce que ce qui m’inquiète, c’est le repli communautaire qui existe, et qu’on ne peut pas nier. Un enfant issu du métissage, c’est compliqué. Savoir d’où l’on vient, qui on est… Si en plus, par dessus tout ça, les uns et les autres mettent leurs propres revendications pour essayer de s’en emparer, j’ai de quoi m’inquiéter ! Pour l’instant, elle est petite. Elle vit avec plein d’amour, mais j’ai peur pour elle. Elle est métisse, elle a une double culture, et l’extérieur peut être hostile pour elle.
Quelques soient les milieux, les groupes qu’elle sera amenée à fréquenter ?
Oui, tous milieux confondus ! On a encore du mal à accepter le multiculturalisme.
Par rapport a tout ce que tu dis, à la naissance de ta fille qui à l’air d’avoir changé ta vie tant sur le plan personnel qu’au niveau de tes combats de militante, on voit que ça t’as ouvert les yeux sur pas mal de chose, sur ta manière d’appréhender l’autre.
Les gens me connaissent depuis que j’ai 19 ans. Aujourd’hui, j’en ai 31, et je suis comme tout le monde. J’ai grandi, j’ai évolué, j’ai mûri. Je ne suis plus forcément dans la spontanéité, je suis désormais plus réfléchie. Les gens sont restés sur une image. Je ne dis pas que j’ai mis de l’eau dans mon vin, je dis juste que les choses se présentent à moi différemment. Je ne les vois plus de la même façon, ou en tout cas, j’essaye de regarder plus loin que le bout de mon nez, et d’arrêter de me laisser prendre par les émotions. J’essaie aussi de ne plus regarder les choses sous un prisme personnel, par rapport à ma propre histoire. J’ai appris que les gens n’ont pas la même histoire que moi. Ils sont différents, et ont des histoires différentes,
Les histoires sont différentes et rien n’est figé. Et par rapport à tout ce que tu as pu faire, est-ce qu’il y a des choses que tu ferais autrement ? Qu’est-ce que tout ton parcours t’as appris ?
Que tout n’est pas tout blanc ou tout noir, qu’il y a des nuances, que les choses sont compliquées. Je referais les choses de la même manière parce que c’était moi, à des moments particuliers. Je ne vais pas nier ce que je suis, je ne suis pas une autre personne. J’ai juste grandi ! Pour moi, les choses ne sont plus aussi simples. Il faut être capable d’analyser, d’écouter, de comprendre, et après d’avoir une opinion. Mais pas avant.
Y a pas très longtemps lors d’un débat, tu expliquais que tu assumais tout ce que tu avais pu faire jusqu’à aujourd’hui, mais qu’il y avait eu pas mal de récupération. Est-ce que tu parlais de Ni putes ni soumises que tu as fini par quitter ?
Non, on m’a gentiment demandé de partir.
Pour des question idéologiques, ou c’était plutôt des luttes de pouvoir ?
Un peu des deux. Je voulais pas faire de Npns un mouvement communautaire, pour moi ce n’était pas possible. La seule communauté à laquelle je veux bien appartenir, c’est la communauté française, la nation une et indivisible. Mais Fadela Amara a toujours voulu en faire un mouvement de beurettes, moi non. Parce qu’en plus, quand on a fait la marche, moi j’ai travaillé avec des femmes pas forcément issues de l’immigration, des quartiers ghettos. C’était des femmes qui avaient vécu les mêmes difficultés que nous, peut être pas aussi violentes, mais toutes aussi agressives.
Parce que pour toi, on porte toutes les mêmes stigmates ?
Oui, et c’est pour ça qu’il fallait un mouvement collectif. Le but était de créer une passerelle entre les féministes d’avant, et les femmes que nous sommes aujourd’hui. C’était un beau challenge que de remettre au goût du jour le féminisme, et surtout de l’expliquer. C’est pas une lutte des classes, une lutte entre les hommes et les femmes, non. C’est un combat de société pour permettre aux hommes et aux femmes de vivre ensemble, de trouver leur place . C’était la marche des femmes des quartiers contre les ghettos et ensuite pour l’égalité. Le féminisme est arrivé après. C’était avant tout un combat social pour moi, et au sens large. C’est en rencontrant des femmes, des féministes que je me suis dit que c’était important de renouer avec cette histoire, celle de notre pays. Finalement, Npns, c’est plus du tout ça ! Là, c’est des petites beurettes qui se mobilisent pour elles. Ça a créé beaucoup de tentions entre nous et les mecs, alors que sur la marche, pas du tout. C’est vrai que le slogan pouvait choquer… c’était de la provoc’, de la com’ quoi ! Je le dis et j’assume ! Il nous fallait un nom fort pour être visibles et entendues, mais ça ne voulait pas dire qu’on vivait en opposition avec nos frères et pères. Parce qu’eux aussi vivent les mêmes difficultés. C’était un combat pour nous, mais pour eux aussi. Et c’est pas ce qui en ressort aujourd’hui. Npns, c’est aussi une coquille vide, on ne propose rien. C’est bien beau de dire aux jeunes filles vous avez des droits, revendiquez-les… mais on leur donne pas les moyens, on ne leur propose pas d’alternatives, de solutions. Elles sont tombées dans une espèce de victimisation et moi, je ne suis pas une victime. Je ne me considère pas comme une victime. Et même celles qui ont subi les choses les plus difficiles et les plus atroces le disent. Là avec Npns, on est tombé dans le pathos. Après oui, c’est grave ce qui se passe, il y a des violences, mais c’est pas que ça. On ne peut pas se mobiliser uniquement la dessus. C’est réducteur, on tombe dans les clichés et en plus, ceux dont on veut se débarrasser. C’est une réalité que des femmes meurent sous les coups de leurs conjoints…
Mais celui-ci n’est pas forcément maghrébin ?
Tout à fait !
Donc pour toi Npns à l’origine, c’était un mouvement qui portait une lutte sociétale, quelques soient les origines ethniques, religieuses et sociales des uns et des autres ?
Y a qu’à regarder les statistiques, que tu sois une femme issue d’un milieu aisé, ou issue d’un milieu ouvrier, tu subis les mêmes violences. Les statistiques parlent.
C’est ce qui t’a dérangé ?
Oui, et par ailleurs, on m’a dit de partir avant d’exprimer quoique ce soit, de laisser la place à Fadela. Et à la rigueur, ça arrive, c’est de la politique. C’est pas ma façon de faire, mais bon…
Et qu’est-ce que tu as ressenti ?
J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre. C’est comme si on m’enlevait mon bébé. Je travaillais dessus depuis deux ans. Npns, c’était bien avant la mort de Sohane. Ce malheur a permis d’avoir un écho au niveau médiatique, mais le mouvement existait bien avant. Mais ça avait marqué tout le monde parce qu’avant, on en parlait pas à la télé. Et puis Npns, c’est devenu un mouvement réduisant son combat contre les violences physiques faites aux femmes des banlieues. Même si c’est une réalité, y a pas que ça. D’autres problèmes existent, économiques, politiques. Avoir une carrière politique pour une femme, c’est difficile. Concilier une carrière professionnelle et une vie de mère, ça l’est encore plus. Et puis envers les mecs, on avait beaucoup d’affection, parce qu’on se rendait compte que si notre situation se dégradait, c’est parce que la leur aussi se dégradait. On essayait de se battre pour nos frères, c’était un combat commun. Je ne me vois pas vivre à côté d’eux, mais avec eux. Et c’est vrai que c’est aussi intéressant de mener un combat féministe en tant que tel, avec des questions sur l’émancipation, l’égalité salariale, la lutte contre les violences conjugales et autres, la possibilité de faire évoluer les femmes, la question du rôle de l’Etat dans toutes ces problématiques… Bref, des questions d’actualité !
Et ton actualité à toi Loubna. Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?
Il a donc fallu faire le deuil de Npns, toutes les anciennes ont été virées. Faut savoir qu’aujourd’hui chez Npns et autour, toutes celles qui sont à l’origine du mouvement, elles ont toutes été virées, ou sont parties quand Fadela a rejoint le gouvernement Sarkozy.
Et qu’est-ce que tu as fait après ça ?
J’en avais marre que mon nom soit assimilé à des gens, à un parti … J’avais envie de me détacher de ça, de me prouver des choses, de me montrer que je pouvais voler de mes propres ailes. J’ai bossé en radio, une libre antenne. J’avais une émission en soirée, une fois par semaine, sorte de service public où on abordait avec les auditeurs des sujets d’actu, société, religion, racisme, sexualité, etc. J’invitais des experts, des artistes, des politiques. C’était très intéressant. Ça a duré deux ans, puis je suis tombée enceinte, je me suis occupée de ma fille, et le militantisme m’a manqué. En même temps, j’avais peur d’y retourner. J’ai pris pas mal de gamelles. Je pensais qu’on était une famille, qu’on militait dans la même direction. Mais c’est de la politique, c’est un autre monde. C’est une famille parce qu’il y a des convictions communes, des orientations semblables, des objectifs communs. Mais ce qui m’a mis hors de moi, c’est que certaines personnes sont là pour elles. Après, avoir de l’ambition c’est bien, j’en ai aussi, c’est pas vraiment le problème. Mais pas de coups bas. J’ai un petit espoir, je crois que ma génération veut rompre avec ces façons de faire de la politique. Je suis persuadée qu’il faut arriver à travailler main dans la main. J’ai envie de faire de la politique différemment. On verra, l’avenir nous le dira ! J’ai donc beaucoup réfléchi, j’ai pris beaucoup de recul. Et j’ai constaté que j’avais besoin du militantisme ! C’est dur, mais j’ai décidé d’aller jusqu’au bout. Je bosse aujourd’hui pour la Fédération nationale des maisons des potes. Je suis la rédac’ chef adjointe du journal Pote à pote. J’écris des articles, je rencontre des gens. Ça me permet de réfléchir à des problématiques que je n’ai plus abordé depuis longtemps. Ça me permet aussi de voir d’autres choses, de ne pas être sur le même créneau qu’avant, de réintégrer le terrain. Mais je ne me mets pas en avant, je veux continuer à militer, à faire de la politique petit à petit, mais tout en ayant un ancrage associatif. Je pense que les années à venir, on fera de la politique différemment. J’ai l’espoir qu’une société civile va émerger, qu’elle va reprendre le flambeau, que ce sera différent.
Un petit mot pour les lectrices de Hijab and the city ?
Je voudrais seulement leur dire qu’on doit mener ensemble un combat qui nous concerne toutes, et non pas les unes contre les autres. Parce que sinon, on avancera pas, et ce serait vraiment dommage. Et je vous encourage aussi dans votre initiative de prendre et donner la parole, c’est très important et intéressant ! Bonne continuation à toutes.
Photo : Loubna Meliane, juillet 2009 à Paris – Hijab and the city
Niqab : une femme qui le porte témoigne
24 juin 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
Parce qu’il faut rompre avec les préjugés et que le respect des différences est primordial, Hijab and the city est allé à la rencontre de Sanaa, une bretonne convertie à l’Islam qui porte le niqab depuis quelques années. Hijab and the city lui donne la parole aujourd’hui, une parole qu’on lui confisque souvent pour mieux la fustiger.
Peux- tu te présenter aux lectrices ?
Je m’appelle Sanaa, j’ai 28 ans. Je me suis convertie à l’Islam alors que j’étais à l’université, en psychologie. J’ai reçu une éducation religieuse, et durant ma scolarité j’ai fréquenté une école tenue par les bonnes sœurs. C’est au lycée public que j’ai fait la connaissance d’une jeune fille d’origine marocaine, chez qui j’allais souvent pendant le Ramadan pour partager le repas d’el iftar. J’ai aimé l’hospitalité dont faisait preuve ses parents, le respect des valeurs familiales et le fait que son père nous encourageait à étudier, à être économe… il y avait aussi cette notion de pudeur même autour de la table alors que chez moi on se gênait pas d’être vulgaire, de parler de sujets indécents. Bizarrement, ma famille n’était pas pratiquante et elle m’a pourtant envoyée chez les nones (rires) !
Comment as tu évolué sur un plan spirituel ?
J’ai d’abord commencé par la prière avant même de me convertir. J’avais des petits bouts de papier avec moi pendant la prière (rires) !
Et tu as commencé par porter un hijab ?
Oui. J’avais très envie de le porter mais je craignais la réaction de ma mère. Mes parents savaient que je priais. Alors, j’ai commencé par porter des bonnets l’hiver, ça tombait bien ! Et puis je l’ai finalement mis. Je le portais très colorés avec du rouge, des fleurs… je l’accordais à mes vêtements. Et j’ai trouvé le jilbeb (long voile) hyper classe ! Je le portais avec des gandouras amples (robes traditionnelles marocaines).
C’est donc parce qu’il était « classe » que tu l’as adopté ?
Oui, et surtout plus pratique que le hijab. C’est une seule pièce à enfiler avec un bandeau alors que le hijab c’est plus compliqué avec les épingles.
Comment ce changement a t-il été perçu par ton entourage ?
Dans mon entourage, une femme qui porte le hijab est une femme analphabète, battue et opprimée, mais comme je le portais alors que je n’étais pas mariée ma mère m’a dit qu’elle me trouvait plus gaie, que je n’étais plus dans l’excès sur un plan financier et que j’étais plus raisonnable.
Et le niqab, quand t’es tu décidée à le porter ?
Pas trop longtemps après. La première fois que je l’ai porté je suis allée faire des courses en grande surface, et ça s’est bien passé.
Et pourquoi le porter ?
Parce que j’avais envie. Chacun son choix, chacun fait ce qu’il veut et à la hauteur de ce qu’il peut.
Et le regard des gens ?
Je le vis très mal. Je croise des gens gentils et d’autres vraiment odieux. On me dit souvent retourne chez toi, mais ce qu’ils ne comprennent et ce qui m’agace, c’est que je suis dans mon pays ! J’en ai assez qu’on me prenne pour une arabe alors que je suis un pur produit de cette société !
Et par rapport à ceux qui pensent que tu fais fi de ta féminité ?
Je suis une femme comme les autres, je vis comme les autres. J’aime les parfums, le maquillage, les sous-vêtements, les décolletés, les bijoux…
Comment ressens tu toute cette polémique autour d’un éventuelle loi interdisant le port de la burqa ?
Ils confondent tout et ne savent rien. Ce n’est pas une burqa que je porte c’est un niqab. On est pas en Afghanistan ! Ce sont deux contextes qu’on transpose mais qui sont totalement différents. Depuis que je me suis convertie, je suis super déçue. Les français sont très intolérants en réalité. Ils me prennent pour une analphabète. Tant qu’on ne désobéit pas aux lois, où est le problème ? C’est scandaleux ! Cette loi est illogique, on a des plages de nudistes qui existent et à côté on veut interdire à celles qui veulent se couvrir entièrement de le faire, chacun fait ce qu’il veut ! C’est vrai qu’il y a des gens qui sont extrêmes, qui ont des idées terroristes, mais tout le monde n’est pas pareil. A ce moment là tous les curés sont pédophiles, il faut arrêter de généraliser.
Quel message souhaiterais-tu transmettre ?
Laissez nous tranquille, tant qu’on ne fait pas de mal. Qu’on nous laisse vivre. Je n’influe pas dans la vie des gens, alors qu’on agisse de la même façon avec moi. On est comme tout le monde, on consomme comme tout le monde, on vit comme tout le monde, c’est notre foi qui diffère.
Que penses tu de l’expression « prison ambulante » pour qualifier ton niqab ?
On dit que l’on est des femmes opprimées mais en réalité ce sont les gens de l’extérieur qui nous oppriment, qui nous insultent. Si on est sensées être opprimées, alors pourquoi en rajouter ? Pourquoi ne pas nous aider au lieu de nous montrer du doigt ? Il faut que les gens se cultivent, il faut qu’ils viennent nous parler.
Tu préfèrerais qu’ils viennent vers toi ?
Je préfère qu’on me parle, qu’on m’interroge. Je suis opprimée par les gens à l’extérieur. Je suis malheureuse parce que les gens me maltraitent dans le rue. Ma religion ne m’opprime pas !
Comment te projettes tu par rapport à tout ce débat ?
Si quelqu’un peut me faire un don afin que je puisse partir plus vite d’ici, je le ferai.
Merci Sanaa.
Libres, mais pour combien de temps ?
22 juin 2009 par Khadija
Classé dans Ce qui fait débat
Par ces temps de crise et avec l’arrivée de l’été, les cerveaux bouillonnent et les âmes s’excitent. Les alibis vont bon train à l’heure où les prouesses technologiques nous dépassent, et où les frontières s’effacent.
L’universalisme sous couvert de liberté, impose son diktat au nom de la paix sociale. Une paix qui remet en cause le principe des libertés individuelles et qui assène un coup aux fondements de la démocratie.
La misère sociale, les inégalités, autant de maux, balayés d’un coup d’un seul par le voile de l’ignorance et de l’intolérance. Le voile, sous toutes ses formes, qui déchaîne les passions, et sert de prétexte encore et encore afin de mieux occulter les réalités que nous connaissons, et qui sont loin d’être belles à voir et à vivre.
La liberté, une valeur à la fois familière et galvaudée par ceux la même qui la prônent et la souillent.
Une valeur ô combien revisitée, subjectivée par des individus aux intérêts particuliers et au combat fourbe et déloyal.
Le choix, la décision n’appartiennent plus à des individus libres et égaux mais aux cerbères du dogmatisme qui accablent et asphyxient le souffle durement hérité de la liberté .
La différence n’enrichit plus, elle est combattue ou du moins elle est choisie par ceux qui imposent et qui assomment les esprits.
La liberté ne connaît pas le deux poids deux mesures, elle ne se négocie pas, elle s’impose, et elle doit être préservée.
Savourons là, délectons nous, parce qu’il n’est pas dit qu’elle soit acquise.
Des femmes d’aujourd’hui, des femmes qui se dévoilent…
29 janvier 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Une question me turlupine. Pourquoi certaines femmes françaises d’origine maghrébine, qui veulent dénoncer le machisme, le sexisme et tout ce qui cause du tort aux femmes en général le font en stigmatisant essentiellement les hommes qui sont de la même origine qu’elles ? En réalité, j’ai ma petite idée sur la question, mais j’aimerais avoir vos réponses à vous.
Tout le monde connaît Rachida Khalil, comédienne d’origine marocaine issue d’un milieu populaire. Petite protégée de Guy Bedos, on lui doit notamment la réintroduction du personnage de la Fatna dans l’imaginaire collectif français. Défenderesse des femmes « orientales » opprimées du fait de sa propre condition de femme « orientale » anciennement soumise, elle est à l’origine d’un spectacle mettant en scène un défilé de mode de « tchadors » comprenant des modèles assez divers : un tissu imprimé « poids chiche », un tissu avec de la dentelle (pour les nuits de noces… grrr), un autre taillé dans un drapeau américain. Vous l’aurez compris, c’est une femme libre, qui défend les femmes arabo-musulmanes sans tomber dans les clichés ! D’ailleurs, elle participe assez souvent aux galas de SOS racisme, autre phare qui vient avec sa lumière éclairer les ténèbres que constituent les banlieues françaises.
Et Sofia Essaïdi? C’est une jeune chanteuse, issue d’un milieu bourgeois marocain, qui a fait ses débuts à la Star Academy. Elle dénonce elle aussi l’opression des femmes maghrébines, les tabous, le qu’en-dira-t-on, le voile, la frustration des hommes qui peuplent l’autre côté de la Méditerranée… le tout à travers des textes et des clips très suggestifs (cf. Mon Cabaret).
Pointer du doigt le patriarcat, le machisme, le sexisme, soit! Ils sont universels, et on les retrouve dans toutes les cultures et toutes les classes sociales. Mais stigmatiser une population sous prétexte qu’on a été la victime d’un mariage forcé ce qui est le cas de Rachida Khalil, c’est pousser mémé dans les orties! On ne fait pas de son cas une généralité, au risque de passer pour la misérable de service, qui sert une cause hautement politique, et qui au final en tirera des bénéfices. Et que dire de Sofia Essaidi? Elle a joué le rôle d’une beurette banlieusarde prénommée Aïcha dans un téléfilm de Yamina Benguigui. Une expérience sûrement très intéressante et insolite pour jeune fille issue d’un milieu aisé et qui n’a jamais vécu en cité de banlieue. Autre chose, pourquoi affirmer être une femme qui se dévoile, dont le corps n’est pas soumis quand on a grandi dans une ville aussi libérale que Casablanca tout en faisant partie de sa jeunesse dorée?
Bien entendu, leurs origines n’impliquent en aucun cas de la « fidélité » envers la religion de leurs ancêtres ou leur arabité (ou berbérité), que non! Elles n’ont de comptes à rendre à personne. Toutes les injustices sont bonnes à dénoncer, surtout si elles nous sont proches. Il faut juste le faire avec honnêteté et intelligence. Autrement, on s’abstient, et on ne fait pas sa Fadela !



