« Douce France », le téléfilm de France 2 qui te dit comment réussir ton intégration (ou pas)
14 décembre 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
« Ca sent le roussi Irène, le sens-tu ?»
Irène, c’est qui ? C’est ma voisine, une vieille dame qui persécute mon chat, qui me demande si ma tunique Antik Batik « vient du pays », et qui veut savoir si elle aura droit à son couscous dominical. Bref, c’est ma voisine adorée qui pue les préjugés et que malgré tout j’aime beaucoup ! (elle prédit les divorces du quartier, les ravalements de façades, les morts parmi les vieux…)
Cette phrase, c’est quoi ? C’est celle que j’aurais aimé lui dire quand elle m’a interceptée en allant chez Shopi (ti-tuu-tii-ta ! C’est la musique, du Shopi, le supermarché où la marque distributeur coûte plus chère que la « vraie » marque…).
Irène a comme à l’accoutumée demandé où j’en étais à l’école, si j’avais un amoureux, où j’avais acheté ma paire de gants (qui claque tout avec un cuir d’une douceur extrême mais ça, c’est une autre histoire !). Et puis, pour la première fois, elle a voulu parler de l’actu. D’abord les minarets, puis l’interdiction des drapeaux étrangers dans les mairies.
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Y en avait pas au mariage de votre frère, des drapeaux du pays ?
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Non, Madame Irène, on est attaché à la France vous savez, et puis le vert et le rouge criards… très peu pour nous !
Puis Irène a parlé de la France, sa France, de la tournure que prenaient les choses et de l’utilité d’un débat national sur tout ça.
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Vous avez vu le téléfilm « Douce France » mercredi dernier ?
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Non…
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Vous devriez regarder ce mercredi, c’est en deux épisodes, une belle leçon d’intégration vous verrez !
En fait si, j’ai bien vu le film, et mon Dieu !! C’est juste que mes envies de M&M’s et de Sundy étaient pressantes, et que la vieille commençait vraiment à me saouler. Et puis une belle leçon pour qui ? Rombière fripée va !
Pourquoi tant de haine ? Parce que si vous avez apprécié « Aïcha » et La journée de la jupe, vous adorerez « Douce France »…
Déjà parce qu’au niveau du casting, y a du bonhomme pas moche du tout ho ho ho ! Du grrr en veux-tu, en voilà ! Je ne parle pas du roux hein. Mais du boxeur et de son soigneur/petit frère, si bien sûr vous êtes amatrices de choucha et de bruns ténébreux !
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Hé, mais ça parle de quoi au juste « Douce France » ???
Désolée pour le petit moment d’égarement mais « Douce France », ça parle de l’intégration par le cochon, l’alcool, et bien sur les unions mixtes ! Unions, sorties… j’en sais trop rien en fait.
« Douce France », c’est La leçon du moment qu’il faut suivre si t’es issue de l’immigration, et que tu veux te faire une place dans cette douce France justement, à condition de gommer tes différences et ton identité.
C’est quand t’es une fille, réussir dans tes études, avoir une carrière professionnelle, sortir avec une tête frangée de la bourgeoisie française et faire ce que tu veux de tes cheveux, de ton corps et de ton soutif. C’est dire à ton frère qui te demande si tu comptes te marier « tu veux me marier de force, t’as qu’à me voiler tant que tu y es ». C’est avorter quand tu tombes accidentellement enceinte, parce que t’as envie de continuer ta carrière et être indépendante, et envoyer balader ton gars qui te dit qu’il t’aime et qu’il veut faire sa vie avec toi, parce que les nanas de mai 68 et de NPNS, ben elles t’ont bien fait comprendre que y a que comme ça que tu pouvais être une vraie femme libre, indocile, et tout et tout.
Cool la description ? C’est en tout cas ce que j’ai pu retenir de Leila, l’un des personnages du film, une charmante avocate d’origine algérienne, mais qui ne joue pas très bien et dont les répliques suintent l’acculturation forcée ! Et punaise la tronche de son amant… et sa voix ?? Ahhh ! Mais, il a du capital symbolique, économique et culturel… en gros, il est blindé, l’animal. Alors le reste tu sais ! Moi je dis que la beauté intérieure, c’est ce qu’il y a de plus important… Ca sonne faux, je sais.
Leila a un frère chef de cabinet du premier ministre qui deviendra par la suite secrétaire d’état, un autre champion du monde de boxe qui a pour compagne une pas maghrébine, un papa chef d’entreprise qui vient du bled et qui boit du rouge, une maman pas voilée qui parle bien français et qui clope avec sa fille sur la terrasse du balcon. En somme, une famille moderne qui vit à la française, qui ne fait pas de vagues qui a su montrer patte blanche. Sauf que moi, perso, une concentration de caricatures sur pattes comme ça, dans ma courte vie, ben c’est du jamais vu !
Quand j’ai vu ce film, me suis dit : « Pardieu, je suis rétrograde ! » Chacun fait ce qu’il veut, boit ce qu’il veut, mange ce qu’il veut, on est d’accord. Mais l’accumulation de clichés… LOL. Il ne manquait plus que le béret, le Président, l’accordéon, et on était bon !
Les dialogues sont nuls, blindés de lieux communs et assez violents je trouve en ces temps d’intolérance ambiante et banalisée. Et la famille qui se déchire petit à petit (le frère qui fait de la politique aime sa moche belle-sœur Muriel, la femme du boxeur) sur fond de scandales médiatiques et politiques (vont finir en taule les deux frérots qui sont dans la boxe, comme le frère Dati. Chasse le naturel…), du gros n’importe quoi !
Tout ce que je sais, c’est que c’est toujours des Algériens qu’on met en scène dès qu’on parle d’intégration et de rejet de sa culture d’origine, que pour être « in » et civilisé, faut surtout pas se marier avec quelqu’un de sa race (hein !) et que quand t’es une beurette, ben il faut avoir les moeurs dissolues pour aller loin, très loin !
Tout ce que je sais aussi, c’est que je devrais reprendre mes bonnes vieilles habitudes d’il y a trois mois, et ne plus regarder la télévision parce que ça commence à être carrément flippant et insupportable ces discours racistes, dogmatiques et fallacieux tenus en toute impunité par tous ces journalistes, politiques, acteurs, etc.
Mais avant de me retirer à l’Ile de Ré et parce que je vous aime chères lectrices, je regarderai le second épisode ce mercredi. Le boxeur a des répliques aussi pourries que sa sœur. Mais lui au moins, il fait mal aux yeux (d’profil) hi hi hi !
Photo : G. Gustine/France 2/Cipango
Malika Ménard Miss France 2010…
7 décembre 2009 par Mariame
Classé dans A la une, Ce qui fait débat
ou « comment tu t’es fait carotter samedi soir en pensant voter pour une beurette ! »
Le programme qu’il ne fallait pas rater ce week-end à la télé (avec The Departed hi hi), c’était bien sûr Miss France. Je vous rassure, je suis loin d’être fan des concours de beauté, mais celui-ci m’éclate, et particulièrement cette année ! Miss France, c’est l’occasion de se réunir un samedi soir avec ses copines (ou de se contenter comme cette année de Blackberry messenger… virus obligent !) et de jouer les mauvaises langues en regardant toutes ces filles (les 12 dernières hein parce que faut pas déconner, on ne va tout de même pas s’en taper 37 !), que l’on trouvera en toute objectivité carrément moches… OUAIS !!
Pas tous les ans, car je dois avouer que cette année ce qui a retenu toute notre attention à ma bande et moi, c’est l’éventualité que Miss France 2010 puisse être d’origine maghrébine et d’obédience musulmane…
Tout le monde a entendu parler de Juliette Boubaaya, la Miss Picardie qui avait en novembre dernier dans les colonnes d’un quotidien national revendiqué « sans complexes » son arabité et son islamité, en faisant part notamment de ses origines algériennes, du fait qu’elle avait déjà lu le Coran (qu’elle a d’ailleurs trouvé plus intéressant que la Bible) et surtout, l’info que j’ai surkiffé, des encouragements de son imam qui lui aurait dit de foncer ! Certains journalistes n’en croyaient pas leurs yeux, d’autant qu’elle posait sur la photo en deux pièces… hi hi. Mais elle a fini par un peu regretter ses propos Juliette, notamment ceux qu’elle a tenu sur sa pratique régulière de la prière. Mais malgré tout ça, moi j’ai voulu supporter la Miss Picardie. C’était un peu ma contribution au débat sur l’identité nationale… et c’est pas tous les jours que la diversité comprenant les arabo-musulmans est célébrée dans l’hexa !
Et puis Geneviève aussi était à fond dans le mouv’, et je l’aime bien moi cette dame. Y a quelques jours, elle a déclaré souhaiter voir avant de mourir une Miss France d’origine Maghrébine. Sauf qu’ils auraient pu trouver mieux comme « beurette » le comité Miss France, m’enfin bon : tahiya Juliette !!
Malheureusement, elle n’a pas fait long feu et n’a pas été retenue parmi les 12 demi-finalistes. Mais surprise, il y avait une Malika dans l’affaire, et dont je n’avais pas entendu parler !! J’avais prévu de soutenir Miss Provence et finalement, je me suis dit que Malika méritait bien une ou deux invocations pour le fun. Mais ce n’était pas du goût de tout le groupe qui m’accompagnait lors de cette soirée.
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« Même si elle s’appelle Malika, vous avez vu son zen et ses chicos ? Elle est chimique. On dirait Paris Hilton !
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Hé 22 piges en L3… elle a pas retapé ?? Toujours mieux qu’un BTS banque mais quand même…
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Sérieux, même si elle est moche, moi je veux qu’elle gagne… elle s’appelle Malika, plus blédard y a pas ! Moi je la soutiens, rien que pour faire rager Eric Besson et mon prof lundi.
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Hey, j’ai saigné mon forfait pour Malika !!
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Vous déconnez les filles, elle est trop trop belle quoi. Jalouses !
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La France aux Français merde ! Miss Rhône-Alpes, c’est elle qui doit gagner, elle est blonde aux yeux bleus. Tous les ans on a une métisse…
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Trop chelou, y a un malaise dans la falaise. Comme par hasard une Malika, je suis sûre qu’elle est pas maghrébine… »
Des messages « barres de rires » et tellement vrais ! Et c’est finalement Malika la favorite qui a gagné. Dégoutée pour Miss Provence mais on s’en moque, samedi soir en France une petite révolution s’est produite, une fille portant un prénom aussi lourd que Rachida, Fadela et Siham a été élue par le peuple de France ambassadrice de la beauté FRANCAISE. C’est un peu notre Barack Obama quoi ! Ca valait le coup de dépenser 50 centimes d’euros… fois combien ?
Sauf que Malika, ben elle est pas arabe mouahahaha. Elle a déclaré dimanche sur les ondes de RTL qu’elle était 100% française, que son prénom avait été choisi par ses parents car ils le trouvaient beau et qu’ils sont tolérants (sa maman et sa grand-maman du côté de sa maman ont vécu au Maroc…). Et bim !
Qui s’est fait entuber samedi soir ?? Pas mal de gens !
Mais ça montre quand même que la France d’en bas n’est pas allergique aux bicots… ou que le machin était truqué ? Pour tout vous dire, ça ne m’intéresse pas des masses. J’avais juste envie de me moquer gentiment de toutes celles et ceux (que je connais lool) qui ont généreusement fait du hors forfait hi hi, et m’incliner devant Endemol. C’est navrant à dire, mais ils sont trop forts !
Je suis voilée et étudiante à Sciences Po
4 décembre 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
Dernier épisode de la saga sur le voile (à lire : Pourquoi j’ai retiré mon voile - Comment j’ai porté le voile - J’hésite à porter le voile).
Aujourd’hui c’est Naïma, étudiante à Sciences Po Paris, qui nous parle de son intégration à l’école. On finit sur une note d’espoir pour toutes celles qui n’y croient plus. Encore merci à toutes ces jeunes femmes d’avoir accepté de témoigner pour Hijab and the city.
Peux tu te présenter aux lectrices ?
Je m’appelle Naïma, je suis étudiante en première année à Sciences Po Paris. Je suis originaire de la banlieue parisienne, d’une ville où la communauté musulmane est très forte. J’ai porté le voile à l’âge de 14 ans, alors que j’étais en 3ème. Et je le porte également à Sciences Po.
Pourquoi as-tu décidé de le porter en 3ème ?
Je l’ai porté pour me sentir mieux dans ma peau. Je prenais des cours d’arabe et ça m’a beaucoup aidé à mieux comprendre son sens. Dans ma famille, ma sœur l’a porté plus tôt que moi et ma mère le porte également. Mais on en parlait pas dans la famille. Je l’ai d’ailleurs porté sans en parler à mes parents. Et j’ai des amies qui le portent, je pense que ça m’a influencée aussi.
Tu es étudiante à Sciences Po, une école prestigieuse et élitiste, et tu es voilée. C’est donc possible ?
Il y a beaucoup d’élèves étrangers, dont des filles voilées. Il y a des musulmans fils ou filles à papa, qui ont des parents haut placés. Aussi, l’administration n’a pas trop son mot à dire. Pour ma part, je ne l’ai pas porté le jour de l’oral pour mon admission. Et je ne l’ai pas porté non plus à la journée d’accueil. Je ne l’ai porté qu’au moment de la rentrée. En fait, j’avais très peur des réactions, j’étais terrorisée, et pendant toutes les vacances j’ai pas mal cogité, j’étais à deux doigts de l’enlever.
Au moment de passer la convention, je me suis posée de vraies questions sur le hijab. Avant Sciences Po, j’étais entre le lycée et la maison, c’est limite si je le portais pas vu que je le retirais à l’école. J’ai même failli tout arrêter, je me suis dit que je n’avais pas d’avenir, parce que quand on porte le voile, c’est difficile de travailler dans son domaine, c’est même impossible. En plus, c’était en plein débat sur la burqa et le discours d’Obama. Mais mes profs m’ont beaucoup aidé, dont une en particulier. Elle m’a orientée vers une personne qui elle aussi porte le voile et qui m’a beaucoup remontée le moral, ça m’a fait du bien. Et puis, il y a eu la journée d’accueil, et un étudiant m’a fait part du fait qu’il trouvait le but du hijab paradoxal : la femme veut être plus discrète, mais au final, elle se fait vraiment remarquer. Il a semé le trouble dans ma tête. Donc, j’ai réfléchi, et mon père m’a dit de décider seule et que si le voile m’empêchait de faire mes études, il valait mieux l’enlever. J’ai donc décidé de le garder et de me comporter normalement. Je ne suis pas une fille soumise, j’ai un cerveau avant d’avoir un voile.
Comment vis-tu le regard des autres à l’école ?
Le premier jour a été un jour de pression énorme. Tout le monde se retrouve dans les amphis, on est tous mélangés. Et en fait, tout le monde a eu droit à des réflexions. On était tous tellement différents, qu’on en était tous surpris ! j’ai quand même entendu des réflexions du genre « est-ce qu’elle est d’ici ? », mais je les ai ignorées.
Tu t’es fait des amis ?
Il y a des groupes d’intégration à Sciences Po : dans mon groupe, il y a des gens de ZEP et des bourgeois avec des noms à particule. On a fait des activités techniques d’art oratoire : on gueule devant tout le monde pour apprendre à parler ! Et ça s’est super bien passé, on a tous gardé contact. En fait, tout le monde paniquait, stressait, même les plus bourgeois stressaient de crainte qu’on les taxe de richards. Aujourd’hui, je suis une élève comme les autres.
Plus de peur que de mal alors ?
Oui mais c’est aussi parce que je ne suis pas restée dans mon coin, j’aime me mélanger aux autres, je suis très sociable. Pour moi, le hijab n’est pas un problème, je reste naturelle. Je reste la Naïma qui aimé rire, délirer !
Au début, ils ne savaient pas trop comment se comporter avec moi, mais aujourd’hui, ils sont à l’aise, et c’est parce que je ne suis pas restée dans mon coin.
Que souhaites tu faire plus tard ?
J’hésite. Ce qui me plairait ce serait de travailler dans la finance ou intégrer l’ONU, mais je ne sais pas si on y accepte le hijab.
Quel message souhaiterais tu adresser à celles qui, comme toi, voudraient intégrer une grande école ?
C’est pas impossible, au contraire, elles peuvent se lancer et qu’elles restent naturelles, bien dans leur tête et leur peau. Et si ce n’est pas un problème pour elles, ça ne le sera pas pour les autres. Et le hijab, ça te permet de faire le tri autour de toi, entre les fachos qui t’approchent pas, et tant mieux d’ailleurs, du coup il n’y a que les gens bien qui viennent vers toi. on m’a dit que j’étais la personne la plus formidable qu’ils aient rencontré, que j’avais de la chance d’être croyante parce que la spiritualité ça apporte beaucoup dans la vie. Que des choses gentilles, et ces personnes sont la future élite de notre pays, en me côtoyant, je suis certaine que plus tard ils ne verront aucun inconvénient à travailler ou à embaucher une femme voilée. Mon hijab qui était une faiblesse, est devenu une force. Je suis vraiment bien aujourd’hui.
Dans le même dossier :
J’hésite à porter le voile
27 novembre 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
Parce que le voile intrigue, étonne ou choque, Hijab and the city a donné la parole à quatre jeunes femmes qui le portent, veulent le porter ou l’ont porté. Toutes n’ont pas les mêmes motivations, et toutes ont souhaité partager leur histoire afin d’offrir leur vision. A travers ces témoignages, ce sont les voix de ces femmes que nous souhaitons mettre en avant, car au-delà du voile qui leur couvre les cheveux, au-delà de leurs convictions, ces jeunes filles sont avant tout des personnes animées par la volonté de réussir. Ce qu’elles veulent par dessus tout, c’est de mettre fin à l’incompréhension et au dédain que l’on témoigne bien souvent à leur égard. Et c’est aussi, et surtout, les prendre pour ce qu’elles sont : des jeunes femmes ordinaires et non des voiles sur pattes. Nous vous proposons de découvrir chaque semaine le témoignage d’une de ces jeunes femmes. Elles parlent d’elles, c’est sur Hijab and the city, et c’est exclusif.
Cette semaine, Houda, étudiante en BTS, souhaite porter le voile mais hésite beaucoup parce qu’elle craint la réaction de ses professeurs et du personnel de son lycée de manière générale.
Peux tu te présenter aux lectrices ?
Je m’appelle Houda. J’ai 19 ans et je suis en BTS. Je suis scolarisée au lycée, et là-bas, il n’y a pas de musulmanes qui portent le hijab.
As-tu déjà parler de ton intention de le porter à quelqu’un ?
J’ai une amie qui a le même âge que moi, on en a parlé et pesé le pour et le contre quant à le porter. Je sais qu’au lycée, ils sont impartiaux. Quand j’étais en 4ème, il y avait la polémique sur le hijab. Je l’ai porté un moment mais je n’ai pas supporté de l’enlever à l’entrée du collège. Ça me dérangeait.
Et au lycée, impossible de porter autre chose ?
Non, ils sont très à cheval là-dessus. Une vraie dictature !
Quel sens donnes tu au hijab ?
C’est un grand signe de soumission à Dieu. Pour moi, c’est comme un signe d’accomplissement de la foi. Aujourd’hui je suis adulte, je prends conscience des choses. Il ne me manque plus que ça.
Depuis combien de temps penses tu à le porter ?
Depuis pas longtemps. J’y pensais pendant que j’étais en vacances. Et depuis que j’en ai parlé à mon amie, j’y pense tout le temps.
Et quelle perception as-tu du voile, au-delà de la dimension religieuse ?
De la pudeur. Ça embellit la femme, elle est pour moi plus accomplie. C’est un plus. Telle est ma perception du voile.
Tu as l’air vraiment convaincue, alors pourquoi hésites-tu autant ?
C’est à cause de l’école. Je ne sais pas si je serais capable d’affronter le regard des autres. Les gens ici questionnent beaucoup. Et je connais la plupart des profs du lycée, j’ai gardé un bon contact avec eux, mais je sais que le voile va changer leur regard sur moi. J’appréhende qu’on me saque dans mes notes. Et quant aux questions sur mes motivations, j’aurais pas envie d’y répondre, de me justifier. Ça m’énerve.
Et qu’en est-il de ton avenir professionnel, y as-tu pensé ?
Pour le travail, je suis en BTS commerce international. J’aimerais travailler dans la vente par téléphone, comme responsable marketing. Et puis, je pense travailler à domicile.
Et ta famille, tes amis, qu’en pensent t-ils ?
Je n’en ai pas encore parlé à mes parents. Je sais que ça ne dérangerait pas ma mère. Mes amies sont musulmanes et ne pratiquent pas vraiment. Je ne pense pas qu’elles seraient choquées, parce qu’elles savent que je suis convaincue, et que c’est ce dont j’ai envie.
Que peut-on te souhaiter ?
Du courage, beaucoup de courage mais je reste confiante. Ça va être difficile et je risque de souffrir mais j’ai tellement envie de le porter ! J’espère que tout se passera bien et j’attends beaucoup de ce témoignage, je sens qu’il m’aidera beaucoup.
Dans le même dossier :
« Pour l’Aïd, le Petit Prince tu traumatiseras ! »
23 novembre 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Vendredi, c’est l’Aïd ! Moi, j’adore cette fête parce que c’est justement l’occasion de faire la mouba (un mix entre nouba et « moubarak »… ok !), de bien manger (mais vraiment bien manger), de recevoir des cadeaux, et surtout de perpétuer une très belle tradition. Vivre cet évènement en France lui donne un charme supplémentaire. Pas de moutons qui gambadent dans la rue, pas d’accolade avec le premier venu. Seulement quelques commandements qui font que finalement, c’est plutôt amusant l’Aïd ici.
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De l’Aïd, l’image que donnent les médias… tu kifferas !
Bien sûr, qui dit Aïd dit forcément mouton et surtout mouton préparé à la blédarde ! Boulfaf, méchoui, débauche de viandes miam miam ! Mais bon, faut arrêter de réduire cette fête à l’animal.
« Nan mais tu comprends pas, le mouton c’est la figure symbolique de l’Aïd quoi. » T’as qu’à dire l’allégorie ma gueule !
J’hallucine quand je vois les JT nationaux de la veille ou du jour même. On fait un focus de fou sur les bêtes, les bouchers, les abattoirs, les baignoires, Brigitte Bardot… On n’a pas droit nous aussi à des petits reportages avec une musique douce, des vitrines à Haussmann, des gens qui n’ont pas des têtes d’assassins et qui ne parlent pas en stéréo… Non ?!? Bon. J’oubliais les micros-trottoirs aux sorties des mosquées… MDR
Une anecdote : en primaire, j’avais une prof ignoble en CM2 et vicieuse, tellement vicieuse que quelques jours après l’Aïd, alors que nous nous étions présentés avec des camarades munis de certificats médicaux (pas le choix, on avait pas droit de sécher… On avait vraiment des médecins de famille en or !), elle a attrapé un de mes amis d’enfance et lui a dit : « je t’ai vu à la télé hier, t’avais l’air en pleine forme ! ». Ha ha ha une caméra s’était postée à la sortie de la mosquée du coin pour « couvrir » l’évènement. France 2 est une balance !
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Après l’Aïd, des gâteaux tu en fileras (pas) ?!
Qui n’a jamais été taxé quelques jours avant ou après l’Aïd ? « Tu peux m’apporter des gâteaux au miel s’te plait ? ». Avec moi même en rêve, c’est pas possible ! Surtout quand la requête est formulée par la voisine qui ne dit jamais bonjour, le camarde de classe a qui vous n’avez jamais adressé la parole, le collègue qui ne comprend pas pourquoi dès qu’il y a du couscous au menu de la cantine, ben vous n’en prenez pas… enfin bref ! Si quelqu’un veut des gâteaux d’arabes, qu’il aille à Barbès ou au salon de thé de la Mosquée de Paris. Là-bas en plus, y a l’ambiance souk et le rapport qualité/prix est carrément intéressant ! (genre 10 euros le gâteau sec quoi)
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Avec l’Aïd, Brigitte tu attristeras !
Comme chaque année, Brigitte Bardot pète un câble dès qu’elle entend parler de l’Aïd. Mais à côté de ça, les agriculteurs français sont aux anges ! Alors la question est la suivante : doit-on ignorer la chaîne alimentaire et en ces temps de crise tourner le dos à nos agriculteurs (vous avez bien vu le « nos » hi hi hi), ou faire plaiz’ à une rombière facho qui aime les peluches ?
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Pour l’Aïd, ta moyenne tu sacrifieras !
Combien de fois dans votre vie, le jour de l’Aïd a coïncidé avec un jour… d’examen !! « S’il vous plaît monsieur, je serai absente ce jour là, c’est la deuxième fois qu’on reporte le partiel pour cause de mariage ou de sabbat, on peut encore une fois faire une petite exception ? » Même pas en rêve ! Soit… tu prends sur toi (et tu te manges un zéro à moins que ton généraliste ne fasse un geste), soit… La vie est injuste ! En France en tout cas.
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Pour l’Aïd, des congés tu n’auras pas ! (cherche pas c’est mort)
Si c’est pas les cours, c’est l’entreprise. Certains peinent à expliquer à leurs supérieurs que sur les 365 jours de l’année, ils ne sollicitent que celui-ci pour passer un moment en famille, pour faire la fête eux aussi. Mais non, c’est ce jour là que la vie de la boite se joue ! Si le mangeur en chef de bovidés s’absente, c’est le dépôt de bilan assuré…
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Pour l’Aïd, le Petit Prince tu traumatiseras !
« S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! » dit le petit blondinet tout mimi (mais dont les yeux ont toujours fait peur… je parle du dessin hein !)
Le pauvre, s’il savait ! Vendredi, ça va plutôt être :
« S’il vous plaît… égorge-moi un mouton !
- Hein!
- Egorge-moi un mouton… »
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Pour l’Aïd des SMS pourris tu recevras ! (et à gogo ma gueule)
C’est peut-être la (plus… ha ha !) pire chose qui puisse arriver ce jour là. Et que je t’envoie des invocations bidons à n’en plus finir : « le firdaouss pour toi, ton chat et les 40 générations qui te succèderont » ou encore « que le vilain satan soit lapidé lui et ses méchants compagnons.»
Cela part d’un bon sentiment certes, mais si c’est pour polluer les messageries d’autrui… hi hi hi.
En tout cas, je vous souhaite un excellent Aïd. Au passage, on n’oublie pas Dhoul Hijja et ses mérites… pécheresse compulsive si tu me lis ! (mouahahaha)
Comment j’ai porté le voile
20 novembre 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
Parce que le voile intrigue, étonne ou choque, Hijab and the city a donné la parole à quatre jeunes femmes qui le portent, veulent le porter ou l’ont porté. Toutes n’ont pas les mêmes motivations, et toutes ont souhaité partager leur histoire afin d’offrir leur vision. A travers ces témoignages, ce sont les voix de ces femmes que nous souhaitons mettre en avant, car au-delà du voile qui leur couvre les cheveux, au-delà de leurs convictions, ces jeunes filles sont avant tout des personnes animées par la volonté de réussir. Ce qu’elles veulent par dessus tout, c’est de mettre fin à l’incompréhension et au dédain que l’on témoigne bien souvent à leur égard. Et c’est aussi, et surtout, les prendre pour ce qu’elles sont : des jeunes femmes ordinaires et non des voiles sur pattes. Nous vous proposons de découvrir chaque semaine le témoignage d’une de ces jeunes femmes. Elles parlent d’elles, c’est sur Hijab and the city, et c’est exclusif.
Cette semaine, Linda, une jeune universitaire, nous raconte comment l’idée de porter le voile lui est venue, et combien elle a redouté la réaction de ses parents qui étaient contre sa décision.
Peux tu te présenter aux lectrices.
J’ai intégré la fac cette année. Je ne sais pas exactement si les cours de philo m’ont poussée à réfléchir un peu plus que d’habitude, ou si les évènements ont fait que je me mette à avancer dans la religion, mais ça fait presque exactement 10 mois que l’idée de porter le voile me trottait dans la tête.
Quel à été ton cheminement ?
J’ai lu le Coran et je suis allée à la mosquée très souvent, j’ai rencontré des filles voilées très bien. Mais j’ai passé l’année à me dire « arrête, t’oseras jamais dire à tes parents que tu veux porter le hijab! Impossible! » Et donc, j’ai fait des invocations en demandant à Dieu de me rendre forte. J’ai continué mes prières sans relâche, je continuais à aller à la mosquée, à apprendre plein de choses via divers sites dont Hijab and the city.
Comment as-tu abordé la question avec tes parents ?
Et puis un soir, après avoir regardé un film avec ma mère, j’ai allumé l’ordinateur et je lui ai écrit un mail. Je lui ai tout dit à propos de mon intention de porter le hijab, en précisant bien que c’était un choix personnel qui n’avait rien à voir avec personne. Ma mère ne le met pas, et a donc eu très mal en lisant le mail. Elle m’a répondu en disant qu’on allait en parler avec mon père, de vive voix.
Le soir même, j’en ai donc discuté avec mes parents. Ça a été très difficile, puisque je pensais qu’ils allaient m’encourager, au moins un peu, mais au contraire, ils ont trouvé des arguments pour m’en dissuader. Mais au moins le premier pas était fait.
Et vous n’en avez plus reparlé depuis ?
Si, la fin de l’année de terminale approchait, et vu que je voulais le mettre directement après la fin des cours, il fallait que je remette à jour le sujet. Les jours passaient, et j’avais beau m’y forcer c’était trop dur; j’ai donc fait une prière et à la fin, j’ai donné ma parole à Dieu que j’en parlerai le soir, vous trouverez ça sûrement bizarre ou ridicule. Ainsi, impossible de trahir un engagement que j’ai fait avec lui! Et donc, j’en ai reparlé, ça s’est de nouveau mal passé.
Malgré tout, plus tard dans la soirée, je suis revenue parler à mes parents, et ça s’est plutôt bien passé, enfin, mieux du moins.
Quand l’as tu porté finalement et comment a réagi ton entourage ?
Je le porte depuis le 26 juin dernier. Le pire a été de sortir de ma chambre voilée devant mes parents. J’ai dû rester au moins 10 minutes la main sur la poignée, et puis j’ai récité le verset du Trône, et je suis sortie. Ma mère et mon père n’ont rien dit, et je suis sortie de l’immeuble. Là, j’ai eu envie de pleurer donc j’ai appelé une amie, et je marchais en l’écoutant. En raccrochant, j’ai de nouveau récité le verset du Trône dans ma tête, et ça m’a totalement apaisée. Je suis allée à la Fnac, et j’ai eu beau tendre l’oreille, je n’ai pas entendu de remarques méchantes. Rien de spécial ne s’est passé en fait. Le lendemain, je suis allée à la mosquée avec, et de nouveau rien de spécial. Vraiment, rien n’a changé par rapport aux autres!!!
Le dimanche par contre, je suis sortie pour la première fois avec ma mère faire du shopping, et même si c’était délicat au début, ça s’est très bien passé. Les vendeuses étaient comme d’habitude gentilles, une femme que je connais m’a prise dans ses bras.
J’ai vécu plein de choses merveilleuses. L’amie dont je redoutais la réaction m’a dit que je resterai toujours la même, et le must, c’était les sourires des femmes voilées. Ou encore celles qui m’ont dit « salam ‘aleikoum ». Vu que ma mère est convertie, et que mon père est d’origine kabyle, je ne ressemble physiquement pas du tout à ce qu’on pourrait imaginer d’une musulmane. Et ces femmes qui me reconnaissaient en tant que musulmane, ça m’a vraiment touchée.
Et qu’en est-il de ton avenir professionnel ?
Je n’ai pas peur pour mon avenir. Dieu offre ce qu’il veut à qui il veut, j’ai confiance en lui. Si mon destin est d’avoir tel ou tel emploi, je l’aurai, sinon tant pis! Vu combien il m’a aidée pour mon bac, je lui dois bien ça. En fait je me répète que j’ai eu deux yeux, deux oreilles, une bouche, de bonnes jambes, et tout ça gratuitement. On reçoit beaucoup, sans oser donner.
Un dernier mot ?
Pour finir, je voudrais adresser un message à celles qui hésitent: tournez-vous vers la communauté. Honnêtement, plus vous verrez de femmes voilées, plus vous vous sentirez sereine. Si vous sentez qu’il vous manque un peu de force, demandez-la à Dieu. Si vous avez peur des réactions, pensez à lui, sans arrêt encore et encore. Ne vous isolez surtout pas, écoutez des chants religieux : Allah knows de Zain Bikha par exemple, pfiouuu elle m’a beaucoup réconfortée, regardez des photos de musulmans à travers la planète, vous verrez que vous n’êtes pas seules! L’univers est immense, on est une toute petite fourmi, et donc quoi qu’on fasse ça n’aura pas de répercussion sur la planète! Les gens que vous rencontrerez dans la rue vous auront oublié le lendemain! Dans 150 ans, personne ne se souviendra de vous, sors de ce corps Raphaël ! Profitez de votre vie ici-bas pour faire les actes que vous savez être gratifiés par Dieu.
Dans le même dossier :
Hijab and the city sur Rue89
15 novembre 2009 par La rédaction
Classé dans A la une, Ce qui fait débat
Nous publions aujourd’hui une interview de Hijab and the city accordée à Stéphanie Haski, réalisatrice et éditrice du blog Canons de beauté sur Rue89, un vidéo-blog très intéressant que nous vous conseillons, qui propose selon l’auteure « des portraits de personnes dont l’activité, les préoccupations, la culture sont liées aux questions de l’apparence ». Bonne lecture !
Hijab and the city : quand l’ « habit fait la musulmane »
Il est des apparences qui prêtent plus à penser que d’autres. Celles des femmes musulmanes portant le voile en font partie.
Le hijab divise depuis plus de vingt ans maintenant. En 1989 (on l’appelle alors « tchador »), le voile islamique fait son apparition dans les débats publics lorsque trois élèves d’un collège de Creil se voient renvoyéee pour port d’insigne religieux contraires à la laïcité.
Plus récemment, la proposition de légiférer sur le port de la burqa, qui a rapidement glissé vers la question du foulard, a relancé le débat. De même que la parution dans Paris Match en octobre dernier d’une photo montrant la chanteuse Diam’s voilée. Si l’artiste ne s’est pas encore exprimée sur le sujet, beaucoup d’autres l’ont fait, comme Sihem Habchi, présidente de l’association « Ni putes, ni soumises », pour qui Diam’s « victime de son entourage » a « capitulé ».
Pour Canons de beauté, j’ai eu envie d’aller à la rencontre de Khadija et Mariame Tighanimine. Khadija et Mariame, 28 et 22 ans, sont sœurs, françaises musulmanes et portent le voile. Elles ont fondé le site Hijab and the city, webzine féminin.
« Tous les clichés sont réunis »
Mariame et Khadija ont le sentiment que « quoi qu’elles fassent », elles sont toujours confrontées au même discours : « les femmes musulmanes et notamment les femmes voilées sont soumises ». Les réactions provoquées par la fameuse photo de Diam’s les touche, mais ne les étonnent pas. (Voir la vidéo)
« L’habit fait la musulmane »
Comment gèrent-elles elles-mêmes leur apparence et les réactions qu’elle peut provoquer ? Si Mariame et Khadija ne sont pas des victimes de la mode, elles font attention à ce qu’elles portent –comme toute femme occidentale, avec ce « plus » qu’elles essaient de faire oublier. (Voir la vidéo)
Hijab and the city
« Il est indécent de se focaliser sur le foulard et de nier la personne qui le porte. ». Mariame et Khadija ont fondé « Hijab and the city » en 2008 dans le but de faire connaître des personnes « dont on parle beaucoup, mais à qui on ne tend pas le micro ». Blog à l’origine, Hijab and the city est, selon elles, « le premier web magasine qui n’exclut pas les femmes françaises de culture musulmane ». (Voir la vidéo)
Mode occidentale et voile « ne sont pas antithétiques »
En dehors de ce qui touche à la spiritualité, les thématiques abordées dans le webzine sont sensiblement les mêmes que dans d’autres féminins : amour, cuisine, psy, société et beauté. Et une rubrique mode régulière : quel look proposer ? Pour qui ? Est ce que tout est permis ? Une première réponse : mode occidentale et voile « ne sont pas antithétiques ». (Voir la vidéo)
J’ai été interpelée par « Hijab and the city » et j’ai eu envie d’en parler parce qu’en y allant pour la première fois, j’ai découvert un espace plutôt moderne et pas moralisateur. Un lieu d’échanges d’expériences et de réflexions.
Evidemment, musulmans ou non musulmans, tout le monde ne se reconnaîtra pas dans les articles, mais il me semble que le site et les jeunes femmes qui le mènent véhiculent autre chose que « soumission » et « prosélytisme ».
Auteure : Stéphanie Haski, réalisatrice et éditrice du blog Canons de Beauté sur le site Rue89
Pourquoi j’ai retiré mon voile
13 novembre 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
Parce que le voile intrigue, étonne ou choque, Hijab and the city a donné la parole à quatre jeunes femmes qui le portent, veulent le porter ou l’ont porté. Toutes n’ont pas les mêmes motivations, et toutes ont souhaité partager leur histoire afin d’offrir leur vision. A travers ces témoignages, ce sont les voix de ces femmes que nous souhaitons mettre en avant, car au-delà du voile qui leur couvre les cheveux, au-delà de leurs convictions, ces jeunes filles sont avant tout des personnes animées par la volonté de réussir. Ce qu’elles veulent par dessus tout, c’est de mettre fin à l’incompréhension et au dédain que l’on témoigne bien souvent à leur égard. Et c’est aussi, et surtout, les prendre pour ce qu’elles sont : des jeunes femmes ordinaires et non des voiles sur pattes. Nous vous proposons de découvrir chaque semaine le témoignage d’une de ces jeunes femmes. Elles parlent d’elles, c’est sur Hijab and the city, et c’est exclusif.
Cette semaine, Marie, une jeune étudiante belge, revient sur son histoire. Elle a porté le voile un temps et a finalement décidé de le retirer, par crainte de nuire à sa spiritualité.
Peux tu te présenter aux lectrices ?
J’ai 22 ans, je suis étudiante, bientôt à la fin de mes études. J’ai choisi de devenir musulmane il y a bientôt 8 ans. Je m’étais déjà intéressée à l’Islam avant, mais j’ai eu mon « déclic » un jour en voyant une amie faire sa prière : elle était resplendissante et c’est ce qui m’a marquée. Sans réfléchir, je lui ai dit « Apprends-moi l’islam », et ça a été comme le coup de foudre pour moi. J’ai prononcé la shahada (l’attestation de foi) quelques temps plus tard, en décembre 2001.
Quand à tu décidé de porter le hijab ?
L’envie de porter le voile a commencé à venir doucement après ma conversion. J’aimais le mettre pour la prière, le garder après dans ma chambre, je me sentais apaisée avec. J’avais des périodes où j’avais très envie de le porter, d’autres où je disais plutôt qu’il n’était pas obligatoire, mais de toute façon je n’envisageais encore rien sérieusement, puisque j’étais encore élève en secondaire (et on ne pouvait pas le porter dans mon école) et que je ne pouvais pas non plus envisager de le porter chez mes parents.
Puis est venu l’été 2004, la fin de mes études secondaires et en septembre, j’allais entrer à l’université. J’avais de plus en plus envie de le porter, c’était en moi, j’y pensais beaucoup. J’étais en colère contre ma famille de ne pas accepter mes convictions, de ne pas m’offrir la possibilité de pratiquer ouvertement, comme je le souhaitais, et je pensais au foulard, peut-être comme une sorte de vengeance. A la fin de l’été, j’ai commencé à le mettre de plus en plus souvent quand je sortais en ville, surtout les quelques jours précédent ma rentrée à l’université, mais je n’avais pas encore décidé de le porter. J’étais heureuse d’être vue et reconnue comme musulmane dans la rue. Je me sentais bien ainsi, j’avais l’impression d’être enfin moi-même. Puis est arrivé le premier jour à l’université. J’avais pris l’habitude d’être couverte, et ce jour-là je portais une casquette pour la rentrée. Je me sentais mal avec, impolie de garder une casquette ainsi à l’intérieur, et en même temps je n’arrivais pas à me résoudre à me découvrir la tête. En sortant, dans la bouche de métro, j’ai mis mon foulard. Ce n’était pas prévu, pas réfléchi, c’était très intense sur le plan émotionnel. Mais j’ai décidé à ce moment là que le lendemain, je reviendrai avec suivre mes cours.
Avant de le mettre, j’y pensais, mais sans jamais l’avoir décidé. Je me disais qu’avant de le porter, il faudrait que j’en discute de manière approfondie avec des gens qui sont pour et des gens qui sont contre, des musulmans convaincus de son obligation, et des musulmans qui sont convaincus au contraire qu’il n’est pas obligatoire (voir même qui sont « contre » le foulard) afin de me forger une opinion solide et d’être sûre de mes idées au moment où je le porterais. Finalement, je l’ai mis assez rapidement, sans avoir pris le temps de faire cette démarche, guidée par mon ressenti.
Qu’est ce qui t’a motivé à le porter finalement ?
L’envie de mieux vivre ma religion, d’être plus musulmane, de montrer au monde celle que j’étais intérieurement depuis presque 3 ans… L’envie de plaire à Dieu, de me conformer à un modèle, à une certaine image que j’avais de la musulmane croyante et pratiquante qui cherche à se rapprocher de Lui.
Qu’en a pensé ton entourage ?
Cela s’est très bien passé avec mon entourage amical et à l’université. Mes vrais amis non musulmans ne l’ont pas mal pris, et je me suis plus facilement faites de nouvelles amies musulmanes une fois que je le portais. Je n’ai jamais ressenti le foulard comme un frein dans mes relations sociales à l’université. Il me permettait simplement de faire un tri direct entre les gens bien, ouverts d’esprit, et les autres.
Je n’ai jamais non plus eu l’impression d’être discriminée par les profs ou le personnel de l’université, bien au contraire. Je n’ai jamais eu de problème à trouver des jobs d’étudiant avec.
Avec ma famille, ça a été plus difficile. Je ne leur ai pas dis tout de suite que je le portais. Je ne le leur ai annoncé que quelques mois plus tard. Mes parents ont tous les deux très mal réagis, mon père en a pleuré et m’a dit qu’avec ça, il ne pourrait plus jamais être heureux de me voir. Le reste de ma famille, oncles et tantes, a mieux réagi, ou du moins de façon moins passionnelle. Ceci dit, suite à ça je ne l’ai jamais vraiment assumé face à ma famille. Je continuais à l’enlever avant de rentrer chez moi, dans mon quartier, lors de sorties avec des membres de ma famille, en vacances avec eux : je mettais alors une casquette dans laquelle je rentrais tous mes cheveux, et un col roulé ou une écharpe.
Pourquoi as tu décidé de le retirer ? Est ce à cause du regard des autres ?
Bon, là on commence à arriver aux questions plus difficiles… C’est dur à exprimer, dur à structurer. J’ai commencé tout doucement à rentrer dans une remise en question assez générale, sur ma foi et ma pratique religieuse, et notamment le port du voile. Je dirais que j’ai commencé à me poser des questions, par périodes, un an après l’avoir porté. Je n’avais pas la force de conviction de l’assumer auprès de mes proches, et je commençais à me sentir un peu schizophrène, j’avais l’impression de ne pas arriver à concilier ces deux « parties » de moi, ces deux référents culturels, ensembles de valeurs dont j’étais porteuse : mon islamité et mon occidentalité, si je puis m’exprimer ainsi. En gros, c’était une crise identitaire.
J’ai commencé petit à petit à m’éloigner de cette communauté musulmane dans laquelle je ne me sentais pas bien, dans laquelle je ne trouvais pas ma place. Je n’arrivais plus à me recueillir et me sentir bien dans les mosquées où différentes choses me dérangeaient de plus en plus (la ségrégation des femmes, l’irrespect de celles-ci du recueillement des autres par les bavardages, le « harcèlement » de certaines : »ma soeur, faut pas faire ci, faut pas faire ça, c’est shirk (association), c’est bid’a (innovation) », etc.… J’étais de plus en plus agacée par certains comportements. Et en tant que musulmane occidentale, je n’arrivais plus à me situer dans une communauté dont j’avais l’impression qu’elle ne pouvait pas accepter justement cette composante occidentale, européenne de mon identité. J’entendais trop de discours sur l’occident comme étant opposé à l’islam, sur les belges, les européens, comme étant l’opposé des musulmans (alors que je suis belge, européenne ET musulmane, et que pour moi ces deux identités se complètent et ne s’opposent pas, et que je suis loin d’être la seule grâce à Dieu.
Puis ces questions ont commencé à se faire de plus en plus présentes et pesantes. Je commençais à me sentir mal avec mon voile dans la rue, je ne l’assumais plus. D’une certaine façon, c’est aussi lié au contexte, dans le sens où je pense que porter le voile dans nos sociétés n’est pas anodin et nécessite un certain engagement. Engagement dont je n’étais plus capable. Je ne me reconnaissais plus dans l’image que je renvoyais en tant que « voilée », j’avais l’impression de communiquer quelque chose qui ne me correspondait pas, tant vis-à-vis des musulmans pour qui une convertie voilée, ça donne « Waw machaAllah tu es convertie et tu porte le voile, tu iras au Paradis ma soeur! » que des non musulmans. L’impression que ça ne me permettait pas de concilier les différentes facettes de ma personnalité, et de n’être pas en accord réellement avec la façon dont je vivais les choses. J’avais l’impression que porter le voile me mettait dans un moule dans lequel je ne me sentais pas bien, qui ne me correspondait pas, et j’étouffais. Et ça devenait pesant pour ma foi et nuisait à ma spiritualité dans son ensemble. Il m’est arrivé même d’annuler certaines activités car je ne voulais pas sortir avec mon voile, je me sentait trop mal avec.
Comment as-tu vécu « l’après voile » ?
Après avoir pris la décision de l’enlever, je me suis sentie soulagée, apaisée. Je sentais que j’allais pouvoir recommencer, repartir sur de bonnes bases, reconstruire ma spiritualité, mon Islam sur du solide, en me concentrant sur l’essentiel, la prière notamment. J’arrivais à un tournant dans ma vie, je terminais bientôt mon bac+3, j’allais changer d’université, de ville, je me suis dis que c’était l’occasion. Et j’ai décidé de le retirer après mon dernier jour d’examen. Je ne voulais pas avoir ce changement trop brusque dans mon université, affronter les regards, les questions. J’étais bien acceptée avec mon voile, je pense que j’en avais donné une image positive que je ne voulais pas briser en arrivant du jour au lendemain dévoilée. Et puis, ce serait moins facile à assumer.
La première fois que je suis sortie sans, j’étais un peu stressée, il faut bien le dire. Je m’attendais à me sentir quand même un peu mal dans la rue sans ce voile. Mais en fait non. Ca m’a fait bizarre de ne pas le mettre au moment de sortir, mais une fois dehors, je me suis sentie à l’aise, transparente, légère. J’avais rendez-vous avec une copine qui ne m’a pas reconnue tout de suite. Mais je me sentais tellement mieux dans ma peau.
Penses-tu le remettre un jour ?
Je ne sais pas si je le remettrai. Pour le moment en tous cas, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Je ne suis pas contre en principe, mais je n’y trouverais pas beaucoup de sens. Je pense que je le porterais sans problème dans un pays musulman, dans un pays où le port du foulard est banalisé. Mais ici, ça implique trop de « visibilité », et c’est, je pense, ce qui me dérange le plus : l’image, le message que ça peut véhiculer, la distinction, la différenciation.
Quelle a été la réaction de tes proches ?
Ma famille a eu le respect de ne pas s’en réjouir ouvertement devant moi, et je leur en suis très reconnaissante. J’en ai profité pour mettre certaines choses au point avec eux : je retire le voile, oui, mais je reste musulmane, pratiquante, et n’essayez surtout plus de me faire manger de la viande non halal!! par exemple. Je me suis sentie plus en cohérence avec moi-même. J’assume beaucoup mieux mon islam face à eux depuis. Avant de le retirer, j’en ai parlé à plusieurs personnes, plusieurs amies, beaucoup avec mon ex. J’en ai parlé avec mes amies tant musulmanes que non musulmanes, des voilées, d’autres qui ont retiré le voile. Je voulais me confronter aux avis des autres afin d’être sûre de ce que je voulais, de ma décision, de mon choix, pour ne pas le faire sur un coup de tête. Du coup, ils étaient préparés à l’idée, et savaient que c’était le fruit d’une longue réflexion pour moi. Certain(e)s ont compris, d’autres moins, mais Dieu soit loué, tout le monde a respecté mon choix.
Je m’étais assez éloignée de la communauté depuis un certain temps, donc les musulmans de mon entourage ne sont que mes amis proches, à qui j’ai expliqué ma démarche. Globalement je n’ai pas eu de réaction vraiment négative. Je pense qu’à partir du moment où on fait son choix de façon mûre, réfléchie et mesurée, où les gens voient bien qu’il ne s’agit pas de sortir la minijupe ou de quitter l’islam, ils respectent globalement ce choix.
Où en es tu aujourd’hui ?
Le retirer m’a fait beaucoup de bien, à moi et à ma foi! Maintenant j’ai recommencé à m’investir un peu dans la communauté, à fréquenter les mosquées, et Dieu soit loué, les gens m’acceptent bien sans mon voile. Et, paradoxalement, je me sens tellement mieux dans ma foi, tellement plus musulmane. J’ai l’impression d’avoir retrouvé ma place…
Je ne sais pas si c’est très bien de le dire, mais je ne regrette pas de l’avoir retiré. Par contre j’admire et je soutiens à 300% les femmes qui le portent et qui l’assument, qui le vivent bien. Je trouve ça magnifique, bravo à vous les filles! J’ai peur parfois d’être un mauvais exemple pour certaines…
Dans le même dossier :
Identité nationale : quand on m’a appris la Marseillaise…
4 novembre 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Dernièrement, je suis allée voir Fame, le remake 2009 de la série qui m’avait poussée à demander une paire de Reebok classic aerobic noire alors que j’étais en primaire… mon Dieu que j’avais la classe !! Je me suis imaginée deux secondes en mode artiste, un mélange de Candy Dulfer et Sheila Escovedo parcourant le monde avec de longues escales à Essaouira et Montreux. Chacun son délire hein, Allison qui m’accompagnait se contentait de manger tous les Dragibus et les Sundy…
Bref, tout ça pour vous dire qu’en faisant la queue pour acheter les billets, j’ai reconnu une prof de primaire… hi hi hi
- Madame H ?
- Oui…
- Vous me reconnaissez ? (la dernière fois que j’ai dit ça à une ex prof, c’était ma prof de latin et de grec du collège qui m’adorait un truc de ouf, que j’ai revu alors que j’étais en seconde et qui a pas voulu me saluer à cause de mon voile. M’en moque, elle m’a appris un tas de trucs mouahahaha ! Genre « Caius Mucius, adulescens nobilis, consilium audacissimum init »… à quoi ça sert ? Je kiffe réciter mes déclinaisons devant un miroir !!)
- Ah non, avec tes lunettes et ton foulard je vois pas non…
- Mariame, Mariame T…
- Ouiiiiiiiiiii Mariaaaaame, bien sûr que je me souviens de toi, tu étais une excellente élève ! Qu’est-ce que tu deviens ?
Bon je vais arrêter de ma la jouer hi ha ho… On a un peu discuté, de sa carrière, de mon parcours enfin voilà, c’était sympa. Le truc c’est que cette prof m’a appris deux choses dont je me souviens parfaitement, comme si ça s’était passé hier :
-
les paronomases, mais sans le vouloir : j’avais apporté un bouquin qui trainait à la maison, et je ne comprenais pas un mot (ouais, je lisais le Littré à 9 piges t’as vu !). Et ce mot c’était paronomase, et il m’a permis plus tard, en première, de me la raconter en français avec un texte de Doubrovsky… ok, je finirai l’histoire à mon chat.
-
L’autre chose, c’est la Marseillaise !!!
Et je vous entends de loin mes jolies, en train de dire : wooow toutes ces infos pour parler de l’actu ! Certaines sont à l’ouest et j’imagine qu’elles n’ont pas fait le lien mais avec moi, on passe des pingouins à Ramsès II, sinon c’est pas marrant !
Truc de ouf, la Marseillaise. Me souviens encore de Nadia, Emilie, Mehdi, Leslie, Malika, Bertrand, Samir et bien d’autres. Me souviens de leur petite tête d’ange (avec des bagues et des dents carriées mais bon…) en train de chanter avec ferveur l’hymne de notre si beau, si cher, si tendre… bled. Me souviens de moi le chantant à la maison, j’ai toujours kiffé chanter et taper sur les portes et la boite de Benco le matin (y avais aussi les congas et la derbouka mais bon… ça faisait moins Keziah Jones dans le métro). Je chantais ça à la maison alors que mon frérot adoré était à la frontière franco-allemande en train de passer son service militaire… Pas cool je sais ! Non, pas à l’époque de la ligne Maginot… tiens ça m’aurait fait quel âge ?
La classe était assez hétérogène au niveau des origines ethniques (beaucoup de métisses). Par contre socialement, on venait tous du même bord. Sauf une descendante d’aristo fauchée jusqu’à l’os… Aïe, ça fait mal d’être conscient de sa condition, à 9 ans !
Nous chantions donc la Marseillaise de Rouget de Lisle, et je ne sais pas trop dans quelle optique on avait choisi de nous l’apprendre. Tout ce que je sais, c’est qu’on a vraiment chanté de la m****, et c’est peu dire.
On était loin du débat sur l’identité nationale dans ma petite primaire sympatoche, mais si c’était pour nous franciser un peu plus et nous demander des gâteaux au miel à la fête de l’animal à quatre pattes qui bêle et qui aime les sanitaires, ben c’est pas cool, pas cool du tout ! Parce que faut dire qu’avec le recul, les pics sur nos origines y en a eu, et pas des moindres ! « On dit la colonne, la case c’est pour les noirs ! », « c’est les arabes qui ont apporté la gale », « tu vas au pays pendant les vacances ? Je veux bien des babouches »…
Souvenirs, souvenirs ! Oui, je fais bien allusion à Johnny, le mec qui continue à bouler la France entière, le Belge a qui on ne demande pas de s’intégrer et de prouver sa francité depuis la primaire à la fac en passant par le collège. Et moi rien que pour ça, je lui tire mon foulard phrygien !
Diam’s s’est convertie… et alors ?
20 octobre 2009 par Mariame
Classé dans A la une, Ce qui fait débat
A la mort de Michael Jackson (paix à son âme !), j’ai eu droit à un texto à pas d’heure. Et le lendemain, à un déjeuner en compagnie de ma bande (big up !) avec une copine qu’il a fallu consoler tout au long de la journée (c’est fou, je sais. Mais elle a aussi pleuré à la mort de Popi de Léo et Popi…). Après la publication des photos et de l’info concernant la conversion de Diam’s, j’ai également eu droit à un texto d’un numéro inconnu: « hey tu savé tu savé, Diam’s c converti a lislam (et Kamel lancien a 1 be-bar) ». La journée de la tétée !
12 octobre 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
- Qu’est-ce t’as fait de beau hier ?Le mouvement féministe des années 50/60 en France revendiquait l’émancipation de la femme, la maternité était considérée comme un esclavage où l’homme régnait en maître. L’allaitement c’était être asservie à l’homme mais aussi à l’enfant. Parallèlement, les pays de l’Europe du Nord ont connu des mouvements féministes aux antipodes des notres, leurs revendiquations tendaient notamment vers l’amélioration des conditions de l’allaitement maternel.
C’est un peu ça et les petites choses que ma maman m’a expliquée qui ont fait que j’ai voulu en parler (ou plutôt en rire). Autrement les bébés, la maternité, le lait… aaaaaaaaaaaah ! J’ai encore droit à ma boîte de Kinder Surprise hebdomadaire et à mon passeport Disneyland annuel. Faut pas déconner, chaque chose en son temps !
Pour une rentrée réussie !
11 septembre 2009 par Elue maman de l'année
Classé dans Célibat Mariage & Cie
Après deux longs mois de vacances, vos enfants reprennent le chemin de l’école. Eh oui, c’est la rentrée ! Une période souvent angoissante pour eux et très chargée pour vous. Comment la vivre en toute sérénité ?
Le mois de septembre est une période tendue pour toute la famille : reprise du travail, rentrée scolaire, inscription au club de sport… on a beau y être préparé chaque année, il faut tout de même quelques semaines à chacun pour trouver son rythme.
Pour vos enfants, la rentrée signifie reprendre un rythme normal, reprendre de bonnes habitudes, après le grand relâchement des vacances : adopter des heures fixes pour les repas et le coucher et se mettre au calme pour faire les devoirs. Cette hygiène de vie est essentielle pour l’enfant : elle lui permettra d’affronter la fatigue des premiers jours et de tenir le rythme tout au long de l’année. Quel que soit son âge, quel que soit son niveau scolaire, la rentrée est une étape importante dans la vie de chaque enfant et parfois une source d’inquiétude. C’est d’autant plus vrai pour les années charnières que sont l’entrée en maternelle, en CP, en 6e et en seconde.
Soyez très attentifs les premières semaines, posez-lui des questions sur sa journée, sur son déroulement… Rassurez-le si besoin. Bref, soyez à l’écoute et assurez-le de votre soutien et de votre présence. La plupart du temps, les craintes s’estompent assez vite, heureusement pour nous !
Spéciale « Mon premier Ramadan » sur Hijab and the city
31 août 2009 par La rédaction
Classé dans Spiritualités
Nous nous souvenons toutes et tous de notre premier jour de jeûne. Un jour à la fois éprouvant et excitant, parce-que l’on se retrouve à la table des adultes au moment du ftour et non plus avec les plus petits, on se sent grand et responsable. C’est un moment fort et inoubliable qui marque une nouvelle étape dans notre cheminement spirituel. On se sent alors plus croyant, on participe à une communion de foi et l’on en savoure les joies.
Hijab and the city vous propose aujourd’hui un dossier avec au sommaire :
- Le témoignage de Coralie, jeune convertie à l’Islam qui nous raconte son premier jour de jeûne
- Le premier jeûne de ma fille, par Karima Chahdi Bahou hypnothérapeute et praticienne en psychothérapie
Hijab and the city au 21ème Festival de photojournalisme à Perpignan
26 août 2009 par La rédaction
Classé dans Ce qui fait débat
Hijab and the city participera au 21ème Festival de photojournalisme « Visa pour l’image » à Perpignan, dans le cadre d’un débat organisé par le magazine ELLE le vendredi 4 septembre à 17 heures. La table ronde portera sur le port du voile intégral en France, et sera animée par Valérie Toranian, directrice de la rédaction ELLE. Parmi les invités :
- Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville
- Abdelwahab Meddeb, écrivain
- Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Droits de l’Homme
- Mariame Tighanimine, co-fondatrice du webzine féminin « hijabandthecity.com »
- Marie-Françoise Colombani, éditorialiste à ELLE
- Caroline Laurent-Simon, grand reporter à ELLE
Un été au musée : la Cité de l’immigration
30 juillet 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Cet été, je propose à toutes celles qui ne partent pas (ou qui sont déjà parties) d’occuper une petite partie de leur temps libre en visiter quelques lieux qui regorgent de culture avec un grand « C » (ha ha ha). Cela peut constituer des sorties enrichissantes pour certaines, amusantes pour moi, parfois horripilantes (toujours pour moi). Et en plus, c’est gratuit pour les moins de 26 ans !! Mais les tarifs pour les vieilles personnes âgées de 27 ans et plus restent néanmoins très raisonnables (hi hi hi).Vous l’aurez compris, je vous parle des musées et des monuments de notre belle France, et particulièrement de ceux qui se trouvent dans la capitale ! Il s’agira pour moi de vous en faire découvrir quelques-uns que j’aurai au préalable visité pour vous ! Et bien sûr, je vous ferai part de mon point de vue, et à la fin de l’été, on décernera ensemble la palme du « lieu le plus pourri » ou au contraire du « lieu le plus mieux que mieux ». Ce n’est pas français ? Tant pis ! L’essentiel, c’est que l’on puisse par la suite en discuter.
On commence cette aventure hatcienne (wouhouhou) de l’été avec : la Cité nationale de l’histoire de l’immigration !! Pourquoi ce lieu ? Tout simplement parce que j’ai toujours dit que je devais y aller, avec toutes les choses que j’ai pu entendre à son sujet. Et je n’ai pas été déçue ! Je ne vais pas vous faire une visite guidée du musée, c’est du déjà vu et surtout, aucun intérêt à vous décrire des objets, des images, des sons que vous pourrez observer et écouter en vous rendant sur place (c’est aussi le but de la chronique !!). Quoique parler de la muséographie aurait beaucoup d’intérêt, car c’est ce qui me pousse en grande partie à ne pas trop apprécier les musées. Mais pour vous très chères lectrices, j’irai partout !!
La Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), c’est un lieu lourdement symbolique qui est apparu dans un contexte politique bien particulier. C’est aussi un lieu bien précis : le Palais de la Porte Dorée construit en 1931 à l’occasion de l’exposition coloniale internationale devenu plus tard le Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie.
La CNHI, c’est surtout la consécration de l’idée suivante : l’immigration est une question que l’on doit traiter de manière particulière, tellement particulière qu’on n’hésite pas à mettre en exergue des portraits, des parcours d’hommes et de femmes issus donc de « l’immigration », photos, vidéos, objets (allant des sacs Tati du ché-mar aux tajines) à l’appui.
C’est également l’expression d’une production culturelle étatique. Et entre nous, ça sent un peu (beaucoup) l’ethnocentrisme !
Si je devais retenir une chose de ce lieu dans lequel, je vous l’avoue, je ne suis pas restée trop longtemps (une glace au spéculoos m’attendait), c’est bien « l’oeuvre » de Kader Attia !! Mon Dieu, les réactions autour de celle-ci étaient carrément dithyrambiques ! Son nom : La machine à rêves. C’est une « oeuvre » qui se trouve à l’entrée de l’exposition permanente et que dire… rien ne m’a jamais fait pareil effet (oui, même pas la multitude de « Khamssa » du Quai Branly. Mais ça, c’est une autre histoire qui fera l’objet d’une autre chronique !).
La machine à rêves, c’est une une installation composée d’un distributeur automatique et d’un mannequin portant un sweat, un foulard, un sac, un pantalon… tous griffés «Hallal» (notons au passage que « halal » ne s’écrit en réalité qu’avec un seul « l »). Nous baptiserons cette femme voilée Kadera ! Kadera est donc en face de cette fameuse Machine à rêves, dans laquelle se trouvent des choses complètement délirantes pour une femme voilée, cela va sans dire ! Parmi elles :
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un string « hallal » (grrrrr),
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des préservatifs « hallal » (j’en avais jamais vu d’aussi près, c’est fou !),
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du gin « hallal » (miam),
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un petit manuel rose intitulé Comment rencontrer le musulman charmant ? (Kamel Reeves, si tu me lis !)
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un autre manuel sur Comment perdre son accent de banlieue en trois jours ? (ouaaa ziiivaaa, je m’appelle Kadera !)
… et un tas d’autres choses carrément girly et so muslima en quête d’intégration ! Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à la base dans cette installation, on avait un « Kader » et non une « Kadera » mais que pour le musée, Kader Attia a proposé une version féminine tout aussi lourde de sens. On la trouve à l’entrée du musée, et je dois dire que le choc est assez fort en arrivant dans le couloir. Elle est posée comme ça, dans un coin. Elle met en scène des objets symboliques, une figure mythifiée, fantasmée. On peut lire à côté quelques explications quant au choix des mots, des objets, notamment motivé par une volonté de dénoncer un galvaudage du mot « halal », et de représenter le rêve d’intégration des jeunes filles issues de l’immigration. Mais ce n’est pas assez suffisant pour connaître les intentions de l’artiste (quoique si vous avez internet sur votre mobile, une petite recherche vous permet d’y voir un peu plus clair. Parce que l’audioguide…).
Un peu pensive et dubitative face à ce tout, une dame du musée s’approche pour dire tout en souriant : « Vous savez, l’artiste est musulman, il n’y a rien d’anti-musulman dans cette installation. D’ailleurs, mon ami est musulman. »
Face à autant d’attention, de sincérité et de préjugés, je me suis juste contentée d’émettre quelques réserves sur cette installation et tout ce que j’ai pu voir : l’intérêt historique, sociologique, anthropologique, politique, social et j’en passe de tout cela, le questionnement quant à la symbolique des mots et des choses, la muséographie et ses orientations (choix du découpage thématique selon l’origine ethnique, etc.), et de manière générale sur la raison d’être de ce musée.
Et puis direction le glacier en compagnie de mes deux acolytes préferées !! (avec une observation des comportements de consommation de certains touristes…).
Rendez-vous la semaine prochaine pour une autre chronique bouillon de culture (ha ha ha). D’ici là, faites-moi part de vos commentaires concernant ce fabuleux musée !! Et pour celles qui n’y sont pas encore allées, on ne peut juger que par soi-même !
Vacances : cherche maison à louer !
28 juillet 2009 par Khadija
Classé dans Ce qui fait débat
On n’est pas forcé de partir loin pour se détendre et passer de bonnes vacances. Les vacances ne riment pas toujours avec expatriation. On peut tout aussi bien se prélasser et décompresser, et à un coût intéressant, en louant une maison sympa, avec ou sans piscine, avec sa petite famille ou entre amis.
Le tout est de s’y prendre un peu tôt, quoiqu’en ce moment on peut dénicher de bonnes affaires à prix cassés, merci la crise !
Cela peut osciller entre 400 et 600 euros la semaine pour les petites trouvailles, et plus cher pour celles qui ont une bourse plus généreuse.
Et le dépaysement est garanti ! Le bruit des grillons, le parfum des orangers, les senteurs de Provence… C’est redécouvrir une France riche et généreuse, aux paysages pittoresques et authentiques.
Quelque soit la région, assurez-vous d’avoir du beau temps à la période voulue pour bien profiter de la piscine. Cependant, il vous est possible de louer une maison avec piscine couverte et chauffée, ce qui vous permet de vous évader même en hiver.
Au programme : bronzage, promenades et visites de sites, de quoi passer un bon séjour et se faire plaisir.
N’oubliez pas les souvenirs pour les copines : des calissons d’Aix ou encore un kouign amann de Bretagne qui raviront les malheureuses.
Voici quelques adresses où vous pourrez trouver de bons plans location. La liste n’est pas exhaustive, ce sont celles que j’ai testé !
Rencontre improbable avec Loubna Méliane
Quand on lui demande ce qu’elle a appris après dix années de militantisme, Loubna Méliane répond « que tout n’est pas tout blanc ou tout noir ». Très présente dans les médias et sur le terrain avant de mettre sa carrière entre parenthèses, cette jeune femme n’a eu de cesse d’articuler combats politiques et défits personnels. Parfois décriée pour ses prises de position, Loubna Méliane se révèle être aujourd’hui une jeune maman heureuse et épanouie, qui parle sans ambages du passé avec un regard tourné vers l’avenir. Portrait d’une femme de terrain qui retrace avec nous son parcours en toute sincérité.
On connaît toutes ton parcours de militante, de femme engagée. Mais si je devais retenir quelque chose dans tout ce que tu as pu faire, c’est ton livre, Vivre libre, où tu te dévoiles beaucoup.
Je me suis mise à nu, ça a été difficile, très dur même. Je considérais que c’était pas à moi de faire ça. En tant que militante, je mène des combats pour ma personne, mais aussi pour les autres. Pour moi, quand tu es militant, tu n’as pas à te dévoiler… Je pensais qu’il n’y avais aucun intérêt à dire qui j’étais, d’où je venais… Et avec les années, je me suis rendue compte que si, que c’était plus simple et plus facile de faire passer des messages quand on racontait une histoire. Le but n’était pas de raconter mon histoire pour raconter mon histoire, non ! C’était de montrer mon cheminement par rapport à mon histoire familiale, mon engagement et les rapports que j’ai pu avoir avec les uns et les autres. Le but était de montrer que finalement, on est que le produit d’une histoire. Ce qui m’a poussée du jour au lendemain à militer, c’est mon histoire familiale. Chez moi, les femmes ont toujours été indépendantes. Et pour moi, être une jeune femme, issue d’un quartier, qui va à l’école, qui est confrontée à des difficultés, avec différents handicaps… Pour moi, malgré tout ça, on a envie de s’en sortir, et on se donne les moyens. Bien sûr, on a du mal, on doit en faire plus que les autres. Mais voilà, je voulais montrer qu’on pouvait y arriver. Chacun mène la vie qu’il veut mener. Néanmoins, on vit dans un pays où on a le droit de revendiquer un certain nombre de choses, on a la possibilité de le faire dans le respect de l’autre.
C’était donc par nécessité purement militante que tu as écrit ce livre. Mais à côté, comme tu l’as dit, tu as dû te mettre à nu. Est-ce que c’était pour toi un exutoire, une thérapie ?
Non. Vraiment, je voyais plus ça comme un exercice militant. Y a eu un travail d’introspection, c’est évident, mais pas très poussé. Parce que l’objet du livre, c’était pas de raconter ma vie pour raconter ma vie, c’était de raconter mon engagement. Je n’essayais pas de régler des questions d’ordre personnel. C’est après que ça a déclenché d’autres choses. Je vis ma vie de femme, je suis mariée, j’ai une petite fille. Forcément, j’ai fini par me poser des questions sur qui je suis, d’où je viens, ce que j’ai envie de transmettre à mon enfant. Donc là oui, j’ai dû faire une réelle introspection, parce que je mène une vie qui fait qu’au bout d’un moment, j’ai du me poser des questions. Et il faut avoir le courage de se mettre devant un miroir et de se poser les bonnes questions. C’est vrai que ma fille, plus que le livre, m’a amenée à une véritable introspection.
Est-ce que tu peux nous en parler ? Parce que quand on voit, on entend Loubna Méliane, on t’associe directement à un parti, à un mouvement, à un groupe. La Loubna femme, maman, c’est certainement la plus intéressante.
Je vis comme n’importe quelle jeune femme en France. Je me suis posée pas mal de questions, à savoir si oui ou non j’étais capable d’assumer un mariage mixte, avoir un enfant, des questions auxquelles j’ai pu répondre grâce à la marche (Marche des femmes des quartiers pour l’égalité et contre les ghettos) qui m’a poussée à penser que je pouvais vivre égoïstement, penser à moi, vivre heureuse. Pourquoi me l’interdire ? Au nom de quoi ? Donc voilà, je me pose les mêmes questions que n’importe quelle jeune femme. Au départ, c’était simple de sortir avec lui, ça ne l’engageait à rien, et ça ne m’engageait à rien. C’est au fil des années, au fur et à mesure que le temps passe que tu te rends compte que tu t’installes dans une routine, que ça devient sérieux, que ça amène à autre chose, à construite quelque chose ensemble, à s’installer, à se marier… à avoir des enfants ! La marche, ça m’a permis de régler ça par exemple, des questions plutôt personnelles. J’étais amoureuse, je voulais donner une chance à cette histoire et aujourd’hui, je suis heureuse. Il n’est pas musulman, mais il n’empêche qu’il respecte qui je suis et ce que je suis. Juste pour te donner un exemple, pendant un moment, j’étais loin de ma famille, et c’était la période où j’avais eu ma fille, où je voulais qu’elle puisse découvrir ma famille, ma culture. La famille de mon mari est adorable, je les aime très fort, ce sont des gens extraordinaires, mais ils ne pouvaient pas lui apporter ça. Je le vivais mal, mais mon mari a été génial. Il a proposé de fêter l’aid, m’a dit que j’avais ma propre famille, qu’on pouvait le fêter ensemble. Et c’est la que j’ai sorti mes livres de recettes, que j’ai invité mes amis, qui n’étaient pas forcément musulmans, mais peu importe. Le but était de partager avec moi le repas de l’aid. Il n’était peut être pas parfait, mais voilà… Notre force, c’est d’accepter l’autre comme il est, sans lui demander de changer. Je ne lui demanderai pas de changer, et il ne me le demandera pas non plus. Après, d’autres questions se poseront quand ma fille sera plus grande et qu’elle devra faire son choix, mais elle le fera toute seule. Moi, je ne lui imposerai rien. Si elle veut devenir musulmane, je lui expliquerai ce que je sais, et en réalité, j’ai une conception assez personnelle de la religion. Je l’inviterai à lire, c’est ce que mon père m’a toujours appris, à aller chercher dans les livres, à se faire sa propre opinion. On pourra en discuter, c’est ce que je faisais avec mon père ; on a pas eu d’obligations ou autres avec lui, je veux faire la même chose avec ma fille. J’essaierai de l’aider au mieux, de lui donner des conseils. Je ne veux pas lui mettre la pression. Avec mon mari, on est plutôt des laïcs. On croit, en quelque chose, mais plutôt à des valeurs universelles, le respect, la tolérance…
Vous croyez en une humanité ?
Oui voilà. Chez moi il s’appelle Allah, chez lui Jésus. Mais s’il s’était appelé autrement, ça ne nous aurait pas posé de problème. Y a des piliers, on s’appuie dessus et ça s’arrête là ! On essaye, mais je sais qu’on aura des difficultés d’ici quelques années, quand ma fille grandira. J’appréhende parce que ce qui m’inquiète, c’est le repli communautaire qui existe, et qu’on ne peut pas nier. Un enfant issu du métissage, c’est compliqué. Savoir d’où l’on vient, qui on est… Si en plus, par dessus tout ça, les uns et les autres mettent leurs propres revendications pour essayer de s’en emparer, j’ai de quoi m’inquiéter ! Pour l’instant, elle est petite. Elle vit avec plein d’amour, mais j’ai peur pour elle. Elle est métisse, elle a une double culture, et l’extérieur peut être hostile pour elle.
Quelques soient les milieux, les groupes qu’elle sera amenée à fréquenter ?
Oui, tous milieux confondus ! On a encore du mal à accepter le multiculturalisme.
Par rapport a tout ce que tu dis, à la naissance de ta fille qui à l’air d’avoir changé ta vie tant sur le plan personnel qu’au niveau de tes combats de militante, on voit que ça t’as ouvert les yeux sur pas mal de chose, sur ta manière d’appréhender l’autre.
Les gens me connaissent depuis que j’ai 19 ans. Aujourd’hui, j’en ai 31, et je suis comme tout le monde. J’ai grandi, j’ai évolué, j’ai mûri. Je ne suis plus forcément dans la spontanéité, je suis désormais plus réfléchie. Les gens sont restés sur une image. Je ne dis pas que j’ai mis de l’eau dans mon vin, je dis juste que les choses se présentent à moi différemment. Je ne les vois plus de la même façon, ou en tout cas, j’essaye de regarder plus loin que le bout de mon nez, et d’arrêter de me laisser prendre par les émotions. J’essaie aussi de ne plus regarder les choses sous un prisme personnel, par rapport à ma propre histoire. J’ai appris que les gens n’ont pas la même histoire que moi. Ils sont différents, et ont des histoires différentes,
Les histoires sont différentes et rien n’est figé. Et par rapport à tout ce que tu as pu faire, est-ce qu’il y a des choses que tu ferais autrement ? Qu’est-ce que tout ton parcours t’as appris ?
Que tout n’est pas tout blanc ou tout noir, qu’il y a des nuances, que les choses sont compliquées. Je referais les choses de la même manière parce que c’était moi, à des moments particuliers. Je ne vais pas nier ce que je suis, je ne suis pas une autre personne. J’ai juste grandi ! Pour moi, les choses ne sont plus aussi simples. Il faut être capable d’analyser, d’écouter, de comprendre, et après d’avoir une opinion. Mais pas avant.
Y a pas très longtemps lors d’un débat, tu expliquais que tu assumais tout ce que tu avais pu faire jusqu’à aujourd’hui, mais qu’il y avait eu pas mal de récupération. Est-ce que tu parlais de Ni putes ni soumises que tu as fini par quitter ?
Non, on m’a gentiment demandé de partir.
Pour des question idéologiques, ou c’était plutôt des luttes de pouvoir ?
Un peu des deux. Je voulais pas faire de Npns un mouvement communautaire, pour moi ce n’était pas possible. La seule communauté à laquelle je veux bien appartenir, c’est la communauté française, la nation une et indivisible. Mais Fadela Amara a toujours voulu en faire un mouvement de beurettes, moi non. Parce qu’en plus, quand on a fait la marche, moi j’ai travaillé avec des femmes pas forcément issues de l’immigration, des quartiers ghettos. C’était des femmes qui avaient vécu les mêmes difficultés que nous, peut être pas aussi violentes, mais toutes aussi agressives.
Parce que pour toi, on porte toutes les mêmes stigmates ?
Oui, et c’est pour ça qu’il fallait un mouvement collectif. Le but était de créer une passerelle entre les féministes d’avant, et les femmes que nous sommes aujourd’hui. C’était un beau challenge que de remettre au goût du jour le féminisme, et surtout de l’expliquer. C’est pas une lutte des classes, une lutte entre les hommes et les femmes, non. C’est un combat de société pour permettre aux hommes et aux femmes de vivre ensemble, de trouver leur place . C’était la marche des femmes des quartiers contre les ghettos et ensuite pour l’égalité. Le féminisme est arrivé après. C’était avant tout un combat social pour moi, et au sens large. C’est en rencontrant des femmes, des féministes que je me suis dit que c’était important de renouer avec cette histoire, celle de notre pays. Finalement, Npns, c’est plus du tout ça ! Là, c’est des petites beurettes qui se mobilisent pour elles. Ça a créé beaucoup de tentions entre nous et les mecs, alors que sur la marche, pas du tout. C’est vrai que le slogan pouvait choquer… c’était de la provoc’, de la com’ quoi ! Je le dis et j’assume ! Il nous fallait un nom fort pour être visibles et entendues, mais ça ne voulait pas dire qu’on vivait en opposition avec nos frères et pères. Parce qu’eux aussi vivent les mêmes difficultés. C’était un combat pour nous, mais pour eux aussi. Et c’est pas ce qui en ressort aujourd’hui. Npns, c’est aussi une coquille vide, on ne propose rien. C’est bien beau de dire aux jeunes filles vous avez des droits, revendiquez-les… mais on leur donne pas les moyens, on ne leur propose pas d’alternatives, de solutions. Elles sont tombées dans une espèce de victimisation et moi, je ne suis pas une victime. Je ne me considère pas comme une victime. Et même celles qui ont subi les choses les plus difficiles et les plus atroces le disent. Là avec Npns, on est tombé dans le pathos. Après oui, c’est grave ce qui se passe, il y a des violences, mais c’est pas que ça. On ne peut pas se mobiliser uniquement la dessus. C’est réducteur, on tombe dans les clichés et en plus, ceux dont on veut se débarrasser. C’est une réalité que des femmes meurent sous les coups de leurs conjoints…
Mais celui-ci n’est pas forcément maghrébin ?
Tout à fait !
Donc pour toi Npns à l’origine, c’était un mouvement qui portait une lutte sociétale, quelques soient les origines ethniques, religieuses et sociales des uns et des autres ?
Y a qu’à regarder les statistiques, que tu sois une femme issue d’un milieu aisé, ou issue d’un milieu ouvrier, tu subis les mêmes violences. Les statistiques parlent.
C’est ce qui t’a dérangé ?
Oui, et par ailleurs, on m’a dit de partir avant d’exprimer quoique ce soit, de laisser la place à Fadela. Et à la rigueur, ça arrive, c’est de la politique. C’est pas ma façon de faire, mais bon…
Et qu’est-ce que tu as ressenti ?
J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre. C’est comme si on m’enlevait mon bébé. Je travaillais dessus depuis deux ans. Npns, c’était bien avant la mort de Sohane. Ce malheur a permis d’avoir un écho au niveau médiatique, mais le mouvement existait bien avant. Mais ça avait marqué tout le monde parce qu’avant, on en parlait pas à la télé. Et puis Npns, c’est devenu un mouvement réduisant son combat contre les violences physiques faites aux femmes des banlieues. Même si c’est une réalité, y a pas que ça. D’autres problèmes existent, économiques, politiques. Avoir une carrière politique pour une femme, c’est difficile. Concilier une carrière professionnelle et une vie de mère, ça l’est encore plus. Et puis envers les mecs, on avait beaucoup d’affection, parce qu’on se rendait compte que si notre situation se dégradait, c’est parce que la leur aussi se dégradait. On essayait de se battre pour nos frères, c’était un combat commun. Je ne me vois pas vivre à côté d’eux, mais avec eux. Et c’est vrai que c’est aussi intéressant de mener un combat féministe en tant que tel, avec des questions sur l’émancipation, l’égalité salariale, la lutte contre les violences conjugales et autres, la possibilité de faire évoluer les femmes, la question du rôle de l’Etat dans toutes ces problématiques… Bref, des questions d’actualité !
Et ton actualité à toi Loubna. Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?
Il a donc fallu faire le deuil de Npns, toutes les anciennes ont été virées. Faut savoir qu’aujourd’hui chez Npns et autour, toutes celles qui sont à l’origine du mouvement, elles ont toutes été virées, ou sont parties quand Fadela a rejoint le gouvernement Sarkozy.
Et qu’est-ce que tu as fait après ça ?
J’en avais marre que mon nom soit assimilé à des gens, à un parti … J’avais envie de me détacher de ça, de me prouver des choses, de me montrer que je pouvais voler de mes propres ailes. J’ai bossé en radio, une libre antenne. J’avais une émission en soirée, une fois par semaine, sorte de service public où on abordait avec les auditeurs des sujets d’actu, société, religion, racisme, sexualité, etc. J’invitais des experts, des artistes, des politiques. C’était très intéressant. Ça a duré deux ans, puis je suis tombée enceinte, je me suis occupée de ma fille, et le militantisme m’a manqué. En même temps, j’avais peur d’y retourner. J’ai pris pas mal de gamelles. Je pensais qu’on était une famille, qu’on militait dans la même direction. Mais c’est de la politique, c’est un autre monde. C’est une famille parce qu’il y a des convictions communes, des orientations semblables, des objectifs communs. Mais ce qui m’a mis hors de moi, c’est que certaines personnes sont là pour elles. Après, avoir de l’ambition c’est bien, j’en ai aussi, c’est pas vraiment le problème. Mais pas de coups bas. J’ai un petit espoir, je crois que ma génération veut rompre avec ces façons de faire de la politique. Je suis persuadée qu’il faut arriver à travailler main dans la main. J’ai envie de faire de la politique différemment. On verra, l’avenir nous le dira ! J’ai donc beaucoup réfléchi, j’ai pris beaucoup de recul. Et j’ai constaté que j’avais besoin du militantisme ! C’est dur, mais j’ai décidé d’aller jusqu’au bout. Je bosse aujourd’hui pour la Fédération nationale des maisons des potes. Je suis la rédac’ chef adjointe du journal Pote à pote. J’écris des articles, je rencontre des gens. Ça me permet de réfléchir à des problématiques que je n’ai plus abordé depuis longtemps. Ça me permet aussi de voir d’autres choses, de ne pas être sur le même créneau qu’avant, de réintégrer le terrain. Mais je ne me mets pas en avant, je veux continuer à militer, à faire de la politique petit à petit, mais tout en ayant un ancrage associatif. Je pense que les années à venir, on fera de la politique différemment. J’ai l’espoir qu’une société civile va émerger, qu’elle va reprendre le flambeau, que ce sera différent.
Un petit mot pour les lectrices de Hijab and the city ?
Je voudrais seulement leur dire qu’on doit mener ensemble un combat qui nous concerne toutes, et non pas les unes contre les autres. Parce que sinon, on avancera pas, et ce serait vraiment dommage. Et je vous encourage aussi dans votre initiative de prendre et donner la parole, c’est très important et intéressant ! Bonne continuation à toutes.
Photo : Loubna Meliane, juillet 2009 à Paris – Hijab and the city
Niqab : une femme qui le porte témoigne
24 juin 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
Parce qu’il faut rompre avec les préjugés et que le respect des différences est primordial, Hijab and the city est allé à la rencontre de Sanaa, une bretonne convertie à l’Islam qui porte le niqab depuis quelques années. Hijab and the city lui donne la parole aujourd’hui, une parole qu’on lui confisque souvent pour mieux la fustiger.
Peux- tu te présenter aux lectrices ?
Je m’appelle Sanaa, j’ai 28 ans. Je me suis convertie à l’Islam alors que j’étais à l’université, en psychologie. J’ai reçu une éducation religieuse, et durant ma scolarité j’ai fréquenté une école tenue par les bonnes sœurs. C’est au lycée public que j’ai fait la connaissance d’une jeune fille d’origine marocaine, chez qui j’allais souvent pendant le Ramadan pour partager le repas d’el iftar. J’ai aimé l’hospitalité dont faisait preuve ses parents, le respect des valeurs familiales et le fait que son père nous encourageait à étudier, à être économe… il y avait aussi cette notion de pudeur même autour de la table alors que chez moi on se gênait pas d’être vulgaire, de parler de sujets indécents. Bizarrement, ma famille n’était pas pratiquante et elle m’a pourtant envoyée chez les nones (rires) !
Comment as tu évolué sur un plan spirituel ?
J’ai d’abord commencé par la prière avant même de me convertir. J’avais des petits bouts de papier avec moi pendant la prière (rires) !
Et tu as commencé par porter un hijab ?
Oui. J’avais très envie de le porter mais je craignais la réaction de ma mère. Mes parents savaient que je priais. Alors, j’ai commencé par porter des bonnets l’hiver, ça tombait bien ! Et puis je l’ai finalement mis. Je le portais très colorés avec du rouge, des fleurs… je l’accordais à mes vêtements. Et j’ai trouvé le jilbeb (long voile) hyper classe ! Je le portais avec des gandouras amples (robes traditionnelles marocaines).
C’est donc parce qu’il était « classe » que tu l’as adopté ?
Oui, et surtout plus pratique que le hijab. C’est une seule pièce à enfiler avec un bandeau alors que le hijab c’est plus compliqué avec les épingles.
Comment ce changement a t-il été perçu par ton entourage ?
Dans mon entourage, une femme qui porte le hijab est une femme analphabète, battue et opprimée, mais comme je le portais alors que je n’étais pas mariée ma mère m’a dit qu’elle me trouvait plus gaie, que je n’étais plus dans l’excès sur un plan financier et que j’étais plus raisonnable.
Et le niqab, quand t’es tu décidée à le porter ?
Pas trop longtemps après. La première fois que je l’ai porté je suis allée faire des courses en grande surface, et ça s’est bien passé.
Et pourquoi le porter ?
Parce que j’avais envie. Chacun son choix, chacun fait ce qu’il veut et à la hauteur de ce qu’il peut.
Et le regard des gens ?
Je le vis très mal. Je croise des gens gentils et d’autres vraiment odieux. On me dit souvent retourne chez toi, mais ce qu’ils ne comprennent et ce qui m’agace, c’est que je suis dans mon pays ! J’en ai assez qu’on me prenne pour une arabe alors que je suis un pur produit de cette société !
Et par rapport à ceux qui pensent que tu fais fi de ta féminité ?
Je suis une femme comme les autres, je vis comme les autres. J’aime les parfums, le maquillage, les sous-vêtements, les décolletés, les bijoux…
Comment ressens tu toute cette polémique autour d’un éventuelle loi interdisant le port de la burqa ?
Ils confondent tout et ne savent rien. Ce n’est pas une burqa que je porte c’est un niqab. On est pas en Afghanistan ! Ce sont deux contextes qu’on transpose mais qui sont totalement différents. Depuis que je me suis convertie, je suis super déçue. Les français sont très intolérants en réalité. Ils me prennent pour une analphabète. Tant qu’on ne désobéit pas aux lois, où est le problème ? C’est scandaleux ! Cette loi est illogique, on a des plages de nudistes qui existent et à côté on veut interdire à celles qui veulent se couvrir entièrement de le faire, chacun fait ce qu’il veut ! C’est vrai qu’il y a des gens qui sont extrêmes, qui ont des idées terroristes, mais tout le monde n’est pas pareil. A ce moment là tous les curés sont pédophiles, il faut arrêter de généraliser.
Quel message souhaiterais-tu transmettre ?
Laissez nous tranquille, tant qu’on ne fait pas de mal. Qu’on nous laisse vivre. Je n’influe pas dans la vie des gens, alors qu’on agisse de la même façon avec moi. On est comme tout le monde, on consomme comme tout le monde, on vit comme tout le monde, c’est notre foi qui diffère.
Que penses tu de l’expression « prison ambulante » pour qualifier ton niqab ?
On dit que l’on est des femmes opprimées mais en réalité ce sont les gens de l’extérieur qui nous oppriment, qui nous insultent. Si on est sensées être opprimées, alors pourquoi en rajouter ? Pourquoi ne pas nous aider au lieu de nous montrer du doigt ? Il faut que les gens se cultivent, il faut qu’ils viennent nous parler.
Tu préfèrerais qu’ils viennent vers toi ?
Je préfère qu’on me parle, qu’on m’interroge. Je suis opprimée par les gens à l’extérieur. Je suis malheureuse parce que les gens me maltraitent dans le rue. Ma religion ne m’opprime pas !
Comment te projettes tu par rapport à tout ce débat ?
Si quelqu’un peut me faire un don afin que je puisse partir plus vite d’ici, je le ferai.
Merci Sanaa.
Rokhaya Diallo : une Française (pas) comme les autres
Prenez une femme, prêtez lui des qualités comme la perspicacité, le talent, le dynamisme, l’humour et la bellegossité (ha !). Qu’est-ce que ça donne dans la réalité ? Rokhaya Diallo ! Hijab and the city est allé à la rencontre de cette parisienne de 31 ans qui est à l’origine de l’association Les Indivisibles, qu’elle préside depuis maintenant deux ans.
J’aime bien les gens sympathiques et intéressants. Et c’est sans hésiter dans cette catégorie là que je placerai Rokhaya qui a eu la gentillesse de déjeuner avec moi tout en répondant à mes questions dans un petit coin bien animé de Paris. Rencontre donc avec une femme comme on les aime.

M : Rokhaya les Indivisibles en quelques mots, qu’est-ce que c’est ?
R. D : C’est une association qui a pour objet la déconstruction des préjugés ethno-raciaux en utilisant l’humour. Il s’agit des préjugés qui nient le fait que certains Français soient de vrais Français en raison de leur couleur de peau, de leur apparence physique, qui dénigrent l’appartenance de Français à l’identité française sachant qu’on est pas là pour donner une valeur particulière à cette identité française en disant que c’est très bien. On part juste d’un constat, et de personnes qui ont des points communs et pourtant pas la même tête.
M : Les indivisibles, dans les faits, ça se traduit comment ?
R. D : A la base, les Indivisibles c’est un blog mis en ligne avec une charte qui constitue la pierre angulaire de notre action et de notre réflexion. Puis sont venus les dessins animés.
M : Les Individéos ?
R. D : tout à fait, les Individéos, deux dans un premier temps. On a des personnes qui nous aident et participent à la réalisation de ces vidéos, au doublage… les scénettes, ce sont les Indivisibles qui les écrivent. Parallèlement, on effectue un travail de veille par rapport aux médias, on surveille les propos des personnalités notamment politiques qui ont pignon sur rue, et qui tiennent des discours porteurs de préjugés, différentialistes, sans jamais connaître la contradiction, l’opposition. On assiste à une banalisation du discours raciste depuis le début des années 2000 : les propos islamophobes, l’arrivée de Sarkozy à l’Intérieur, les banlieues, la loi contre le foulard… L’idée est de tout répertorier et d’essayer de faire pression sur les individus qui en sont les auteurs et de faire en sorte que les personnes visées par ces propos marquent leur place au sein de la société civile, prouver qu’on ne peut pas dire n’importe quoi en toute impunité. On n’a pas le droit de tenir des propos homophobes, ce qui est normal. C’est pareil pour les musulmans, les noirs, les arabes, les asiatiques, etc. Le premier travail que nous faisons est un travail de vigilance, et à côté on créé des contenus originaux et rigolos, dont les Individéos mais aussi des romans photos en partenariat avec des magazines, etc., et un tas de choses que l’on peut diffuser, partager. On a pu diffuser des vidéos dans une école de commerce lors d’un cours sur les discriminations, mais aussi dans une université. On propose du contenu à mettre à disposition de tous, afin de sensibiliser le plus grand nombre.
M : En somme, des petits guides ?
R.D : C’est un peu ça, mais sans tomber dans la posture de juge, de garant de la bonne pensée. Le but, c’est vraiment de réfléchir, de discuter, de prendre le temps de créer le débat. Par la suite, on a commencé à faire des interventions, notamment dans la fac de St Denis, lors d’un cours de sociologie. Puis à mettre en place des partenariats avec des associations. Y a vraiment beaucoup de choses à faire, on est bénévole et on essaye de s’investir un maximum.
M : J’ai adoré l’Individéo qui mettait en scène les deux copines, l’une arabe qui écoute du Brassens et l’autre noire qui trouve ça fou qu’elle écoute ce type de musique du fait de son origine et que logiquement elle devrait écouter du raï, avec à la fin la phrase qui indique que personne n’a le monopole des préjugés… Vous luttez contre le racisme en général, mais vous dénoncez aussi le fait que tout le monde est porteur de préjugés, même les personnes qui sont habituellement victimes de ces préjugés (vidéos disponible à la fin de l’article).
R. D : Oui, on peut être à la fois victime et porteur de préjugés. C’est normal, on vit dans la même société, on est empreint des même préjugés. Cette animation montre l’absurdité des préjugés. On nous demande souvent de critiquer le racisme anti-blanc, mais on est conscient qu’il existe un racisme dominant qui empêche un certain nombre de personnes d’accéder à un certain nombre de choses, aux différents champs de la société. Par ailleurs, on est conscient qu’on est tous sujets à ces préjugés, et que tout le monde doit effectivement se dépolluer l’esprit, pour reprendre l’expression d’une Indivisible. Ce qui est important, c’est qu’il faut remettre tous les préjugés en cause.
M : D’une certaine manière, le fait que l’on soit tous porteurs de préjugés montre que nous avons tous les mêmes codes, la même culture…
R.D : Oui, et de toute façon on est tous Français ! On a grandi dans le même espace. Moi je sais qui est Dorothée. Si tu vas voir un noir Américain et que je lui demande s’il la connait, il va te regarder avec de gros yeux, il ne saura pas de qui je parle et pourtant, il est noir comme moi. On sait qu’il y a des choses qui nous parlent en tant que Français, ayant grandi dans tel espace temporel. Il y a des liens de l’ordre du générationnel qui dépassent complètement les dimensions ethniques et religieuses. C’est sûr qu’entre musulmans du monde par exemple, il peut y avoir des liens. Mais l’idée qu’on ait aussi une culture française n’est pas antinomique avec le fait de parler une langue, d’avoir une autre nationalité, d’avoir une religion qui n’est pas majoritaire, d’avoir un prénom qui ne sonne pas terroir…
M : Le prénom… ça me rappelle ta confrontation avec Zemmour qui t’avais reproché de ne pas avoir un prénom bien franco-français. Alors, t’as changé de prénom depuis ? Tu t’appelles Isabelle maintenant ?
R. D : (rires) C’est en cours effectivement. J’ai fini par prendre conscience de ma bizarrerie ! (rires)
M : Mais moi-même je me suis posée la question, si je m’étais appelée Marianne et non Mariame, ça aurait changé quelque chose ?
R. D : Sur le papier probablement (rires). Encore que Mariame, avec la racine Marie… ça passe bien ! Effectivement, si je m’étais appelé Jocelyne, je pense que je serais quand même noire. Mais c’est stupide parce que Nicolas, c’est germanique, pourtant c’est le prénom du président de la République. Carla… pas trop français non plus. Donc je pense qu’à ce stade, on peut tout à fait décider qu’à un moment, je ne sais pas en quelle année, tous ceux venus ou nés après cette date ne sont pas vraiment français, ou n’ont pas des prénoms latins, nordiques, pas vraiment francs. Je pense que l’identité française s’enrichit des vagues d’immigration. Je m’appelle Diallo, et c’est un nom extrêmement répandu, et je pense qu’il y a plus de Diallo que de Zemmour en France ! (rires)
M : Et toc ! Bravo, je constate que t’es vraiment attachée à ta francité !
R. D : disons que je n’y serai pas autant attachée si on ne l’avait pas autant remise en cause. Je pense que la plupart des Français n’attachent pas particulièrement d’importance au fait qu’il le soit. Mais on m’a tellement obligée à me justifier que du coup, je me suis retrouvée dans une position ou j’ai dû l’affirmer parfois, sans lui accorder une valeur particulière. Il y a une valeur affective, parce que j’ai appris à marcher dans les rues de Paris… en dehors de ça, je ne crois pas être plus Française que Sénégalaise, ce n’est pas mieux ou moins bien. Ce qui est important, c’est de savoir qu’avec ma tête et mon nom, je suis parfaitement française, ça n’enlève rien à ma francité, elle n’a pas moins de valeur que celle d’un Français depuis 10 générations. C’est plutôt en termes d’information politique vraiment, plutôt la posture de la personne à qui on nie sa francité. Ça n’empêche pas que je me sente de plusieurs cultures, de plusieurs identités et que voilà, je suis Française, mais ce n’est pas plus important pour moi que d’être une femme ou autre, d’avoir la peau sombre, les cheveux crépus… Il m’est arrivé d’être agacée notamment quand une enseignante m’a dit qu’elle avait beaucoup d’élèves avec des origines diverses, et que ça l’énervait qu’ils lui disent qu’ils étaient maliens, marocains, algériens… elle aurait aimé qu’ils soient Français avant tout. Me concernant, ce n’est pas quelque chose que je mets en avant. L’idée n’est pas d’imposer aux gens qui ont éventuellement plusieurs nationalités une francité qui dominerait toutes les autres. Il ne faut pas nier leur identité. Je suis née ici, j’ai grandi ici, j’ai la nationalité française, donc je suis Française. C’est purement factuel, je sais que si j’avais été née 10 ans plus tard, je ne serais pas Française aujourd’hui, peut être même que je n’aurais été personne… Quand on dit Indivisible, « Français, sans commentaire ! » ça veut dire pas de commentaires de la part des autres, nous après on peut commenter. Sans les commentaires imposés de l’extérieur. A quoi ça sert de parler de quelqu’un en disant untel d’origine machin, à quoi ça sert ? Ca ne fait que stigmatiser la personne, ça ne donne pas plus d’infos que ça !
M : Sur Hijab and the city, on a abordé toutes ces questions d’identité, de francité, de discriminations… beaucoup de lectrices révèlent qu’elles ne se sentent pas chez elles, voilées ou non d’ailleurs. Elles ressentent un rejet de la part de la société et de ces différentes sphères, elles sont stigmatisées, on les présente comme étant tantôt des musulmanes, étendards de l’Islam, tantôt des beurettes. Certaines pensent à s’expatrier, à aller voir ailleurs. Qu’en penses-tu ?
R. D : Je les comprends, mais à un point ! Mais ça m’attriste de voir des gens, qui devraient être finalement ici, se sentir obligés de partir parce qu’on leur fait sentir qu’ils ne font pas partie d’un tout. En même temps, l’envie de partir ne m’a jamais effleurée l’esprit, parce que je suis attachée à la France pour des raisons familiales, amicales. Et j’ai envie de rester pour transformer le regard des gens sur les Français qui n’ont pas vraiment l’air Français, et moi je pense qu’il faut rester là pour lutter ! Après, je ne vais pas demander à tout le monde de le faire, lutter 40 ans sans avoir de résultats, mener une cause qui peut être n’aboutira pas à des évolutions… Ce qui rend les gens d’extrême droite notamment hystériques, c’est qu’on leur dise je suis Française, et pas de commentaires ! Tu vois cette façon décomplexée, affirmative de dire on est chez nous, et Sarkozy t’es pas notre chef, mais un représentant. Enfin voilà y a pas de négociations, c’est un fait ! Enfin voilà, je pense que si les gens partent et arrivent à trouver des ressources pour lutter contre ça, c’est un combat de gagné ! Mais ça me fait de la peine que des personnes avec des diversités de parcours, de points de vue s’expatrient. En plus, ce sont généralement des individus qui ont énormément de compétences qui sont niées, et c’est très dur !
M : Tu as parlé d’extrême droite, de Sarkozy. Et la gauche dans tout ça ? Est-ce qu’il existe un racisme à gauche ou de gauche ? Et si oui, est-il moins pire ou est-ce que c’est la même chose ?
R. D : Oui bien sur, le racisme n’est pas propre à certains groupes, on le retrouve partout. Il n’est pas l’apanage de la droite ou de l’extrême droite. Georges Frêche est de gauche, et pourtant ! On assiste à une banalisation du discours raciste.
M : Politiquement, est-ce qu’il s’agit d’un racisme plus dangereux ? A gauche on a un racisme plutôt latent, une culture de l’exotisme…
R. D : oui effectivement, on a une culture de l’exotisme, un esprit « je ne suis pas raciste, je travaille avec des noirs », « comment tu t’habilles chez toi, tu mets des pagnes ? J’adore l’Afrique ! ». A gauche comme à droite, il existe un racisme bienveillant, des personnes qui te prêtent des qualités en raison de ton origine. Si tu es asiatiques, tu es forcément bon en maths, si tu es noir, tu as la danse dan la peau…
M : Et tu cours vite !
R. D : Faut lutter contre ça. Si tous les noirs sont de bons danseurs et de bons sportifs, c’est ensuite pour dire que les blancs sont de bons hommes politique et de bons chefs d’entreprise, un peu comme les femmes sont sensibles et les hommes plus forts… ça contribue à enfermer des gens dans des rôles. Et d’autres seraient porteurs d’universel ? Y a donc ce petit côté « gentil », je fais des compliments, alors qu’à côté on voit en toi le côté exotique, on te demande d’où tu viens, on n’arrive pas à te considérer comme un semblable, on te demande constamment c’est comment chez toi, ton pays… Alors tu leur dis je suis de la même ville que toi, j’ai fréquenté le même lycée, et j’ai pas grand-chose à dire sur ce pays dont tu me parles. Je l’ai même jamais vu de ma vie, à par mon visage et mon nom, rien ne te dit que je le connaisse. Je n’ai rien raconté, arrête de présumer de mes origines et de ma culture. Et puis la gauche… elle a des responsabilités assez évidentes en terme de représentation, et de récompense dans le militantisme. On a bien vu les carrières des gens issus de l’immigration ou de l’esclavage, par rapport à leurs congénères à la peau plus claire.
M : Qu’est-ce tu penses de Rama Yade et de Rachida Dati, et notamment de leur nomination ?
R.D : Leur nomination… Il y a beaucoup de commentaires autour de leur nomination. Les journalistes parlaient de la taille, de la beauté de Rama Yade… c’était insupportable ! C’est une femme politique, un ministre de la République et voilà ! On doit la juger non sur ce qu’elle est mais sur ce qu’elle fait, alors après l’instrumentaliser… moi ça me dégoute cette image de belles femmes, qui s’habillent bien, qui passent bien. Elles ont tout à fait leur place dans le gouvernement, Dati est un très bon soldat, ça prouve aussi qu’il y a à droite des gens de tous bords ! Finalement, l’idée est de montrer que les méchants ne sont pas forcément tous les mêmes, pas forcément des hommes blancs. Il y a aussi des personnes qu’on pourrait croire de gauche, comme porteur de valeurs telles que la solidarité qui sont en fait de droite. Finalement, ça humanise un peu le noir, l’arabe qui peut lui aussi être méchant. Tout va bien, on n’est pas complètement conditionné par son origine.
M : le plus handicapant, c’est d’être femme ou d’être noire ?
R. D : les handicaps se conjuguent. Je pense que si j’avais été un homme noir, je n’aurais pas la même vie. Je vois mon frère, c’est un grand noir, imposant, il porte en lui quelque chose d’inquiétant.
M : Il est vigile ? Blague de facho, je te le concède !
R. D : Il aurait pu ! (rires) Etre une jeune femme noire de même qu’être une femme d’origine maghrébine, avec le cliché de la beurette super répandue qui a du mal à s’en sortir avec son père violent et son frère oppresseur.
M : J’ai vu que vous aviez relayé la pétition de soutien à la doctorante voilée qui a été virée 7 mois avant sa soutenance ?
R. D : ça me révolte, j’ai vraiment honte ! Comment dans un pays comme celui-ci, on choisit d’exclure les gens soit disant parce qu’ils font du prosélytisme ? On invoque des raisons tirées par les cheveux ! Je trouve que c’est normal de relayer ça. J’estime que ce qu’on a gagné dans le féminisme, c’est le droit pour chaque femme de se vêtir comme elle l’entend. On n’a pas une mode universelle, dans un pays où l’on dénude le corps des femmes pour vendre n’importe quoi. Et on ne va pas chercher ces femmes là pour leur dire d’arrêter. Le féminisme à sens unique, moi ça me révulse. Avec la loi contre le voile, ce que j’ai vu, ce que j’ai pu entendre comme arguments… on peut vraiment faire dire n’importe quoi à la République !
M : Revenons-en aux Indivisibles. Tu peux me parler des militants de l’assos, de leur profil ?
R. D : Ce qui est cool, c’est qu’il y a beaucoup de gens différents, à par au niveau de l’âge, on est globalement assez jeunes. Au départ, il n’y avait que des personnes de mon entourage.
M : Et en ce qui concerne les profils sociaux ?
R. D : C’est super différent : Il y a des artistes, des informaticiens, des producteurs, des profs, des travailleurs sociaux, c’est très varié ! Et c’est quelque chose que je trouve vraiment bien. Du coup, on rencontre des gens qu’on n’aurait jamais rencontrés dans la vraie vie, et ce qui est génial par rapport à d’autres associations, c’est que mes motivations ne sont pas carriéristes et notamment politique. Je ne dis pas que c’est mal, le milieu associatif peut être un tremplin vers d’autres milieux ; Mais quand c’est comme ça dès le départ, je trouve que ça biaise l’action militante et du coup, on se retrouve avec des gens qui ne sont pas intéressés par l’objet même de l’association. On n’est pas des militants pro, on est la pour faire avancer les choses, et on est vraiment dans quelque chose d’assez sain, d’assez rare. C’est pas les Indivisibles qui vont nous faire manger, ça donne un rapport assez serein au militantisme.
M : Donc niveau crédibilité pour toi, ça joue ?
R. D : C’est important effectivement, on n’est pas lié au pouvoir. On se veut un peu subversif, avec un vrai questionnement sur la France, sans donner de modèle ou de mode d’emploi sur comment être un bon français : s’habiller comme ca, parler comme ca, remercier la République, non ! O a bien compris que non, on ne vivrait pas dans une case sans la France, moi ca me fatigue, j’ai aucune reconnaissance particulière à formuler. Sinon, tout le monde devrait être reconnaissant, des gens ce sont battus avant nous pour construire ce pays. Tout le monde devrait être reconnaissant au même degré a l’égard des révolutionnaires, des communards … Surtout pas de reconnaissances parce que sous-entendu, si j’étais née ailleurs je serai dans une case, avec un mari polygame.
M : Tu parles de revendications, que penses-tu des Indigènes de la République ?
R. D : J’ai signé l’appel, j’ai fait quelques manifestations, j’avais filé un coup de main. Moi je suis solidaire. Je ne peux pas dire que je suis d’accord sur tout, notamment sur la forme, mais voilà, on est sur le même bateau ! Je sais que les journalistes essayent de nous opposer avec d’un côté les méchants et de l’autre les gentils…
M : C’est d’ailleurs pour ça que je te pose la question…
R. D : Nous on est pas là pour dire qu’on est les gentils et eux les méchants. Moi je considère que ce ne sont vraiment pas les ennemis et ce n’est sûrement pas moi qui vais décrier les Indigènes de la République. Ils ont le mérite d’avoir ouvert le débat sur le post colonialisme et voila, avec le contexte dans lequel tout ce discours s’est développé, ils sont dans une vérité. Moi je refuse cette opposition entre d’un coté les méchants énervés et de l’autre les gentils rigolos avec leurs dessins animés. Nos combats ne sont pas antinomiques.
M : Par rapport à des pays comme les Etats-Unis, est-ce que la France à des TGV de retard concernant les combats comme ceux que tu mènes ?
Sur le discours c’est sûr, j’ai été aux Etats-Unis la semaine dernière pour assister à un séminaire sur ces questions là, et je parlais avec une prof de là-bas, qui me disait qu’aux USA ces questions étaient très importantes, que si chez eux on était en 2009 par rapport à ces problématiques, en Angleterre on est dans les années 90 et en France dans les années 80. Et là, tu prends une claque. On peut pas le nier, je parlais avec la personne qui m’a invité des propos de Jean-Claude Narcy lors de l’investiture d’Obama et la même semaine en Angleterre, la fille de Margaret Thatcher a tenu en off des propos plus que déplacés sur Jo Wilfried Tsonga en le comparant à une poupée qui se vend en Angleterre, et elle s’est fait virer sur le champ alors qu’elle a tenu ces mots en off et qu’il s’agit de la fille de Thatcher ! Et quand ça se passe la même semaine que Narcy (qui a déclaré pendant qu’Aretha Franklin chantait à l’investiture d’Obama qu’ «on devait chanter comme ça dans les champs de coton!»… Je ne veux pas qu’il soit viré ce pauvre monsieur, mais au moins qu’on dise quelque chose ! Mais non, personne n’a réagi. Effectivement, je pense que le vrai travail a été fait sur le discours et la représentation publique dans les pays anglo-saxons. Tu as des gens qui ont des rôles un peu partout dans la société, mais tout n’est pas rose non plus ! Quand tu vois des séries comme Friends ou Sex and the city, des séries de blancs, où des noirs apparaissent et de manière assez stigmatisante. Tout n’est pas rose, mais nous dans la représentation, on est quand même bien loin. Et c’est vrai qu’aujourd’hui tout le monde a l’impression, on nous accuse d’être dans la paranoïa. Mais moi quand j’allume la télé, c’est pas pour me faire insulter, je paye ma redevance et c’est pas pour que des gens disent que j’appartiens à la race noir. On est des citoyens, on paye nos impôts, y a pas de raisons qu’on puisse ne pas avoir de recours. Bon après oui et non, aux USA le mariage mixte est assez marginal. En France, ça bloque plus au niveau des élites, mais globalement les gens se mélangent plus facilement pour se marier, se fréquenter là où aux USA me semble-t-il les groupes sont plus scindés. Mais avec leurs élites, ils ont des victoires que nous n’avons pas !
M : Effectivement, au niveau de l’élite intellectuelle, au niveau académique, les travaux sur les postcolonial studies, les subaltern studies… c’est bien dans les universités américaines que ce sont développés ces courants ? Et pourtant, leurs inspirations sont françaises ?
R. D : Oui, tout à fait. D’ailleurs quand j’étais aux USA, le séminaire en question était organisé par une brillante universitaire, Maboula Soumahoro, qui a été prise en charge par la France durant ses études et qui a atterri à Columbia. Son savoir, ses compétences, elle les transmet aux étudiants américains, et non en en France. Ces cours portent sur la diaspora noire dans une des meilleures universités des Etats-Unis et du monde. En France, ces cours là, notre combat, nos interventions, on les fait à la fac de St Denis, pas a la Sorbonne. Et on n’est pas accueilli par n’importe qui. C’est un prof engagé et militant qui est à l’origine de ce genre d’initiative.
M : Un petit mot pour les lectrices de Hijab and the city Rokhaya ?
R. D : Je voulais féliciter l’initiative. C’est vraiment génial, je trouve ça hyper bien !
M : ça fait plais’ Rokhaya, ça fait plais’ !!
R. D : Vraiment, le nom est drôle, audacieux. On présente sur le site des femmes ignorées, regardées avec condescendance. Je trouve qu’à travers toi, ou d’autres filles, on donne une image variée de ce que peut être une femme française aujourd’hui. Les lecteurs, je les encourage à lire le magazine en ligne, à le populariser. C’est un très beau projet, vous avez tout à fait votre place dans l’espace des magazines, vraiment bravo !
M : Eh bien ! Merci Rokhaya.
Photo : Pierre-Emmanuel Rastoin
Oumma pour elle, épisode 15 : musulmane et engagée
10 mai 2009 par La rédaction
Classé dans Ce qui fait débat
Comment je me suis convertie
8 mai 2009 par Maria
Classé dans Elles parlent d'elles
Beaucoup d’entre vous ont apprécié le portrait de la douce Amandine, cette jeune convertie qui a partagé son histoire et ouvert son cœur. Aujourd’hui, c’est au tour de Maria, fidèle lectrice de Hijab and the city, de nous faire part de son parcours et de son ressenti en tant que musulmane (re)convertie. Bien sûr, à chacune son histoire. Et c’est à travers un témoignage que Maria nous fait part de la sienne. Pas de portrait donc, mais plutôt un autoportrait que nous offre cette femme qui, avec pudeur et grandeur, nous livre les grandes lignes de sa nouvelle vie.
La première fois que j’ai entendu dans la nuit el adhan, j’étais foudroyée par un sentiment indicible. Nous étions en été, je dormais sur la terrasse tellement la nuit était chaude. Et, soudain, avant l’aube, j’ai été réveillée par l’appel à la prière. Le lendemain j’étais pensive. Quelque chose changeait en moi mais je ne le savais pas encore. Je n’étais pas du tout une touriste. Non. Je me sentais chez moi dans ce pays que je ne connaissais pas auparavant et qui me semblait si familier. Mais j’étais encore dans un ailleurs, un peu sourde un peu aveugle, encore imprégnée d’urbanité parisienne, et de tant de concepts tenus pour sûrs que j’allais devoir réviser en détail ! A la fin de l’été j’étais devenue un peu plus modeste, plus pudique. Mais je ne savais toujours pas pourquoi. De retour sur Paris, au mois de septembre le mois de Ramadan commençait. Quelqu’un que je connaissais le faisait discrètement et j’ai décidé de le faire aussi. A la radio, le soir, j’écoutais le Coran juste avant el iftar. Puis je savourais des dattes et du lait caillé en prononçant la Basmala. On avait eu la patience de m’écrire en phonétique cette prière, puis toutes les prières, la Fatiha, la Sourate Al Ikhlas. Petit à petit j’ai commencé à faire mes prières. On m’a offert un petit livre qui m’apprenait les ablutions, quelques autres Sourates, les Piliers de l’Islam. Jamais un mois de septembre ne m’a semblé aussi merveilleux ! Je dormais peu, je ne mangeais et ne buvais que la nuit, je priais et j’étais pleine d’entrain, de bonheur. En octobre j’ai reçu en cadeau mon premier Coran.
J’ai voulu connaître un peu mieux l’Islam. J’ai découvert un cours les dimanches après-midi à la Mosquée. J’avais toujours cru en Dieu depuis toute petite. Jamais je n’avais cessé de dialoguer avec Lui. Mais je ne connaissais pas le sens de ce dialogue. Il me manquait tellement de connaissances ! (Et il m’en manque toujours). Avec les cours j’ai commencé à réfléchir aux Sourates étudiées, aux préceptes, aux Hadiths. J’ai mémorisé mes prières. Mon dialogue avec Dieu est devenu plus concentré, plus authentique. Certains jours de grand bonheur, je me sentais transpercée de lumière en priant. Un jour je suis tombée sur ce verset : « Nous avons révélé des versets d’une clarté limpide. Cependant, Dieu met qui Il veut sur le droit chemin. » C’est dans la Sourate An’nour. J’ai compris que Dieu avait voulu me mettre dans Son chemin. C’était à moi de le mériter dorénavant. A la Mosquée j’ai récité la Chahada (l’attestation de foi).
Ce chemin est ardu. Il y a tout d’abord la transformation de soi : une vraie réflexion sur chaque acte, chaque pensée, le rapport aux autres et au monde. C’est un chemin parsemé de victoires et de défaites. Il faut juste ne jamais abandonner. Il y a les contraintes alimentaires, vestimentaires, les horaires de prière qui doivent être intégrées dans un quotidien de travail qui les rend difficiles. Il y a le regard des autres : famille, amis, collègues de travail mais aussi commerçants de quartier, médecin, enfin tous ceux avec qui on est en relation. On se sent très seule parfois. A la Mosquée il n’y a pas vraiment d’accompagnement pour les convertis. Le cours s’adresse à tous, majoritairement des musulmans qui cherchent à mieux connaître leur foi. Je me suis sentie confrontée avec des questions de choix difficiles à prendre et j’aurais eu besoin de plus de temps et de dialogue.
Je me suis donc sentie un peu sous pression et ai décidé de continuer mes prières, lecture du Coran et chemin spirituel toute seule (avec le réconfort d’avoir la petite Oumma de Hijab and the city tout près). Pour donner un exemple, la question du hijab a été abordée avec une injonction divine de le porter en permanence. Je ne peux pas le faire à mon bureau. J’ai opté pour le port du hijab partout jusqu’à la porte du bureau. Mais il m’était douloureux de sentir que j’étais fautive malgré moi. Aussi, dans le cadre de mon travail, j’organise des événements culturels, dont quelques 4 à 5 concerts de musique classique par an. Devant une question concrète concernant la musique il m’a été dit qu’il n’y a pas pire métier que celui d’organiser des concerts. Mais comment faire ? Abandonner mon travail pour en chercher un autre serait jeter plus d’une personne qui dépend de moi dans une situation de détresse. En ai-je le droit ?
Parcours spirituel donc en solo. Prière pour trouver des solutions. Une confiance absolue et totale en Dieu. Chaque jour je me dis que Dieu n’a pas pu me mettre dans Son chemin pour m’abandonner ensuite ; que des solutions qui me semblent maintenant impossibles surgiront dans le temps. L’important c’est d’être au plus près de ma pratique quotidienne. D’avoir une totale sincérité de cœur. Qu’à force de dire mes prières c’est du cœur qu’elles jailliront. « Que ta langue soit toujours humide du souvenir de Dieu ». Que ma langue soit toujours humide du souvenir de Dieu.
Merci à Maria pour ce merveilleux témoignage
Conversion : l’histoire d’une renaissance
28 avril 2009 par Khadija
Classé dans Elles parlent d'elles
La conversion à une religion donnée est un évènement crucial dans la vie du croyant. Partagé entre joie et crainte, l’individu, s’il n’est pas accompagné et soutenu, le vit comme une véritable épreuve souvent difficile à vivre.
En allant à la rencontre d’Amandine, Hijab and the city a voulu recueillir le témoignage d’une jeune femme pleine de vie qui a voulu partager son expérience avec nos lectrices. Amandine a 23 ans. Originaire de Dunkerque et diplômée en marketing internationale, elle a embrassé l’Islam il y a un an et revient pour nous sur son cheminement spirituel.
As-tu reçu une éducation religieuse ?
En fait, je suis issue d’une famille catholique non pratiquante. Néanmoins, j’ai toujours fréquenté des écoles privées catholiques où l’enseignement était dispensé par des sœurs pour tout ce qui relevait du catéchisme, ce qui nous préparait à la communion. La communion est considérée comme une profession de foi : j’ai fait ma petite communion à l’âge de 8 ans et ma communion solennelle à 12 ans.
Tu as donc évolué dans un environnement catholique. Comment en es-tu arrivée à t’intéresser à l’Islam ?
A Dunkerque, il y a une très forte communauté Comorienne. J’ai fait la connaissance d’un jeune Comorien pas très pratiquant mais très cultivé puisqu’il avait étudié le Coran aux Comores. J’ai donc pas mal appris grâce à lui. C’est ce qui m’a encore plus poussée à faire une recherche plus approfondie sur l’Islam.
Donc tu t’y étais intéressée avant de rencontrer ce jeune homme ?
En effet, j’avais comme une petite prédisposition au regard des expériences que j’ai eu avant ma conversion : la cigarette, l’alcool, les soirées, autant de choses auxquelles j’ai goûté jusqu’à l’âge de mes 17 ans. A ce moment là je ne me reconnaissais plus dans ce train de vie. J’aspirais à une vie plus saine et c’est ce qui m’a attirée dans l’Islam : cette hygiène de vie à observer, le respect de son corps, de soi.
C’est donc pour des raisons purement rationnelles et pratiques. Quand as tu fait le pas ?
J’étais clairement convaincue que l’Islam était la religion qui me correspondait mais je n’ai pas officialisé ma conversion. Je suis allée étudier en Irlande en Erasmus où j’ai fait la connaissance de musulmans Français avec qui j’ai beaucoup échangé sur l’Islam et c’est à ce moment là que j’ai entamé une recherche plus approfondie et eu plus d’intérêt pour le spirituel, la prière… A mon retour d’Angleterre, j’ai décidé de rendre ma conversion officielle avec des amis Maliens et en présence d’un imam. Je me suis alors convertie et j’ai choisi de me nommer Khadija, en hommage à la femme du Prophète Mohammed (SAW).
Et ta famille, tes parents comment ont-il reçu ta conversion à l’Islam ?
Mes parents ont clairement pris peur. Quand je leur ai parlé de mon attirance pour l’Islam et de mon choix, ils n’ont pas du tout compris comment et pourquoi j’ai pu m’intéresser à une religion où la femme n’a aucun statut, où elle est « soumise »… Autant de préjugés qu’ils ont pu entendre ou voir à la télévision en fait (rires) !
Je leur ai expliqué que les médias ne disaient que ce qu’ils voulaient, que tout cela n’était qu’un tissu de mensonges et que l’Islam est une religion de paix, de tolérance et qui accorde à la femme une place importante et sans égale.
Ma mère a été plutôt virulente, elle menaçait de me mettre à la porte si je décidais de porter le voile et mon frère aussi. Quant à mon père, il était plutôt dans l’analyse, la compréhension, il ne comprenait pas comment j’ai pu passer d’une pratique quasi inexistante, parce que je n’allais jamais à l’église avant, à une pratique active, à travers la prière, le jeûne…
Face à autant de réticences quelle a été ta réaction ?
Je ne leur en voulais pas du tout. Je comprenais totalement leur réaction même si c’était difficile à vivre. C’est vrai que les médias ne nous aident pas du tout. Je me souviens d’un jour où ma mère passait l’aspirateur et elle a remarqué mon tapis de prière, elle s’est mise à me hurler dessus en disant qu’elle ne voulait pas que je fasse ma prière à la maison et que je devais me rendre à la mosquée pour cela. Ce sont des mots durs et violents mais je les prenais avec beaucoup de recul et d’empathie. Et puis à la maison j’essaie de me faire discrète, je ne leur impose pas par exemple de cuisiner halal (rires).
Tu as toujours été sûre de ton choix, tu n’as jamais eu des moments de doute ?
Bien sûr que si j’ai eu des moments de doute et de solitude où je me suis beaucoup remise en question. Quand on est mal entourée voire pas du tout, c’est très difficile de vivre cela seule. En fait on connaît des hauts et des bas, ce n’est pas constant au début et puis, avec le temps, on s’aperçoit qu’on prend un certain rythme et on s’y tient. Et puis, il y a eu mon voyage au Maroc après le Ramadan dernier. Là-bas les gens m’ont redonné confiance et j’ai fait la connaissance d’une jeune femme avec qui je corresponds beaucoup et qui m’envoie régulièrement des livres pour me permettre d’avancer.
Aujourd’hui je suis régulière dans mes prières, al hamdoulilah et je suis mieux entourée.
Quant à tes amis non musulmans, comment ont ils reçu ta conversion ?
En fait, je ne leur ai encore rien dit.
Pourtant tu es musulmane depuis plus d’un an maintenant ?
Oui. Même si j’assume plus mon islamité aujourd’hui, je ressens une espèce de crainte, je ne sais pas trop… mais j’ai bien l’intention de leur en parler bientôt inchallah.
Que peux tu dire à toutes celles et tous ceux qui vivent la même chose que toi aujourd’hui, qui sont seuls, ont des appréhensions vis à vis de leurs proches ?
Si j’ai bien un conseil à leur donner c’est de ne pas avoir peur et d’avoir confiance en Dieu. Il faut avant tout bien s’informer et avoir une connaissance de l’Islam, c’est important. L’Islam est une religion magnifique qui m’a rendue plus heureuse que je ne l’étais auparavant. Cette chaleur, cette solidarité, ce côté humain et social je ne l’ai trouvé que dans cette belle religion. Une religion de tolérance et de fraternité. Et puis, il est important d’être doux avec ses proches et leur expliquer avec beaucoup de patience et de sagesse, ne surtout pas se refermer sur soi. Bien s’entourer aussi, avoir des gens de bons conseils, c’est important !
Merci beaucoup Amandine pour ce témoignage plein de douceur, qu’Allah t’accompagne et te protège.
Lettres Texanes
27 avril 2009 par Khadija
Classé dans Ce qui fait débat
John et Hilary sont tous les deux originaires de Houston et viennent de remporter la coquette somme de deux millions de dollars en jouant leurs économies à Las Vegas le weekend end précédent Pâques.
La chance leur a sourit et c’est tous étonnés et heureux qu’ils quittent le Strip rêvant déjà des multiples folies qu’ils pourraient s’offrir à présent.
Hilary était une passionnée de littérature Française, elle affectionnait tout particulièrement la période des Lumières où elle n’avait de cesse d’encenser Montesquieu ou encore Diderot qu’elles qualifiaient de visionnaires et de grands démocrates. L’Encyclopédie, la rationalité, des termes qui raisonnaient dans sa tête dès qu’elle entendait le mot « France » être prononcé.
Ainsi, s’étant figée sur cette période charnière de l’Histoire de France, laquelle aboutit à la « wonderful » Révolution de 1789, elle avait une idée bien précise de ce qu’était la France et des valeurs de ce beau pays.
Aussi, lorsqu’il fut question de choisir la destination première pour marquer le début d’une nouvelle vie d’opulence oisive, John qui n’avait d’yeux que pour sa magnifique Hilary (magnifique parce qu’avec sa fortune elle put s’offrir les services du plus grand plasticien de la côte Ouest ! Ah l’Amérique !) proposa à sa dulcinée de faire le choix de leur first destination. Bien entendu celle-ci suggéra sans réfléchir Paris.
Elle se voyait déjà fouler le pavé Parisien coiffée d’un béret, chiner dans les brocantes au son des accordéons et savourer sa première vraie baguette de pain. Pour Hilary Paris c’était le centre du monde, de la vieille Europe, c’était un rêve qu’elle allait enfin réaliser. Observer de ses propres yeux ce peuple ouvert, cultivé, tolérant et tellement romantique. A vrai dire, elle pensait aussi pouvoir croiser des sans culottes mais non Hilary voyons, c’est du passé, c’est dépassé, maintenant on est à la mode du pantalon carotte !
9h15. Hilary et John sont enfin arrivés au Meurice. Grooms raffinés et aimables à souhait, décor fastueux, l’accueil présageait un séjour inoubliable. Ayant une jolie tête blonde, le couple millionnaire décida de se payer les services d’une nounou Française recommandée par l’hôtel. Elle s’appelait Salma. Une jeune fille souriante et attentionnée qui allait prendre soin de la petite Américaine.
Salma avait conquis Hilary par sa gentillesse et sa culture. Elle était heureuse de savoir sa fille entre les mains d’une encyclopédie vivante (rappelez-vous les Lumières). C’était comme elle le pensait : une jeune Française pleine de talent à l’image de sa glorieuse patrie. Seulement, Hilary ne comprenait pas qu’une telle lumière soit gouvernante. Elle avait aussi remarqué que, tout en élégance, elle arborait un large bandeau qui recouvrait ses cheveux plus par pudeur que par effet de mode, un détail qui suscita la curiosité de notre Américaine.
Elle questionna alors Salma sur son parcours, sa vie. Salma était en fait une jeune femme voilée surdiplômée qui n’avait pas la possibilité d’exercer dans son domaine en raison de ses convictions. Quand Hilary compris sa situation, son sang ne fit qu’un tour. Salma lui expliqua ce qu’était la liberté à la Française aujourd’hui : un état où il ne fait pas bon être musulman. Hilary s’offusqua de cette dure réalité.
Et la suite vous pouvez l’imaginer. Ah oui, tout cela elle le conta dans un échange de lettres qu’elle avait avec sa meilleure amie Wendy, fan de la France également. Non parce que sinon la référence à Montesquieu…
Arrêtons-nous un instant sur cette histoire. Hilary s’étonne d’une réalité que nous avons par trop tendance à banaliser. Hilary s’étonne parce qu’en plus d’avoir un noir à la tête de son pays, une femme voilée est en charge des affaires religieuses des Etats-Unis d’Amérique. En définitive, elle sait maintenant que le siècle des lumières a depuis longtemps laissé place à celui de l’obscurantisme, à l’intolérance. L’intolérance qui est à l’origine de l’agression physique d’une femme ou encore du licenciement d’une jeune doctorante à qui l’on reproche d’avoir des convictions.
Esteban, Zia, Tao… à Dubaï d’or !!
21 avril 2009 par Mariame
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Vous connaissez très chères lectrices Les Mystérieuses cités d’or, ce merveilleux dessin animé qui a bercé mon enfance (et la vôtre… moi c’était plutôt le temps des énièmes rediff ‘ ). Vous vous souvenez également des protagonistes de la série, Esteban, Zia et Tao, parcourant sur le dos d’un oiseau géant en or massif (un Mauboussin, je crois) l’Amérique centrale et du sud à la recherche de ces cités mythiques… qui en réalité n’existent pas. Cette quête me rappelle un peu celle de certains « banlieusards » qui cherchent du boulot et qui se retrouvent déclassés sur le marché du travail français. Sauf que les concernant, il paraît qu’il existe une cité mythique qui offre du travail à profusion (et bien rémunéré !!) à toutes les têtes bien typées originaires de France et de Navarre, et encore mieux aux musulmanes notamment voilées : la possibilité de bronzer sur des plages désertes (oui, il s’agit là d’une aspiration hautement louable !). Très chères lectrices et très chers lecteurs, il était une fois… Dubaï !
Pourquoi cet intérêt soudain ? Tout simplement parce qu’on a de cesse de m’en parler et à toutes les sauces. La dernière info en date sur le sujet, le texto d’une très bonne copine qui me disait qu’elle partait pour Dubaï et les pays voisins. La concernant, il s’agit là de faire du tourisme, mais j’en connais d’autres qui s’y sont installés après avoir trouvé du boulot, notamment dans le secteur bancaire.
Je n’y suis jamais allée, et je m’en porte bien (merci !), mais c’est vraiment un endroit qui ne me branche pas du tout. Pourtant très curieuse de nature, je n’arrive pas à comprendre comment ce petit bout de terre arrive à créer l’engouement auprès d’un bon nombre d’ hommes et de femmes d’origine maghrébine bien souvent. » Tu peux travailler là-bas avec ton voile ou ta barbe », « tu peux aller dans un centre commercial géant et faire du shopping sans ton foulard »… voici les explications que l’on me donne généralement pour me convaincre du caractère exceptionnel de cette ville/pays/émirat (c’est marrant !). Sans oublier la possibilité de bronzer, même en deux pièces, pour les femmes voilées, sur une plage privée.
Face à des arguments aussi pertinents que convaincants, j’ai tendance à rire, à bien rire même. Partir, vivre le dépaysement… tout ça pour aller bronzer et faire du shopping la tignasse à l’air libre ? (oui, il paraît que les voilées ne se peignent pas…). C’est quand même exagéré ! A la limite pour trouver du boulot je veux bien, et encore !
Je dois vous avouer que ce pays me fait penser à une maquette géante. J’aime bien les endroits chargés d’histoire… c’est sûr que les grands ensembles du 93 ne sont pas funky à côté, hein ! Mais quand même, Dubaï à ce que j’ai pu entendre, lire ou voir, c’est un lieu qui n’a pas d’odeurs, qui n’a pas de charme. Et puis pour être honnête avec vous, j’ai un peu de mal avec les pays de ce côté-ci du globe. De plus quand on voyage, c’est pour découvrir un pays, une culture, une civilisation, des autochtones… A Dubaï, 3/4 de la population est d’origine étrangère, et on y parle plus l’anglais que l’arabe… Autant prendre l’Eurostar moi je dis !
Enfin je sais pas, je suis peut être un peu rabat-joie, mais voir autant de fascination pour un pays comme celui-ci, ça me dépasse ! Je peux comprendre que pour certains, c’est un peu une issue de secours, un moyen d’aller « réussir » comme ils disent ailleurs. Mais je pense que tout est à faire ici et maintenant. Après, on peut songer à partir, mais si tout le monde fuit tout de suite, on fait comment pour les générations futures ?
Lutter contre « les violences coutumières »
16 avril 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Le 14 avril a débuté une grande campagne nationale de sensibilisation contre l’excision et les mariages forcés, car paraît-il en France, 140 000 jeunes femmes seraient menacées par ces pratiques. Pour combattre ces fléaux venus d’outre Méditerranée, des petites affiches et des fascicules seront distribués dans les écoles (ZEP, bien entendu), les mairies (en ZUP, évidemment), les clubs sportifs (désolée mais la ffgolf n’est pas concernée), les maisons de quartier, etc. Ces visuels contiennent des images très explicites : une lame de rasoir rouge entourée et barrée par un trait noir pour les mutilations sexuelles, et une main rouge a qui on tente de passer une alliance hérissée de pointes. Bref, une campagne vitale et nécessaire pour lutter efficacement en ces temps de crise économique contre le chômage et la pauvreté !
Comme vous le savez, les mutilations sexuelles et les mariages forcés font partie des incontournables de la vie politique française. Ce sont des sujets qui mettent tous les partis politiques d’accord, et qui font l’objet d’une médiatisation soutenue et assez agressive pour les pauvres citoyens barbares et ignares de confession musulmane que nous sommes (d’ailleurs le rasoir et l’alliance barrés… ça fait un peu picto pour enfant non ? Bieeeen… Paaaas bien !).
En tant que femme et en tant que musulmane, que penser de tout cela ?
La première réaction que l’on pourrait avoir serait pleine de désapprobation, et engendrerait une condamnation sans concessions d’actes qui portent atteinte à la dignité humaine. Pourtant, une autre posture pourrait être adoptée, faisant fi de certaines considérations, notamment « féministes » ou culturelles. Une posture qui tenterait, notamment à cause des réelles motivations qui amènent le débat sur le devant de la scène, de relativiser les choses en les inscrivant dans un contexte, une histoire, une culture. Afin d’étudier des cultures ou des pratiques qui leurs sont étrangères, beaucoup de philosophes, de sociologues, d’anthropologues adoptent comme méthodologie le relativisme culturel qui consiste à mettre de côté ses propres codes, sa propre culture pour tenter de comprendre ceux des autres alors pris dans leur contexte local. Relativiser ne veut pas dire cautionner. Cela signifie seulement que l’on peut concevoir qu’à côté de notre culture, il en existe d’autres qui appréhendent les choses différemment, et comprendre ces appréhensions dans un contexte donné.
Dès qu’il s’agit du mariage forcé et de l’excision, les médias ( et je ne vous parlerai pas des maisons d’édition !) n’oublient pas d’inviter une multitude de femmes, toutes traumatisées, battues, ou encore privées de sortie dès l’âge de 8 ans… tout ça au non de l’Islam. Et c’est toujours la même histoire !! Elles viennent d’Iran, de Saint-Denis, d’Algérie… elles sont issues pour la plupart de familles très pratiquantes, et ont chacune vécu des histoires terribles avec un entourage (très souvent masculin et barbuvélique…) des plus rude. Tous les ingrédients sont là : l’exotisme, le misérabilisme sans oublier le mensonge ! Tout le monde se souvient de Ayaan Hirsi Ali, l’islamophobe Néerlandaise d’origine somalienne. Elle avait percé dans son pays d’adoption ainsi qu’en France en parlant notamment d’un mariage forcé qu’elle aurait enduré en plus de la guerre civile en Somalie. Pourtant, elle n’a jamais connu la guerre car elle était avec sa famille réfugiée au Kenya, et s’était mariée alors qu’elle était consentante avec un Somalien installé au Canada. Bref, une belle menteuse, et pas la seule ! En France aussi nous avons nos mythos nationales qui ont vendues père et mère pour « s’intégrer »!!
Ce qui m’amène à vous poser les questions suivantes : pourquoi parler de « violences coutumières », et pourquoi en parler en France ? Qu’ appelle-t-on mariage forcé ? Et surtout, d’où viennent les chiffres avancés par le gouvernement ? Mon intention n’est pas de nier des phénomènes qui existent et qu’il faut comprendre et analyser. Je veux juste que cela soit fait de manière honnête, et qu’on arrête de les instrumentaliser alors qu’ils ne sont en réalité que marginaux, en les rendant inhérents aux pratiques des musulmans français, supposés former un tout homogène vivant dans les cités de banlieues.
Oumma pour elle, épisode 11 : les musulmans et le mariage, entre crise et adéquations
6 avril 2009 par La rédaction
Classé dans Célibat Mariage & Cie
Quelle place pour les étudiant(e)s musulman(e)s que nous sommes dans l’actualité des universités françaises ?
25 mars 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Lénine disait de l’université qu’elle était » un petit miroir dans lequel se reflètent toutes les contradictions de la société. » Si l’on s’arrête quelques minutes sur l’actualité, et notamment celle des universités françaises, on s’aperçoit que cette phrase qui doit avoir un siècle est criante de vérité.
A celles et ceux qui pensent que ce qui se passe aujourd’hui dans nos facs ne nous concerne pas, j’affirme que si, cela nous concerne ! De plus en plus de jeunes gens issus de l’immigration et/ou des milieux populaires fréquentent les universités françaises. Parmi eux les musulmanes que nous sommes, voilées ou non. Bien sûr, il faudrait relativiser cette démocratisation scolaire en montrant, avec des chiffres et des enquêtes sociologiques, que très souvent cette population a accès à des filières bien précises (les moins prestigieuses), que l’échec à l’issue de la première année est assez conséquent et qu’à la fin de la licence, les quelques rescapés ont très peu de chance d’accéder au Master. Mais malgré cela, il faut absolument se renseigner sur ce qui se joue aujourd’hui avec la loi dite d’autonomie des universités (LRU), qui depuis 2007 agite les campus de notre douce France (ah!).
Très brièvement, il s’agit purement et simplement d’une privatisation de l’enseignement supérieur et de ses financements déguisée en autonomie et progrès considérables en faveur de facs médiocres qui n’offrent pas de perspectives professionnelles aux jeunes à la fin de leur cursus universitaire, et qui se trouvent loin derrière les grandes écoles françaises (elles-mêmes loiiiin derrière les grandes universités de la planète, notamment américaines). L’application de la LRU se traduirait d’un côté par la création de pôles d’excellence pour ceux qui ont les moyens de payer des frais de scolarité exorbitants, et de l’autre la création d’universités poubelles. Bien entendu, nous savons que ces dernières existent déjà, des satellites dont les diplômes ne valent pas grand chose. Mais la LRU vient accentuer encore plus ces inégalités. Tout le monde connait les systèmes d’enseignements anglo-saxons. Le brillant John, très bon basketteur issu de Brooklyn, ne peut aller à l’université que si on lui attribue une bourse ou si… ses parents s’endettent (ou les deux!). Alors imaginez le destin de Ali, très bon élève du 93, dans quelques années après l’obtention de son bac… Autant aller aux States : au moins là-bas, on vit bien son islamité et on mange du cheesecake à gogo !
Depuis plusieurs semaines, ce sont les enseignants chercheurs avec certains étudiants qui se mobilisent. Ils contestent pour la plupart uniquement le décret qui les concerne, et non la réforme Pécresse dans sa globalité. Ce mouvement se révèle être plus corporatiste qu’autre chose, même si certains professeurs font entendre une voix différente, qui elle dénonce la LRU dans son ensemble et par la même, le sort réservé aux étudiants les plus défavorisés.
Vous l’aurez compris, l’université française connait des transformations des plus libérales qui traversent en réalité l’ensemble de la société et de ses différentes sphères. On parle de crise à tout va sans vraiment saisir ce qui se joue. Nous ne devons pas être passifs. Le musulman et la musulmane doivent avoir un avis réfléchi sur tout, et particulièrement dans cette société où sa politisation est une question de survie !
Elle a bon dos …
17 mars 2009 par Shahin
Classé dans Ce qui fait débat
Hijab and the city a le plaisir de lancer « l’illustration de la semaine », qui reprendra chaque semaine en dessin une actualité qui nous concerne. A commenter sans modération !

© Hijab and the city
Dossier spécial loi du 15 mars 2004
16 mars 2009 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Aujourd’hui, Hijab and the city vous propose un dossier exceptionnel à l’occasion de l’anniversaire de la loi anti-foulard du 15 mars 2004.
Au programme :
- une contribtion exceptionnelle d’ Ismahane Chouder, militante féministe, co-auteure du livre Les filles voilées parlent avec Pierre Tevanian et Malika Latrèche
- un micro-trottoir intitulé » ce que pensent les filles voilées « . Hijab and the city est allé à la rencontre des filles voilées pour leur donner la parole
- Oumma pour elle by Hijab and the city a consacré sa chronique hebdomadaire du lundi sur Oumma TV.TV aux repercussions de la loi sur la vie des filles voilées
Loi du 15 mars 2004… reprendre la parole dans le silence assourdissant
16 mars 2009 par Ismahane Chouder
Classé dans Ce qui fait débat
Ismahane Chouder est la secrétaire générale de la Commission Islam et Laïcité. Elle est également co-présidente du Collectif Féministes Pour l’Egalité, et co-auteure du livre Les filles voilées parlent, La Fabrique 2008.
Cinq ans qu’une loi scélérate, censée (faut-il le rappeler) ne s’appliquer que dans le cadre des établissements scolaires du 1er et du second degré, sert de prétexte aux interprétations, aux extrapolations les plus ahurissantes, les plus saugrenues, les plus farfelues… les plus illégales !
De la libération de la parole et des comportements racistes à la légitimation de l’exclusion et de la discrimination des femmes qui portent un foulard, beaucoup (trop) se sont sentis investis depuis d’une mission pseudo laïque et féministe et continuent de brandir cette loi au-delà de son cadre tel un étendard marqué du sceau civilisateur, émancipateur, libérateur …
Fervents défenseurs de la laïcité comme foi religieuse, ils invoquent constamment les grands principes qui fondent la République, mais président à toutes les
entreprises politiques qui disqualifient toutes les femmes identifiables comme « musulmanes voilées ».
Combien de spécialistes et d’experts auto proclamés de « la » femme voilée, ou « du » voile, « symbole d’oppression » A raison de leur foulard des femmes sont réduites au rang d’objet parlé, étudié, commenté (et le plus souvent diffamé et insulté), et non de sujet parlant.
Cinq ans que la loi du 15 mars 2004, nommée communément si justement loi sur le foulard (en conformité avec les principes qui ont guidé l’esprit de promulgation de cette loi) perpétue l’entreprise de déshumanisation et de déni de parole des filles et femmes qui portent un foulard, dans le silence assourdissant des médias, des politiques, des organisations dites progressistes…

En effet, que sait-on de l’état psychologique dans lequel se sont retrouvées les adolescentes « dévoilées », de la manière dont s’est déroulée leur année scolaire, du traitement qu’elles ont continué à subir malgré leur « dévoilement », de ce qui s’est réellement passé lors de ces fameuses périodes de dialogue, de ce que sont devenues les 50 exclues et les 60 démissionnaires officielles, sans parler des déscolarisations non comptabilisées. Nous ne savons rien non plus de la recrudescence des agressions et des discriminations contre les « mamans voilées », les étudiantes, les militantes, les féministes, les stagiaires des organismes de formation, les usagères du service public, les citoyennes, les travailleuses, filles et femmes portant un foulard.
Pourtant en parallèle de ce sombre tableau les raisons d’espérer existent et transcendent tous les dégâts et dérapages liés à cette loi dont nous sommes encore loin d’avoir tiré toutes les conséquences.
Loin du battage politico médiatique, une réappropriation de la parole et de leur image par les principales concernées a eu lieu et prend une ampleur grandissante. Adaptation, confrontation, esquive, humour, résistance, affirmation de soi… femmes voilées engagées dans la vie associative, sociale ou politique, démenti vivant aux clichés entretenus, plus que jamais conscientes que les droits ne se donnent pas mais se conquièrent et qui osent de nouvelles prises de parole.
Une parole singulière dans la diversité de leurs parcours, de leurs histoires, de leurs espérances et dans leur liberté de choix commune.
15 mars 2009, an V de l’arbitraire, sixième année de la lutte pour l’abrogation de cette loi d’exception, raciste et sexiste, insha Allah, au-delà de nos appartenances particulières dans notre humanité commune.
Ce que pensent les filles voilées
16 mars 2009 par Mariame et Yamina
Classé dans Ce qui fait débat
Hijab and the city est allé à la rencontre de jeunes femmes voilées dans les rues de Paris. Nous avons donné la parole à ces filles afin qu’elles puissent s’exprimer sur leur quotidien de femme voilée en France, à l’école, dans la rue, cinq ans après la loi anti-foulard dont nous avons fêté le funeste anniversaire ce dimanche 15 mars. A l’époque, les premières concernées n’ont jamais eu la possibilté de s’exprimer librement sur une loi qui allait changer leur vie. Les voilà aujourd’hui plus décidées que jamais à faire entendre leur voix.
Djenabou, étudiante en licence 3 AES

© Hijab and the city
En ce qui me concerne, je ne me retrouve pas dans cette représentation de la femme voilée qui porte le voile par contrainte. A titre personnel, la plupart des jeunes filles voilées que j’ai pu côtoyer ne le portent que par conviction, c’est-à-dire qu’elles n’ont subi aucune pression venant de leur mari, de leur père, de leur frère ou autres. J’en conclue donc que la France a un regard très peu réaliste sur les femmes voilées et que cela est dû à un manque d’information et à de l’ignorance, ce qui est fort dommage, comparée à sa voisine la Grande Bretagne qui elle est plus ouverte. Je tiens également à préciser que la femme voilée est une femme comme une autre qui a des principes et qui s’y tient. C’est une femme qui s’instruit, qui travaille, qui a des projets d’avenir et une vie de famille. C’est une femme comme une autre.
Najma, étudiante en médecine

© Hijab and the city
Avec cette loi, et ce depuis 5 ans déjà, je me sens dépourvue de liberté, dans un pays censé être le berceau des droits de l’homme et le symbole de la liberté. Depuis qu’elle a été votée, il y a une montée de l’islamophobie qui se traduit notamment par des insultes, des agressions verbales… C’est une loi faite pour cibler uniquement l’islam à travers le voile puisque ce sont les musulmanes qui sont les premières concernées et les seules stigmatisées.
Shérazade (à droite), lycéenne en compagnie de son amie Myriam

© Hijab and the city
Tout le monde ne réagit pas de la même manière depuis que je porte le hijab. Les réactions sont différentes. Pour certaines personnes, il n’y a pas de changement, elles sont indifférentes. D’autres par contre me posent beaucoup de questions, sont agressives, m’insultent. Un femme s’est une fois arrêtée pour me dire de rentrer dans mon pays… Mais je passe au-dessus de tout ça et je ne réponds pas.
Au lycée, je m’entends très bien avec mes camarades, et je dois dire que je ne m’attendais pas à ce qu’ils soient aussi normaux avec moi. Avec les profs par contre, c’est différent. Surtout quand ils me voient dehors, avec mon hijab. Ils se mettent à poser beaucoup de questions, sur mon choix de le porter. Leur regard change, ils sont moins proches de moi que des autres élèves. Vraiment avec les élèves, j’ai de très bonnes relations, ça bloque avec les adultes. Une fois, alors que je n’étais même pas à l’intérieur de l’établissement mais dehors, à côté du portail, la proviseure adjointe a demandé à ce que je choisisse entre partir ou retirer mon hijab.
Nous ne sommes pas sur la touche : la finance islamique nous concerne tous !
11 mars 2009 par Maytika
Classé dans Ce qui fait débat
« En réalité, et Benoît XVI nous pardonnera, au moment où nous traversons une crise financière qui balaie tous les
indices de croissance sur son passage, c’est plutôt le Coran qu’il faut relire que les textes pontificaux. Car si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la Charia, nous n’en serions pas là ». C’est ainsi que Vincent Beaufils, diplômé d’HEC et directeur de la rédaction du magazine Challenges, a ouvert le bal alors que les retombées de la crise financière se faisaient sérieusement sentir. Non sans polémiques et remontrances de la part d’autres magazines du domaine.Toute cette frénésie pour lever le mystère sur la boite noire et profiter de cette finance « gagnant-gagnant » très bien implantée outre manche et au Moyen Orient.
Si l’on se risquait à une délimitation du champ d’intervention de la finance islamique, ça donnerait la chose suivante :
-
Le principe fondamental en est l’interdiction de l’usure (ou ribâ), qui est matérialisée par le taux d’intérêt, et cela afin d’abolir toute exploitation de l’homme par l’homme. L’argent n’a aucune valeur en soi dans la religion musulmane, il s’agit d’un moyen de transaction à des fins économiques (consommer, investir,…). Le travail a donc une valeur centrale en Islam.
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L’interdiction de la spéculation (ou Gharâr) en est aussi un fondement: ce sont des paris sur l’avenir, incertains par définition.
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Tirer son revenu d’activités interdites par l’Islam: les jeux de hasard, les activités en relation avec l’alcool, nourriture harâm, industrie en lien avec la débauche (tabac, armement,…).
A partir de ces principes dits « éthiques », les banques islamiques de par le monde ont proposé toutes sortes de produits financiers : les sukuk, la moudaraba, la moucharaka, les fonds islamiques, … que je vous laisse découvrir par vous-mêmes !
Inutile de préciser, après cet épilogue, que ce marché « win-win » nous est tout autant profitable : en tant que consommateurs, comme en tant que membres actifs à la mise en place de pareille activité dans notre paysage français.
Alyan, Ilyan, Rayan, Killian… et pourquoi pas bougre d’âne ?
17 novembre 2008 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
De plus en plus de couples nouvelle génération hésitent voire refusent d’apprendre à leurs enfants leur langue maternelle ou celle de leurs propres parents. Vous comprenez, l’arabe ou le berbère (et je ne parle que des Maghrébins) c’est pas « in ». C’est peut être un frein à l’intégration qui sait… et ça fait pas très civilisé! J’ironise mais certains le pensent réellement, et il faut dire que ce n’est pas totalement de leur faute.
Je me souviens qu’à l’école maternelle et primaire, un bon nombre de parents fraîchement débarqués du bled avaient souvent droit aux longs discours des institutrices sur la nécessité pour l’enfant de parler à la maison en français parce que sinon, celui-ci aurait de grosses difficultés… ok, on repassera pour la cohérence et le doigt pointé sur les vraies causes qui engendrent de l’échec scolaire! Et le truc c’est qu’au final, même ceux qui sont nés ici, des Français donc, ont fini par intérioriser ce discours et par parler à leurs enfants uniquement en français!!
Bon, je vous parle de la langue, mais il faudrait aussi vous parler des prénoms, parce que je pense réellement qu’il y a un lien entre ces deux phénomènes. On commence par ne plus parler en maghrébien, et on finit par donner à ses enfants des prénoms bizarroïdes, hybrides qui passent mieux que les prénoms traditionnels. Bien sûr, je ne vous dis pas d’appeler vos enfants Bouch’ayb ou Miloud (et pourquoi pas?), mais un minimum bon sang! Inès, Anis, Cilya, Alyan, Ilyan, Rayan, Killian… et pourquoi pas bougre d’âne tant qu’on y est!! Je vous épargne les détails sur les orthographes utilisées (parce que la manière d’écrire le prénom a aussi son importance).
Certes, donner à son enfant un prénom plus que moche c’est ruiner sa vie avant qu’il ait dit bismillah. Mais ce n’est pas lui rendre service que de lui donner un prénom aussi vide de sens, surtout si le nom de famille et le faciès ne suivent pas (si vous voyez ce que je veux dire)… c’est un peu grillé quoi!
Enfin je dis ça, mais je n’ai pas d’enfants. Cependant, malgré mon côté libéral (ben Hayek, mon maître!) j’adore les prénoms très communs, les prénoms de prophètes par exemple. Pas si communs que ça finalement puisque que tout le monde aujourd’hui préfèrent à Ali et Youssef, des prénoms plus courts, avec des consonances fondues, qui passent en France et qui ne choquent pas trop auprès des familles du bled… enfin au consulat, ça doit pas être très facile.
Mais ça n’est pas le pire! J’en connais qui n’hésitent pas à appeler leurs enfants avec des prénoms franco-français, des musulman(e)s pratiquant(e)s qui choisissent des prénoms bretons par exemple.
« tu comprends, on veut vraiment qu’il soit bien accepté dans cette société… »
Non navrée, je ne comprends pas! Un prénom, ça fait partie de notre identité, c’est ce qui nous définit. C’est ce qui nous différencie. Pourquoi s’appeler Nathalie quand nos ascendants (des deux côtés en plus) sont des musulmans qui viennent de l’autre côté de la Méditerranée ?? Vraiment, je ne comprends plus rien !
Alors je vous pose la question, est-ce que je suis sévère et inintégrable (ça par contre, je le cultive) ou est-ce que vous partagez cet avis mes poulettes? Poulets invités à se prononcer !
Dites moi qui vous ausculte, et je vous dirai qui vous êtes !
12 novembre 2008 par Mariame
Classé dans Ce qui fait débat
Parmi les nombreux sujets qui font la une des JT se trouve celui sur les femmes voilées qui, accompagnées de leurs terrifiants mâââris généralement présentés comme des hommes des cavernes, refusent d’être soignées par des médecins hommes (par lui ou lui quoi… enfin jamais vu de médecins comme ça dans les hôpitaux français… ça aurait peut être fait changer d’avis ? )
Quel archaïsme, vraiment!
Ce qui fait que maintenant toutes les femmes voilées doivent constamment se justifier et rassurer les infirmières et médecins qu’elles consultent.
Mais il faut bien admettre que certaines exagèrent. Pas dans le fait de vouloir absolument être soignée par un médecin femme, non. Le problème réside dans la manière de formuler leur volonté, sans oublier le choix des arguments de la mort (c’est le cas de le dire) exposés.
Je pense réellement qu’il n’y a pas à tergiverser et à entrer dans de fausses considérations religieuses. ERREUR!!! Si on veut un médecin femme et qu’il y en a un, tant mieux! Si y en a pas, ben tant pis! Pas besoin de donner de la matière aux journaleux en faisant de longs discours.
Mon ophtalmo est un homme, mon généraliste aussi… Le premier est limite muet, le second est mon médecin depuis très longtemps. Une fois il était absent, et j’ai eu à faire à son remplaçant plus jeune et surtout flippé. Après avoir demandé si je l’autorisais à s’approcher, il a commencé à m’ausculter en posant son stethoscope sur mon pull et s’est placé loin, très loin. J’ai ri sur le coup. Mais après réflexion, j’ai trouvé ça assez froissant…
Pourquoi avoir choisi des hommes et pas des femmes? Parce que l’ophtalmo est hyper compétent et c’est celui de la famille. Idem pour le généraliste. Et puis, j’avoue que mes choix de médecins selon leur sexe sont motivés non par des raisons religieuses (y en a pas de valables de toute façon), mais par les zones à examiner. Par pudeur ou à cause de complexes, interprétez-les comme vous voulez! Ma dermato est devenue une femme (avant, c’était pas le cas), ma dentiste en est également une (là par contre, c’est parce qu’elle est à 5 min de chez moi… c’est THE argument, ne cherchez pas!), mon O.R.L aussi: j’étais tombée sur un obsédé des cheveux la première fois.
Et vous mes poulettes (les poulets des cavernes peuvent donner leur avis), comment vous choisissez vos médecins?
Dites moi qui vous ausculte, et je vous dirai qui vous êtes !
Quand travail et hijab ne font pas bon ménage (sauf pour faire des ménages!)
4 août 2008 par Khadija
Classé dans Ce qui fait débat
Quand on vit en France, travailler avec son hijab relève de la gageure. D’ailleurs, c’est ce qui empêche certaines musulmanes de le porter par crainte de ne pas avoir de carrière professionnelle, ce qui se comprend aisément.
Diplômes, formations, expériences, ce n’est pas ce qui manque à ces femmes. Seulement, les portes se ferment, les déceptions et les échecs se succèdent ce qui pousse la plupart d’entres elles à ne plus chercher du tout ou pire encore, à être déclassées socialement. Car tout est bon à prendre à ce moment là, tant que le hijab est autorisé : baby-sitting, télémarketing, soutien scolaire, autant de jobs que l’on accepte quand on est étudiante. Par contre quand ça devient THE job, c’est problématique !
Alors que faire ? Quelles sont les solutions ? Faut-il persévérer dans sa recherche d’emploi ? Faut-il s’exiler? (solution de facilité ? encore faut-il trouver le bon filon) Faire en sorte de s’orienter le mieux possible dans ses études afin d’éviter les écueils en tout genre ? Que de questions auxquelles il faut apporter des réponses rationnelles et sans équivoques.
Par ailleurs, il y a celles qui ont la possibilité de travailler tout en ayant la tête couverte. Ce n’est peut être pas le hijab qu’elles ont l’habitude de porter mais cela reste un hijab, peut être plus fashion ou plus discret, tout dépend de la personne concernée. Pour ces filles je dis BRAVO !!! Elles ont trouvé un moyen détourné et intelligent de travailler tout en restant elles-mêmes ; ainsi, elles se sentent bien dans leur boulot, épanouies même, parce qu’elles travaillent dans un domaine qui leur correspond.
Moi, je fais partie du camp des désillusionnées, des jeunes femmes qui avaient envie de réussir tout ce qu’elles entreprenaient parce qu’elles le valaient bien ! Cependant, le destin en a voulu autrement concernant ma carrière professionnelle : après de longues études et un stage bien déniché (en turban cette fois ; moi aussi j’ai usé de subterfuges !) tout s’est arrêté quand il a fallu trouver un emploi, un vrai ! Pourtant, ce n’est pas les propositions et les offres qui manquaient ; seulement voilà : la condition sine qua non était de travailler tête nue, sans rien ! Que nenni, répondais je, hors de question ! En fait, je ne me voyais pas revivre ce que j’avais subi au lycée.J’ai donc eu une carrière avortée, mort-née, annihilée… certaines penseront que j’aurais dû persévérer, mais je n’ai pas pu, c’était plus fort que moi. Je suis donc retournée un temps à mes ptits boulots d’antan, du temps où j’étais en DEUG et en licence : cours particuliers à domicile (avis aux étudiantes : les boîtes comme Acadomia, Keepschool et Profadom n’ont aucun soucis avec le hijab), soutien scolaire et bien sûr le télémarketing ou comme qui dirait le boulot pour les marginaux et les voilées (parce que c’est franchement aliénant et criminel pour le cerveau).
Moralité : ne vous en faîtes pas mes belles, la roue tourne, les temps changent et les consciences aussi. Ne devenez pas grincheuses et mélancoliques comme je l’ai été (d’ailleurs, si ma famille me lit, désolée de vous avoir fait subir mes sautes d’humeur et encore merci pour votre soutien… JE VOUS AIME !!!) ; prenez les choses autrement et relativisez, vous verrez que ce qui vous arrive est en réalité un grand bien, une ni’ma qui ne vous rendra que meilleures et plus combatives ! Ne vous laissez pas abattre et restez positives, et n’attendez pas qu’on vous tende la perche ! C’est à vous de réagir avec intelligence et pondération et quand un jour vous aurez atteint l’objectif fixé, vous savourerez votre réussite.
Voile ou pas voile c’est votre tempérament et votre opiniâtreté qui feront toujours la différence !




