Focus sur… les féministes musulmanes

20 août 2009 par La rédaction  
Classé dans Portraits

Aujourd’hui, la question du féminisme musulman est de plus en plus traitée par des femmes musulmanes, ou non, bien décidées à révolutionner ce concept à l’origine occidental. Paradoxe pour certains, réhabilitation pour d’autres, le féminisme suscite toujours autant de débats et continue à déchaîner les passions de celles qui s’en réclament ou qui le décrient.

Hijab and the city dresse pour vous aujourd’hui le portrait des grandes figures du féminisme musulman de par le monde, qui à l’unisson, réinvestissent le champ de l’interprétation des textes religieux (Ijtihad), rompant ainsi avec les interprétations patriarcales. Du Maghreb au Machrek, des Etats-Unis au continent européen, ces femmes s’organisent et présentent une nouvelle figure du féminisme.

margot-badranMargot Badran

Chercheuse au centre Alwaleed bin Talal for Muslim-Christian Understanding à  l’université de Georgetown. Elle est l’auteure de Identity Politics and Women : Cultural Reassertions and Feminisms in International Perspective, qui est une étude comparative sur les fondamentalismes. Considérer que les mots féminisme et Islam sont antinomiques est,  selon elle, la plus grande aberration qui relève de l’ignorance.

Amina Wadud

amina-wadudProfesseure d’études islamiques en Virginie, elle est surtout connue pour avoir été la première femme à diriger la prière du vendredi devant une assemblée mixte. Un évènement qui a déclenché un tollé chez les musulmans. Elle promeut le caractère dynamique de l’Islam et se présente comme postmoderniste. Auteure de Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a Woman’s Perspective, elle tend à proposer une interprétation des textes sacrées qui rompt avec le sexisme qui sévit depuis des siècles.

nadia-yassineNadia Yassine

Fondatrice et dirigeante de la section féminine du mouvement marocain el Adl wa el Ihsane (Justice et Bienfaisance), elle est conférencière internationale et auteure d’ouvrages et d’articles dont Toutes voiles dehors paru en 2003. Opposée au wahabisme, elle prône également un effort d’interprétation des textes, pour ainsi faire revivre le message de libération, envers les femmes notamment, que l’Islam porte en lui depuis son avènement.

Ndeye Andujar

ndeye-andujarUniversitaire et vice présidente du Conseil Islamique de Catalogne, elle lutte contre les interprétations machistes qui entachent les textes sacrés. Son but, créer des ponts entre le féminisme occidental et le féminisme islamique de façon à aboutir à une lutte commune pour la cause des femmes en quête d’égalité, et combattre les clichés qui présentent la femme musulmane comme étant soumise et inférieure.

Des femmes d’aujourd’hui, des femmes qui se dévoilent…

29 janvier 2009 par Mariame  
Classé dans Ce qui fait débat

Une question me turlupine. Pourquoi certaines femmes françaises d’origine maghrébine, qui veulent dénoncer le machisme, le sexisme et tout ce qui cause du tort aux femmes en général le font en stigmatisant essentiellement les hommes qui sont de la même origine qu’elles ? En réalité, j’ai ma petite idée sur la question, mais j’aimerais avoir vos réponses à vous. 

Tout le monde connaît Rachida Khalil, comédienne d’origine marocaine issue d’un milieu populaire. Petite protégée de Guy Bedos, on lui doit notamment la réintroduction du personnage de la Fatna dans l’imaginaire collectif français. Défenderesse des femmes « orientales » opprimées du fait de sa propre condition de femme « orientale » anciennement soumise, elle est à l’origine d’un spectacle mettant en scène un défilé de mode de « tchadors » comprenant des modèles assez divers :  un tissu imprimé « poids chiche », un tissu avec de la dentelle (pour les nuits de noces… grrr), un autre taillé dans un drapeau américain. Vous l’aurez compris, c’est une femme libre, qui défend les femmes arabo-musulmanes sans tomber dans les clichés ! D’ailleurs, elle participe assez souvent aux galas de SOS racisme, autre phare qui vient avec sa lumière éclairer les ténèbres que constituent les banlieues françaises.

Et Sofia Essaïdi? C’est une jeune chanteuse, issue d’un milieu bourgeois marocain, qui a fait ses débuts à la Star Academy. Elle dénonce elle aussi l’opression des femmes maghrébines, les tabous, le qu’en-dira-t-on, le voile, la frustration des hommes qui peuplent l’autre côté de la Méditerranée… le tout à travers des textes et des clips très suggestifs (cf. Mon Cabaret).  

Pointer du doigt le patriarcat, le machisme, le sexisme, soit! Ils sont universels, et on les retrouve dans toutes les cultures et toutes les classes sociales. Mais stigmatiser une population sous prétexte qu’on a été la victime d’un mariage forcé ce qui est le cas de Rachida Khalil, c’est pousser mémé dans les orties! On ne fait pas de son cas une généralité, au risque de passer pour la misérable de service, qui sert une cause hautement politique, et qui au final en tirera des bénéfices. Et que dire de Sofia Essaidi? Elle a joué le rôle d’une beurette banlieusarde prénommée Aïcha dans un téléfilm de Yamina Benguigui. Une expérience sûrement très intéressante et insolite pour jeune fille issue d’un milieu aisé et qui n’a jamais vécu en cité de banlieue. Autre chose, pourquoi affirmer être une femme qui se dévoile, dont le corps n’est pas soumis quand on a grandi dans une ville aussi libérale que Casablanca tout en faisant partie de sa jeunesse dorée?

Bien entendu, leurs origines n’impliquent en aucun cas de la « fidélité » envers la religion de leurs ancêtres ou leur arabité (ou berbérité), que non! Elles n’ont de comptes à rendre à personne. Toutes les injustices sont bonnes à dénoncer, surtout si elles nous sont proches. Il faut juste le faire avec honnêteté et intelligence. Autrement, on s’abstient, et on ne fait pas sa Fadela !