Niqab : une femme qui le porte témoigne

24 juin 2009 par Khadija  
Classé dans Elles parlent d'elles

Parce qu’il faut rompre avec les préjugés et que le respect des différences est primordial, Hijab and the city est allé à la rencontre de Sanaa, une bretonne convertie à l’Islam qui porte le niqab depuis quelques années. Hijab and the city lui donne la parole aujourd’hui, une parole qu’on lui confisque souvent pour mieux la fustiger.

Peux- tu te présenter aux lectrices ?

Je m’appelle Sanaa, j’ai 28 ans. Je me suis convertie à l’Islam alors que j’étais à l’université, en psychologie. J’ai reçu une éducation religieuse, et durant ma scolarité j’ai fréquenté une école tenue par les bonnes sœurs. C’est au lycée public que j’ai fait la connaissance d’une jeune fille d’origine marocaine, chez qui j’allais souvent pendant le Ramadan pour partager le repas d’el iftar. J’ai aimé l’hospitalité dont faisait preuve ses parents, le respect des valeurs familiales et le fait que son père nous encourageait à étudier, à être économe… il y avait aussi cette notion de pudeur même autour de la table alors que chez moi on se gênait pas d’être vulgaire, de parler de sujets indécents. Bizarrement, ma famille n’était pas pratiquante et elle m’a pourtant envoyée chez les nones (rires) !

Comment as tu évolué sur un plan spirituel ?

J’ai d’abord commencé par la prière avant même de me convertir. J’avais des petits bouts de papier avec moi pendant la prière (rires) !

Et tu as commencé par porter un hijab ?

Oui. J’avais très envie de le porter mais je craignais la réaction de ma mère. Mes parents savaient que je priais. Alors, j’ai commencé par porter des bonnets l’hiver, ça tombait bien ! Et puis je l’ai finalement mis. Je le portais très colorés avec du rouge, des fleurs… je l’accordais à mes vêtements. Et j’ai trouvé le jilbeb (long voile) hyper classe ! Je le portais avec des gandouras amples (robes traditionnelles marocaines).

C’est donc parce qu’il était « classe » que tu l’as adopté ?

Oui, et surtout plus pratique que le hijab. C’est une seule pièce à enfiler avec un bandeau alors que le hijab c’est plus compliqué avec les épingles.

Comment ce changement a t-il été perçu par ton entourage ?

Dans mon entourage, une femme qui porte le hijab est une femme analphabète, battue et opprimée, mais comme je le portais alors que je n’étais pas mariée ma mère m’a dit qu’elle me trouvait plus gaie, que je n’étais plus dans l’excès sur un plan financier et que j’étais plus raisonnable.

Et le niqab, quand t’es tu décidée à le porter ?

Pas trop longtemps après. La première fois que je l’ai porté je suis allée faire des courses en grande surface, et ça s’est bien passé.

Et pourquoi le porter ?

Parce que j’avais envie. Chacun son choix, chacun fait ce qu’il veut et à la hauteur de ce qu’il peut.

Et le regard des gens ?

Je le vis très mal. Je croise des gens gentils et d’autres vraiment odieux. On me dit souvent retourne chez toi, mais ce qu’ils ne comprennent et ce qui m’agace, c’est que je suis dans mon pays ! J’en ai assez qu’on me prenne pour une arabe alors que je suis un pur produit de cette société !

Et par rapport à ceux qui pensent que tu fais fi de ta féminité ?

Je suis une femme comme les autres, je vis comme les autres. J’aime les parfums, le maquillage, les sous-vêtements, les décolletés, les bijoux…

Comment ressens tu toute cette polémique autour d’un éventuelle loi interdisant le port de la burqa ?

Ils confondent tout et ne savent rien. Ce n’est pas une burqa que je porte c’est un niqab. On est pas en Afghanistan ! Ce sont deux contextes qu’on transpose mais qui sont totalement différents. Depuis que je me suis convertie, je suis super déçue. Les français sont très intolérants en réalité. Ils me prennent pour une analphabète. Tant qu’on ne désobéit pas aux lois, où est le problème ? C’est scandaleux ! Cette loi est illogique, on a des plages de nudistes qui existent et à côté on veut interdire à celles qui veulent se couvrir entièrement de le faire, chacun fait ce qu’il veut ! C’est vrai qu’il y a des gens qui sont extrêmes, qui ont des idées terroristes, mais tout le monde n’est pas pareil. A ce moment là tous les curés sont pédophiles, il faut arrêter de généraliser.

Quel message souhaiterais-tu transmettre ?

Laissez nous tranquille, tant qu’on ne fait pas de mal. Qu’on nous laisse vivre. Je n’influe pas dans la vie des gens, alors qu’on agisse de la même façon avec moi. On est comme tout le monde, on consomme comme tout le monde, on vit comme tout le monde, c’est notre foi qui diffère.

Que penses tu de l’expression « prison ambulante » pour qualifier ton niqab ?

On dit que l’on est des femmes opprimées mais en réalité ce sont les gens de l’extérieur qui nous oppriment, qui nous insultent. Si on est sensées être opprimées, alors pourquoi en rajouter ? Pourquoi ne pas nous aider au lieu de nous montrer du doigt ? Il faut que les gens se cultivent, il faut qu’ils viennent nous parler.

Tu préfèrerais qu’ils viennent vers toi ?

Je préfère qu’on me parle, qu’on m’interroge. Je suis opprimée par les gens à l’extérieur. Je suis malheureuse parce que les gens me maltraitent dans le rue. Ma religion ne m’opprime pas !

Comment te projettes tu par rapport à tout ce débat ?

Si quelqu’un peut me faire un don afin que je puisse partir plus vite d’ici, je le ferai.

Merci Sanaa.

Libres, mais pour combien de temps ?

22 juin 2009 par Khadija  
Classé dans Ce qui fait débat

hatc-free5Par ces temps de crise et avec l’arrivée de l’été, les cerveaux bouillonnent et les âmes s’excitent. Les alibis vont bon train à l’heure où les prouesses technologiques nous dépassent, et où les frontières s’effacent.

L’universalisme sous couvert de liberté, impose son diktat au nom de la paix sociale. Une paix qui remet en cause le principe des libertés individuelles et qui assène un coup aux fondements de la démocratie.

La misère sociale, les inégalités, autant de maux, balayés d’un coup d’un seul par le voile de l’ignorance et de l’intolérance. Le voile, sous toutes ses formes, qui déchaîne les passions, et sert de prétexte encore et encore afin de mieux occulter les réalités que nous connaissons, et qui sont loin d’être belles à voir et à vivre.

La liberté, une valeur à la fois familière et galvaudée par ceux la même qui la prônent et la souillent.

Une valeur ô combien revisitée, subjectivée par des individus aux intérêts particuliers et au combat fourbe et déloyal.

Le choix, la décision n’appartiennent plus à des individus libres et égaux mais aux cerbères du dogmatisme qui accablent et asphyxient le souffle durement hérité de la liberté .

La différence n’enrichit plus, elle est combattue ou du moins elle est choisie par ceux qui imposent et qui assomment les esprits.

La liberté ne connaît pas le deux poids deux mesures, elle ne se négocie pas, elle s’impose, et elle doit être préservée.

Savourons là, délectons nous, parce qu’il n’est pas dit qu’elle soit acquise.