De l’autre côté de la Méditerranée : la créativité

28 septembre 2009 par Shahin  
Classé dans Look at mon style

Il y a celles qui sont restées pendant ce mois de ramadan en France, près de leur famille, de leurs amis, de leur univers, de leur boulot, de leur chat, de leurs voisins… et celles qui sont parties… hihi !! Ou plutôt qui ont eu la chance de partir !

Cinq semaines de mutisme pendant lesquelles je me suis ressourcée, j’ai savouré ce mois de jeûne et de prières dans un pays du Maghreb. Bon, c’est vrai que le Maroc c’est moins glamour que la Malaisie ou l’Indonésie… mais quand même ! Entendre l’appel à la prière à chaque coin de rue, écouter le silence religieux des rues qui rythme la fin du jeûne, voir la foule se presser pour gagner les mosquées quand arrive le tarawih, et flâner dans les rues jusque tard le soir pour profiter de l’énergie et du commerce qui reprend, est un plaisir incomparable.

Tout ça pour vous souhaiter à chacune et à chacun, Aïd moubarak !

Pendant ce doux mois je n’ai pas failli à mes habitudes, en pensant à vous chères lectrices. J’avais hâte de vous retrouver et de vous donner mes dernières impressions modesques qui émergent de l’autre coté de la Méditerranée

Car sans vouloir flatter l’égo de certain(nes) marocains(nes), leur créativité m’épatera toujours. Je m’extasie devant leur savoir-faire, leur sens du bon goût… bon c’est vrai ça dépend à quel niveau! Les couleurs, les tissus, leur multitude de fils et de teintures, qui sont pour moi une réelle source d’inspiration.

Pendant ce mois sacré, la coquetterie n’est pas la priorité… pour vous dire une valise de 30 kilos au départ qui n’a servi à rien…. Bizarrement on a toujours peur de manquer de quelque chose, alors qu’une fois là bas, on sort toujours la même abaya, et sa paire de tong !

Pendant un mois les tailleurs ne chôment pas : ils prennent commande sur commande, écoutent les exigences des unes, prennent les mesures des autres, et prédisent des merveilles à l’élue qui pensent dejà au foulard qui s’accordera le mieux avec son nouveau brocard.

Mais quand arrive le jour de l’Aïd, les hommes, les femmes et les enfants se parent de leurs plus beaux vêtements pour honorer ce mois qui se termine.

Jellabas multicolores, jabadors en satin, abayas strassées, jilbab rose poudré !!! Oui oui, gandoura immaculée pour les uns, smoking pour les autres… Tous resplendissent de beauté !

Et pour être à la hauteur de l’évènement les tendances marocaines n’ont pas failli à leur réputation :

Aujourd’hui, on ose toutes les fantaisies : les coupes sont revisitées, les couleurs toujours aussi chatoyantes, le mix entre la modernité et le traditionnel est savamment étudié pour satisfaire les plus coquettes.

La djellaba très prisée des marocaines, car légère et fonctionnelle, est unique en son genre. On choisit son tissu et ses broderies (sfifa), sa coupe et ses détails. Quel plaisir de choisir son tissu et de créer à sa guise le vêtement de ses rêves.

Toutes les excentricités sont réalisables, mais attention à bien choisir son tailleur !

Djellaba cache coeur, manches maxi volumes, bouffantes ou volantées, cette saison la djellaba innove dans les coupes.

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On superpose et on mixe les tissus, rien ne fait peur : Pois, rayures, formes géométriques, tissus fleuris pour un effet champêtre garanti!

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La tendance était au bicolore, pour un effet chic et sobre à la fois. J’aime cette pointe de raffinement et de tradition…

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Pour finir le jabador version sarrouel a fait un tabac auprés des plus jeunes. On choisit de préférence un satin uni pour le bas et pour le haut un imprimé qui s’harmonise parfaitement avec le premier. Mon coup de cœur: Une djellaba courte imprimée portée sur un sarouel uni….sans oublier le détail de la saison: la ceinture à « l’ancienne » qu’on enroule sur les hanches !

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Niqab : une femme qui le porte témoigne

24 juin 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

Parce qu’il faut rompre avec les préjugés et que le respect des différences est primordial, Hijab and the city est allé à la rencontre de Sanaa, une bretonne convertie à l’Islam qui porte le niqab depuis quelques années. Hijab and the city lui donne la parole aujourd’hui, une parole qu’on lui confisque souvent pour mieux la fustiger.

Peux- tu te présenter aux lectrices ?

Je m’appelle Sanaa, j’ai 28 ans. Je me suis convertie à l’Islam alors que j’étais à l’université, en psychologie. J’ai reçu une éducation religieuse, et durant ma scolarité j’ai fréquenté une école tenue par les bonnes sœurs. C’est au lycée public que j’ai fait la connaissance d’une jeune fille d’origine marocaine, chez qui j’allais souvent pendant le Ramadan pour partager le repas d’el iftar. J’ai aimé l’hospitalité dont faisait preuve ses parents, le respect des valeurs familiales et le fait que son père nous encourageait à étudier, à être économe… il y avait aussi cette notion de pudeur même autour de la table alors que chez moi on se gênait pas d’être vulgaire, de parler de sujets indécents. Bizarrement, ma famille n’était pas pratiquante et elle m’a pourtant envoyée chez les nones (rires) !

Comment as tu évolué sur un plan spirituel ?

J’ai d’abord commencé par la prière avant même de me convertir. J’avais des petits bouts de papier avec moi pendant la prière (rires) !

Et tu as commencé par porter un hijab ?

Oui. J’avais très envie de le porter mais je craignais la réaction de ma mère. Mes parents savaient que je priais. Alors, j’ai commencé par porter des bonnets l’hiver, ça tombait bien ! Et puis je l’ai finalement mis. Je le portais très colorés avec du rouge, des fleurs… je l’accordais à mes vêtements. Et j’ai trouvé le jilbeb (long voile) hyper classe ! Je le portais avec des gandouras amples (robes traditionnelles marocaines).

C’est donc parce qu’il était « classe » que tu l’as adopté ?

Oui, et surtout plus pratique que le hijab. C’est une seule pièce à enfiler avec un bandeau alors que le hijab c’est plus compliqué avec les épingles.

Comment ce changement a t-il été perçu par ton entourage ?

Dans mon entourage, une femme qui porte le hijab est une femme analphabète, battue et opprimée, mais comme je le portais alors que je n’étais pas mariée ma mère m’a dit qu’elle me trouvait plus gaie, que je n’étais plus dans l’excès sur un plan financier et que j’étais plus raisonnable.

Et le niqab, quand t’es tu décidée à le porter ?

Pas trop longtemps après. La première fois que je l’ai porté je suis allée faire des courses en grande surface, et ça s’est bien passé.

Et pourquoi le porter ?

Parce que j’avais envie. Chacun son choix, chacun fait ce qu’il veut et à la hauteur de ce qu’il peut.

Et le regard des gens ?

Je le vis très mal. Je croise des gens gentils et d’autres vraiment odieux. On me dit souvent retourne chez toi, mais ce qu’ils ne comprennent et ce qui m’agace, c’est que je suis dans mon pays ! J’en ai assez qu’on me prenne pour une arabe alors que je suis un pur produit de cette société !

Et par rapport à ceux qui pensent que tu fais fi de ta féminité ?

Je suis une femme comme les autres, je vis comme les autres. J’aime les parfums, le maquillage, les sous-vêtements, les décolletés, les bijoux…

Comment ressens tu toute cette polémique autour d’un éventuelle loi interdisant le port de la burqa ?

Ils confondent tout et ne savent rien. Ce n’est pas une burqa que je porte c’est un niqab. On est pas en Afghanistan ! Ce sont deux contextes qu’on transpose mais qui sont totalement différents. Depuis que je me suis convertie, je suis super déçue. Les français sont très intolérants en réalité. Ils me prennent pour une analphabète. Tant qu’on ne désobéit pas aux lois, où est le problème ? C’est scandaleux ! Cette loi est illogique, on a des plages de nudistes qui existent et à côté on veut interdire à celles qui veulent se couvrir entièrement de le faire, chacun fait ce qu’il veut ! C’est vrai qu’il y a des gens qui sont extrêmes, qui ont des idées terroristes, mais tout le monde n’est pas pareil. A ce moment là tous les curés sont pédophiles, il faut arrêter de généraliser.

Quel message souhaiterais-tu transmettre ?

Laissez nous tranquille, tant qu’on ne fait pas de mal. Qu’on nous laisse vivre. Je n’influe pas dans la vie des gens, alors qu’on agisse de la même façon avec moi. On est comme tout le monde, on consomme comme tout le monde, on vit comme tout le monde, c’est notre foi qui diffère.

Que penses tu de l’expression « prison ambulante » pour qualifier ton niqab ?

On dit que l’on est des femmes opprimées mais en réalité ce sont les gens de l’extérieur qui nous oppriment, qui nous insultent. Si on est sensées être opprimées, alors pourquoi en rajouter ? Pourquoi ne pas nous aider au lieu de nous montrer du doigt ? Il faut que les gens se cultivent, il faut qu’ils viennent nous parler.

Tu préfèrerais qu’ils viennent vers toi ?

Je préfère qu’on me parle, qu’on m’interroge. Je suis opprimée par les gens à l’extérieur. Je suis malheureuse parce que les gens me maltraitent dans le rue. Ma religion ne m’opprime pas !

Comment te projettes tu par rapport à tout ce débat ?

Si quelqu’un peut me faire un don afin que je puisse partir plus vite d’ici, je le ferai.

Merci Sanaa.